Sous la présidence Bolsonaro, un Brésil surarmé

Un homme se prépare à s'entraîner au tir dans le club Mil Armas de Nova Iguaçu, près de Rio de Janeiro State, le 28 juillet 2022Nafp.com - Mauro PIMENTEL

Elitusalem Gomes Freitas se réjouit de la douce odeur de la poudre à canon brûlée: avec un fusil à gros calibre, il a atteint sa cible dans un club de tir de Rio de Janeiro, l’un des nombreux qui ont fleuri au Brésil sous le président Jair Bolsonaro.

Arborant une tête de mort et le nom « Bolsonaro » sur son T-shirt, cet ancien policier répète l’une des maximes du président pro-armes: « Un peuple armé ne sera jamais asservi ».

A force de décrets qui ont facilité l’accès à des armes à feu, le président d’extrême droite a, depuis son élection en 2019, fait passer le nombre de chasseurs, tireurs sportifs et collectionneurs (CAC) de 117.000 à plus de 673.000, soit plus que le nombre de policiers (406.384).

Cette explosion de la quantité d’armes en circulation suscite des craintes avant la présidentielle du 2 octobre, à tel point que la Cour suprême a temporairement suspendu plusieurs des nouvelles possibilités d’achat.

– « Héritage maudit » –

« Aujourd’hui, un civil peut acheter des armes plus puissantes que celles de la police elle-même », dit Bruno Langeani, auteur du livre « Les armes à feu au Brésil: le déclencheur de la violence ».

« Et pour les CAC, les privilèges sont encore plus grands: dans certains cas, ils peuvent acheter 60 armes par personne dont 30 peuvent être des fusils d’assaut », explique-t-il.

L’ONG Brazilian Public Security Forum estime qu’il y a environ 4,4 millions d’armes en circulation dans le pays de 214 millions d’habitants. Cela inclut celles possédées par les CAC, les armes d’autodéfense individuelles, celles des fonctionnaires ou à usage privé des membres des forces de sécurité.

Un tiers d’entre elles (1,5 million) ont des permis de validité qui ont expiré.

« Nous générons un stock qui sera un héritage maudit pour les prochaines générations », prédit M. Langeani.

– « Bon citoyen » –

Mais pour M. Gomes Freitas, posséder une arme à feu est une question de liberté individuelle et de souveraineté nationale. « Il ne s’agit pas d’armer tout le monde, mais de permettre au bon citoyen d’être formé et d’avoir accès à une arme à feu ».

Faisant écho aux insinuations de M. Bolsonaro sur de supposées forces de l’opposition infiltrées dans le Tribunal supérieur électoral (TSE) qui pourraient truquer la présidentielle d’octobre, Elitusalem Gomes Freitas se dit prêt: « Je ne peux pas permettre à une demi-douzaine de personnes (les juges du TSE, ndlr) de choisir le destin de la Nation, contrairement à ce que le peuple a voté. Les armes doivent également garantir cette liberté, cette défense de la souveraineté nationale contre l’ennemi intérieur ».

Selon M. Langeani, avec ce discours conspirationniste « même une minorité radicalisée peut causer de très grands dommages », comme ce fut le cas lors de l’assaut du Capitole à Washington en janvier 2021.

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– « On a de tout » –

Quelque 1.000 clubs de tir se sont montés au Brésil depuis 2019, selon les données de l’armée citées par le portail UOL.

« Lorsque le gouvernement a facilité l’accès aux armes, je me suis dit que nous devions suivre le mouvement », explique à l’AFP Marcelo Costa, ancien agent de la police fédérale et président du club Mil Armas, inauguré il y a quatre ans, où s’entraîne Elitusalem Gomes Freitas.

Il gère le club avec ses deux enfants et son épouse, psychologue agréée par les autorités pour évaluer les nouveaux adhérents qui bénéficient de conseils juridiques sur la façon d’obtenir leur licence.

Ils peuvent soit utiliser les armes du club, soit acheter les leurs directement auprès du club. « C’est comme un centre commercial, on a de tout », dit fièrement Marcelo Costa, qui propose « jusqu’à 12 versements sans frais » à ceux qui ne peuvent pas payer comptant les modèles « compris entre 5.000 (950 dollars) et 20.000 réais (3.800) ».

Bruno Langeani, également membre de l’ONG spécialisée en sécurité Instituto Sou da Paz, met en garde contre le « risque » que toutes ces armes finissent entre de mauvaises mains. Ce fut le cas récemment lorsqu’un collectionneur emprisonné à Rio a remis 60 armes légalement acquises au puissant gang de narcotrafiquants Comando Vermelho.

LE JV2 AVEC AFP

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