Tchad: dialogue national encore suspendu, 3ème jour de répression de manifestations


Mahamat Idriss Déby Itno, le 27 avril 2021 au palais présidentiel à N'Djamena afp.com - Brahim ADJI

Le dialogue de réconciliation nationale lancé il y a deux semaines par la junte militaire au Tchad a de nouveau été suspendu samedi, après trois jours de siège par les forces de l’ordre d’un parti de l’opposition et de répression brutale de ses rassemblements.

Le jeune général Mahamat Idriss Déby Itno, autoproclamé chef de l’Etat à la tête d’un Conseil militaire de 15 généraux, en avril 2021 à la mort de son père le président Idriss Déby Itno, avait aussitôt promis un Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) devant déboucher sur des élections « libres et démocratiques ».

Plusieurs fois reporté, ce dernier s’est ouvert le 20 août à N’Djamena mais, boycotté par la majorité de l’opposition et deux des plus puissants mouvements rebelles armés, il n’a toujours pas entamé ses travaux sur le fond, eux-mêmes reporté plusieurs fois, à 15 jours de sa clôture prévue.

Ils devaient être lancés samedi mais, à la mi-journée, le président de ce forum de quelque 1.400 personnalités censées représenter toute la société tchadienne a suspendu la séance jusqu’à lundi, a constaté un journaliste de l’AFP.

Afin de laisser un peu plus de temps à un comité chargé de rallier ceux qui le boycottent et dénoncent un « monologue » entre la junte et des personnalités proches.

– Encerclement –

Mais, au troisième jour, samedi, de l’encerclement par la police et l’armée du siège des Transformateurs et de répression brutale de toute tentative de rassemblement de ce parti, la principale coalition de l’opposition, Wakit Tamma, ainsi que l’un des deux principaux groupes rebelles armés, le Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT), ont réitéré leur boycott, en raison notamment de la « répression ».

Jeudi, la police a dispersé à coups de grenades lacrymogènes une caravane des Transformateurs qui appelait les habitants de la capitale à assister samedi à un meeting de leur jeune leader Succès Masra, et arrêté 84 jeunes militants pour « manifestation interdite et troubles à l’ordre public », selon la police.

Vendredi, elle a de nouveau dispersé brutalement leurs rassemblements. M. Masra assurait alors que 164 de ses partisans avaient été arrêtés.

Samedi, les policiers ont de nouveau tiré des gaz lacrymogènes sur quelques dizaines de jeunes Transformateurs tentant de rallier leur siège, a témoigné un journaliste de l’AFP.

Un impressionnant déploiement de policiers et militaires bloquait l’accès au quartier et empêchait les journalistes de travailler, et étaient arrêtés s’ils tentaient de sortir du matériel de prise de vue, ont témoigné ceux de l’AFP.

En fin de journée, le quartier était toujours saturé de gaz lacrymogènes et un camion de la police a emmené une dizaine de jeunes gens arrêtés.

-« Monologue »-

M. Masra, qui réclame un « Dialogue du Peuple » au lieu du « monologue » DNIS, dénonce sur sa page Facebook le siège de son mouvement où il assure être retranché. « Vous êtes l’âme de ce Peuple qui se met debout pour la justice et l’égalité. Nous vaincrons ensemble », écrit-il à l’adresse des Tchadiens.

Le 20 avril 2021, à l’annonce de la mort de son père tué en se rendant au front contre la rébellion du FACT, après 30 années d’exercice d’un pouvoir autoritaire et sans partage, le général Mahamat Déby avait dissout le Parlement, limogé le gouvernement, abrogé la Constitution mais aussitôt promis de rendre le pouvoir aux civils par des « élections libres et démocratiques » après une transition de 18 mois renouvelable une fois et un Dialogue national.

L’absence d’une grande partie de l’opposition politique, d’une large frange de la société civile et d’une grande partie des rebelles les plus puissants au DNIS risque de ralentir voire de compromettre la réconciliation nationale et de retarder considérablement les élections promises.

Depuis son indépendance de la France en 1960, l’histoire du Tchad est pavée de coups d’Etat, tentatives et d’offensives rebelles.

Un très laborieux dialogue entre la junte et une cinquantaine de groupes armés –préalable requis pour le DNIS– s’est soldée le 8 août par un accord de paix mais il a été signé par une quarantaine de mouvements, deux des trois réellement actifs l’ayant rejeté, dont le FACT.

LE JV2 AVEC AFP

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