En France, un Conseil national de la refondation, mais pour quoi faire ?

Le président français Emmanuel Macron lors d'un discours à l'issue d'une visioconférence sur la crise énergétique, au palais de l'Elysée à Paris, le lundi 5 septembre 2022. ©Ludovic Marin, Pool via AP

Il incarne la « nouvelle méthode » de gouvernance promise par Emmanuel Macron, le Conseil national de la refondation (CNR), va être lancé ce jeudi 8 septembre à Marcoussis dans l’Essonne. Vendu comme un outil de « revitalisation » politique, la nouvelle initiative du Président a du mal à convaincre. De la Nupes au Rassemblement national en passant par Les Républicains, le boycott est quasi-général. Qu’est-ce que le CNR ? Pourquoi fait-il débat ? On fait le point. 

C’est à Marcoussis dans l’Essonne que va être lancé, ce jeudi 8 septembre, le Conseil national de la refondation. Ironie du sort ou jeu du hasard, ledit CNR sera lancé … au CNR, le Centre national de rugby où s’entraine notamment l’équipe de France. 
 
Mais ce n’est pas pour cette raison que la nouvelle instance fait l’objet de toutes attentions. Outil de « revitalisation » pour les uns, « bidule » qui « se substitue » au Parlement pour les autres, le CNR est loin de faire l’unanimité.

Qu’est-ce que le CNR ?

« Les Français sont fatigués des réformes qui viennent d’en haut », expliquait Emmanuel Macron le 3 juin dernier (quelques jours avant les législatives des 16 et 19 juin, ndlr), annonçant le lancement du Centre national de la refondation (CNR). 

CNR, l’acronyme est un clin d’œil au Conseil national de la résistance. Ce dernier avait pour mission de coordonner les mouvements de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur ce point, Emmanuel Macron s’est justifié : « nous vivons un temps comparable ». « Nous sommes dans une ère historique qui impose de changer profondément de modèle et puis la guerre est là (en Ukraine, ndlr) ». 
 
Le Centre national de la refondation s’impose donc comme le symbole de « la nouvelle méthode » de gouvernance promise par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2017. Il s’inscrit à la suite de deux initiatives lancées lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron : le Grand débat (2019pour sortir de la crise des « gilets jaunes »), puis la Convention citoyenne pour le climat (qui s’est achevée en juin 2020). 

Par qui, pourquoi, comment, quand ? 

Selon Emmanuel Macron, ce Conseil national de la refondation doit permettre d’atteindre les cinq objectifs portés pendant la campagne :  » l’indépendance (industrielle, militaire, alimentaire…), le plein-emploi, la neutralité carbone, les services publics pour l’égalité des chances et la renaissance démocratique avec la réforme institutionnelle ». Pour ce faire, il sera composé de « forces politiques, économiques, sociales, associatives, des élus des territoires et de citoyens tirés au sort ».  
 
Le suivi des travaux est, quant à lui, confié au Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou, qui assure le secrétariat général du CNR.

Dans la lettre d’invitation à l’événement de jeudi 8 septembre, Emmanuel Macron a précisé que le CNR viserait « à bâtir » « dans un esprit de dialogue et de responsabilités partagées », « des consensus sur la situation du pays » et « concevoir des solutions concrètes aux préoccupations de nos concitoyens ».

Une réunion des « forces vives de la Nation » 

Selon l’Élysée, une cinquantaine de participants, « des forces vives de la Nation » sont attendues à Marcoussis, le jeudi 8 septembre donc, de 9H30 à 18H. Le Président français y présentera une première réunion d’introduction, avant « un dialogue long et très ouvert » sur les attentes et les priorités des participants. Ces derniers écouteront également de courts exposés de la présidente du Haut-Conseil pour le climat, Corinne Le Quéré, du Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici et du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

ce sera à la Première ministre Élisabeth Borne de piloter une réunion pour déterminer les chantiers et établir leur mise en œuvre dans la durée.
 
Pour cette journée de lancement, cinq grands thèmes de discussion ont été listés : « le plein emploi, l’école, la santé, le bien-vieillir et la transition écologique ». 

Le « défi de l’accès aux soins », une priorité

Dans une allocution diffusée en ouverture du 43e congrès de la Mutualité française à Marseille, à la veille du lancement du CNR, le chef de l’État a rappelé la priorité accordée à la santé, et plus particulièrement au « défi de l’accès aux soins », qui sera, selon lui, « au cœur de l’enjeu ». Pour cela, il a notamment souhaité « renforcer l’accès à la santé partout et pour tous », pour « permettre à tous d’avoir accès à un médecin où qu’ils résident », en premier lieu les plus âgés, les malades chroniques et les personnes handicapées.

Se gardant de « préempter les débats », il a toutefois prévenu qu’il « faudra parfois trouver des accords pour rebâtir la continuité des soins sur une base qui sera, je l’espère, partagée et négociée ».
 
Un appel au compromis de « l’ensemble des parties prenantes » (soignants, patients, élus locaux), alors que la « conférence santé » qui découlera du CNR rouvrira des sujets conflictuels comme l’obligation de garde ou la liberté d’installation des médecins.

 

Le CNR, une initiative contestée 

Des compromis, il risque d’y en avoir en effet, c’est en tout cas ce que laisse présager la méfiance qui accompagne la nouvelle initiative présidentielle. Si les responsables de huit associations d’élus seront présents à Marcoussis, seuls trois syndicats (la CFDT, la CFTC et l’Unsa) participeront au Conseil national de la refondation. La CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU ont quant à eux  annoncé qu’ils ne s’y rendront pas.
 
« Plus que des mots, des sermons à l’encontre des citoyens et citoyennes visant souvent à les culpabiliser, nous attendons des actes, qui répondent aux urgences sociales et environnementales, aux attentes du monde du travail et de la jeunesse », a par exemple écrit la CGT au président de la République. Elle récuse en outre « l’utilisation du sigle CNR » – évoquant le Conseil national de la Résistance-, qui « ressemble à de l’usurpation sociale et historique, à de la communication dont (les syndicats ne peuvent) être dupes ».

Boycott également au sein de l’opposition à commencer par le président LR du Sénat, Gérard Larcher qui dénonce « une confusion des rôles ». 
 
« Vouloir réunir dans une même instance des parlementaires, seuls constitutionnellement habilités à voter la loi et contrôler l’exécutif, et des représentants de la société civile (…) ne peut aboutir qu’à une confusion des rôles », dit-il.

Du côté du PS, Olivier Faure dit n’y voir « aucun intérêt » surtout si « c’est pour revivre ce que nous avons vécu avec le Grand débat et la Convention citoyenne » et « si c’est pour contourner un Parlement qui n’est pas favorable (à Emmanuel Macron, ndlr) ». N’ayant pas obtenu de majorité absolue aux dernières législatives, le Président français est en effet confronté à une forte opposition à l’Assemblée nationale. 

La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance, ndlr), qui sera, elle,  présente à Marcoussis, a tenté de rassurer l’opposition en assurant qu’elle serait « extrêmement vigilante » sur la défense des prérogatives du Parlement. La Première ministre s’est quant à elle légèrement agacée de ce refus, elle promet toutefois que « la porte restera ouverte » aux oppositions qui voudraient finalement y participer.
 
Enfin, après un premier refus, les principales associations d’élus, dont celle des maires (AMF), ont décidé d’être à Marcoussis après avoir obtenu des réunions régulières avec Emmanuel Macron sur les problèmes des collectivités.

LE JV2 AVEC AFP

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