Elections au Brésil: Renata Souza, l’héritière de Marielle Franco à Rio


Renata Souza, députée de l'Etat de Rio de Janeiro, en campagne pour sa réélection, le 2 septembre 2022 dans la favela de Maré afp.com - ANDRE BORGES

Quand Marielle Franco, conseillère municipale noire de Rio de Janeiro, a été assassinée en 2018, Renata Souza, qui tente de se faire réélire députée régionale dans trois semaines, a ressenti « la plus grande douleur » de sa vie.

Malgré ce traumatisme, cette Brésilienne de 40 ans a repris le flambeau de la lutte des femmes issues des favelas contre le racisme, en tant que députée de l’Etat de Rio.

Sept mois après l’assassinat qui a choqué le monde entier, elle avait été la députée régionale la mieux élue de la gauche dans son Etat, malgré la vague conservatrice qui a accompagné l’élection du président d’extrême droite Jair Bolsonaro il y a quatre ans.

Renata Souza mène son combat quotidien dans un hémicycle composé en sa grande majorité d’hommes blancs, où elle s’est déjà vue empêcher de prendre l’ascenseur réservé aux élus après avoir été prise pour une femme de ménage.

« Quand j’arrive en disant +je suis une femme noire issue des favelas et je viens défendre les gens comme moi+, ça fait peur, parce qu’on a toujours été en marge de la politique », dit à l’AFP cette femme énergique aux cheveux mi-longs ondulés, dans le salon de la maison où elle a grandi, à Maré, un ensemble de favelas du nord du Rio.

En pleine campagne de réélection (le scrutin a lieu le 2 octobre, comme le premier tour de la présidentielle), elle salue les habitants partout où elle passe dans ce quartier d’où était également originaire Marielle Franco.

Mais cette quadragénaire qui porte des vêtements de couleurs vives et des boucles d’oreilles dorées en forme de continent africain n’avait pas prévu au départ de faire carrière en politique.

– Activiste –

Sa vocation était plutôt le journalisme, dès l’adolescence. « Je n’aimais pas la façon dont les journalistes parlaient de la favela », confie-t-elle.

« Je voulais raconter les histoires à ma manière », sans les « préjugés » qui associent systématiquement les habitants de ces quartiers pauvres à la violence et au trafic de drogue.

Diplômée en journalisme, Renata Souza est la seule de sa famille à avoir fait des études supérieures.

Elle a justement connu Marielle Franco lors de cours de soutien organisés à Maré pour aider les élèves à entrer à l’université. Les deux amies ont alors commencé à militer contre la violence policière.

« Nous avons vu des proches se faire tuer et nous avons compris que défendre les droits humains, c’est comme défendre notre propre existence », explique-t-elle.

Son premier contact avec le monde politique a eu lieu en 2006, quand elle est entrée dans l’équipe de campagne d’un collègue activiste, Marcelo Freixo, aujourd’hui candidat au poste de gouverneur de Rio.

« Ma première réaction a été: +Tu vas devenir un bureaucrate, éloigné du peuple!+ Mais il m’a convaincue en répondant: +Renata, je dois me présenter parce que nos ennemis sont aussi candidats ».

Le jour de l’élection, le petit Renan, trois ans, neveu de son compagnon, a été tué d’une balle perdue tirée par un policier. « J’ai entendu le tir qui l’a tué. Je me suis dit: tout ça ne sert à rien! », raconte-t-elle.

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– « Hostilité » –

Mais Renata Souza a tout de même continué à travailler dans les coulisses de la politique, notamment aux côtés de Marielle Franco, dont elle a été coordinatrice de campagne, puis directrice de cabinet pour son mandat de conseillère municipale tragiquement interrompu en mars 2018.

« C’est la plus grande douleur de ma vie. C’est horrible de perdre une amie ainsi », dit-elle.

En octobre de la même année, elle a été élue avec le neuvième meilleur score de l’Assemblée législative de l’Etat de Rio, qui compte 70 députés, mais seulement 13 femmes, dont cinq Noires.

« Le racisme et le machisme de la société brésilienne se reflètent dans cet hémicycle, où on ressent une certaine hostilité », déplore-t-elle.

La députée a même dû déménager de Maré après avoir reçu des menaces de partisans du président Bolsonaro sur les réseaux sociaux.

« J’ai perdu ma liberté, c’est un prix cher à payer pour faire de la politique au Brésil. Mais cela vaut la peine quand on obtient des victoires importantes », notamment dans la lutte contre les violences obstétricales chez les femmes noires.

LE JV2 AVEC AFP

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