Dans le nord de la RCA, Noureddine Adam tente de rallier des groupes dissidents sous sa bannière

Noureddine Adam, le leader du groupe armé Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC)  (AFP)

Noureddine Adam, le leader du groupe armé Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), a quitté Khartoum, où il était exilé. Au même moment, des éléments autrefois rivaux opèrent un rapprochement inédit depuis près de trois ans

A Bangui, les cénacles politiques se déchirent sur la question d’une nouvelle constitution ouvrant la voie à un troisième mandat de Faustin-Archange Touadéra. En même temps, dans le nord de la République centrafricaine (RCA), les groupes armés s’engagent dans des médiations et des réconciliations. La région septentrionale frontalière du Tchad, du Soudan et du Soudan du Sud (Vakaga, Bamingui-Bangoran et une partie de Haute-Kotto) est connue pour ses mines artisanales d’or et de diamants ainsi que pour ses trafics en tout genre – des minerais aux armes en passant par le cannabis. Epicentre historique des rébellions centrafricaines, cette zone convoitée par les chefs de guerre et les grands contrebandiers constitue un verrou stratégique pour les groupes armés, qui tirent de substantiels revenus des trafics. Elle est aussi un point de passage de nombreux couloirs de transhumance du bétail, dont le commerce bénéficie également aux groupes armés.

Noureddine Adam, coordonnateur du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), et, dans une moindre mesure, Ali Darass, chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), ont à nouveau jeté leur dévolu sur la zone ces dernières semaines. Sur les six groupes armés qui composaient la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) autour de l’ancien président François Bozizé, seuls les deux susmentionnés ont décidé de ne pas suivre les pourparlers menés par l’Angola. Ils continuent de manœuvrer dans l’arrière-pays.

C’est ainsi que Noureddine Adam, établi à Omdurman, au Soudan, sous la protection des militaires et notamment du président Abdel Fattah al-Burhan, a rejoint la « brousse ». Son départ discret, aux alentours du 8 juillet, possiblement en direction du nord de la Centrafrique, laisse penser qu’il souhaite remobiliser lui-même ses troupes. Quant à Ali Darass, il s’est autoproclamé « coordonnateur militaire » de la CPC, qui, bien que devenue une coquille vide, reste un étendard brandi afin d’attirer les combattants.

Conclaves transfrontaliers

L’une des premières décisions d’Ali Darass à cette nouvelle fonction a été de nommer une « première colonne de Ndélé » – référence claire à la préfecture de la Bamingui-Bangoran, porte d’entrée du nord de la RCA -, ce qui a immédiatement alimenté les rumeurs d’attaque dans la localité.

La note de nomination datée du 20 juillet, et consultée par Africa Intelligence, a été suivie de deux réunions auxquelles ont assisté une centaine d’éléments issus de groupes armés. La première s’est tenue les 24 et 25 juillet dans la petite localité d’Aifa, près de Ndah, dans la zone de la Vakaga. Noureddine Adam avait préparé un message vocal pour l’occasion. Une deuxième rencontre s’est tenue près de la ville minière de Gordil, à 25 km de là, les 11 et 12 août.

Si aucun des deux conclaves n’a abouti à des prises de décisions stratégiques, ils ont néanmoins permis de tourner la page de deux ans de conflits intracommunautaires. Parmi les membres présents identifiés par Africa Intelligence se trouvaient des combattants issus des rangs de l’UPC, du FPRC, mais aussi du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique (RPRC), qui combattait les deux premiers depuis 2019.

Le RPRC, à majorité goula, est depuis 2019 un puissant allié des Forces armées centrafricaines (FACA), progouvernementales. Il a été fondé par l’actuel ministre des transports, Herbert Gontran Djono Ahaba, et par Zakaria Damane. Ce dernier, ancien garde forestier, trafiquant notoire de diamants et pionnier des rébellions centrafricaines, a été assassiné le 12 février.

Le RPRC attribue le meurtre de Damane aux paramilitaires russes du groupe Wagner, avec qui le défunt faisait pourtant affaire. S’en sont ensuivis des combats intenses dans la Vakaga, en mars et en avril, entre les FACA alliés aux mercenaires de Wagner et des éléments du FPRC allié au RPRC, dans les localités de Sam Ouandja, Oudda Djallé et Gorbil.

Depuis la mort de Damane, l’un de ses plus proches conseillers, le « général » Anour Adam, a pris les rênes du RPRC. Celui qui se fait surnommer « Ben Laden » commande le groupe depuis son fief de Sam Ouandja, un des principaux hubs des trafics transfrontaliers entre la RCA et le Soudan. C’est Adam qui a été nommé chef de la « première colonne de Ndélé ». Il était présent à la réunion de Ndah, en juillet.

Réconciliations intercommunautaires

Le ralliement en cours d’Anour Adam à la CPC, et donc à Noureddine Adam (aucun lien de parenté), signerait le rapprochement de deux des principales ethnies du Septentrion : les Goula et les Rounga (dont est issu Noureddine Adam). Les deux communautés sont en conflit depuis le milieu de l’année 2019, ce qui a eu pour conséquence d’affaiblir considérablement le FPRC de Noureddine Adam. Auparavant, Goula et Rounga cohabitaient à parité au sein du groupe armé, qui régnait alors en maître sur les trafics de la Vakaga. Le groupe faisait affaire avec le RPRC de Zakaria Damane, à majorité Goula.

Dès avril-mai 2019, les Goulas se retournent contre les Roungas du FPRC.

D’après le Groupe d’experts de l’ONU, la sécession est une initiative de Zakaria Damane, chef du RPRC. Damane aurait reçu le soutien du consul de Nyala, au Soudan, Cheick Tidjani Dahiya, chef suprême des Goula. A cette époque, celui-ci se rapproche des autorités de Bangui : le consul nomme au titre de « chef de race » en Centrafrique Abdel-Moumine Djilith, conseiller chargé des relations avec les institutions de la République auprès de Faustin-Archange Touadéra. Il lui donne comme adjoint Arnaud Djoubaye Abazene, alors ministre des transports et de l’aviation civile, devenu ministre de la justice. Ce dernier, l’un des principaux mécènes de la communauté goula, est proche du représentant officiel du RPRC à Bangui : son successeur aux transports, Herbert Gontran Djono Ahaba.

Le FPRC-Goula et le RPRC s’allient alors au Mouvement des libérateurs centrafricains pour la justice (MLCJ), à dominante kara, mené par Gilbert Toumou Deya, actuel ministre délégué au désarmement, à la démobilisation et à la réinsertion (DDR). L’objectif de cette alliance Goula-Kara/RPRC-MLCJ était ainsi d’assurer la bonne tenue des élections présidentielle et législatives en décembre 2020 dans le nord de la RCA. La stratégie s’est révélée plus que payante : le FPRC, pourtant partie prenante de la CPC, n’a pas été en mesure de perturber le scrutin, après plusieurs mois de combats internes et de crise de leadership. Le chef militaire du FPRC, Abdoulaye Hissène, Rounga de Ndélé, est resté quant à lui fidèle au gouvernement, jusqu’à ce jour.

Selon plusieurs sources, depuis la mort de Damane, les Goula sécessionnistes s’apprêtent aujourd’hui à rejoindre de nouveau les rangs du FPRC-Rounga. Signe du réchauffement, le commandant de zone Salleh Mahamat, acteur du RPFC­Rounga particulièrement virulent contre les Goula lors des combats, a été nommé conseiller de « Ben Laden » au sein de la colonne de Ndélé.

La CPI en embuscade

Malgré l’accalmie procurée par la saison des pluies, qui rend l’accès à la sous­région difficile, les groupes armés continuent d’être mis sous pression. Les assauts des FACA et des mercenaires de Wagner, en mars et en avril, ont causé des pertes en hommes, en ressources minières et en munitions. La Minusca, la mission des Nations unies pour la paix en Centrafrique, vient quant à elle de renforcer son dispositif dans la sous-région, avec l’envoi d’éléments robustes le 20 août à Sam Ouandja, fief du RPRC. Enfin, l’UPC peine à se remettre de ses divisions internes.

Mais une autre menace pourrait venir du Soudan. Autrefois protégé du général

Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemeti », Noureddine Adam entretient désormais des relations exécrables avec l’un des deux hommes forts de Khartoum, qui opère avec le groupe Wagner pour l’exploitation de l’or au Darfour.

Selon nos informations, Hemeti a été, au moins à une reprise, approché par la Cour pénale internationale (CPI) pour livrer son ancien allié Noureddine Adam.

AFRICA INTELLIGENCE

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