Liz Truss, une autre dame de fer à la tête du gouvernement au Royaume-Uni ?

La secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, au Commonwealth et au Développement, Liz Truss, quitte une réunion au 10 Downing Street, à Londres, le 19 juillet 2022. ©AP Photo/Frank Augstein, archives

Petite, elle incarnait Margaret Thatcher au théâtre de son école. Aujourd’hui, à 47 ans, l’actuelle ministre des Affaires étrangères est donnée favorite face à son adversaire Rish Sunak pour succéder à Boris Johnson au 10 Downing Street. Liz Truss deviendrait alors la troisième femme Première ministre de l’histoire du Royaume-Uni. Réponse le 5 septembre prochain.

Une femme à nouveau aux rênes du gouvernement britannique ? Les paris sont ouverts à quelques jours de l’échéance du 5 septembre, date où le nom du ou de la successeur-e de Boris Johnson sera officiellement connu.

Elle n’était pourtant pas en tête de liste, et sa qualification en juillet au détriment de la favorite Penny Mordaunt, la ministre des Affaires étrangères et ministre des Femmes et des Egalités a plutôt surpris. Aujourd’hui Liz Truss semble réussir à convaincre les adhérents du parti conservateur de la choisir elle, plutôt que son ancien collègue des Finances Rishi Sunak, pourtant donné gagnant au début de la course. Les sondages la donnent largement en tête des intentions de vote: 32 points d’avance selon YouGov.Les adhérents du Parti conservateur britannique sont appelés à voter depuis le 1er août 2022 pour choisir le futur ou la future chef-fe du gouvernement. Liz Truss, qui promet des baisses d’impôts massives, voit les ralliements se multiplier.

« Dans un parti qui a évolué vers le populisme, elle (Liz Truss) a su se présenter de manière plus authentique, plus ordinaire que Rishi Sunak qui se retrouve facilement assimilé à l’élite mondialisée », relève Tim Bale, professeur à l’université Queen Mary de Londres à l’AFP. « Elle arrive facilement à porter des messages conservateurs traditionnels », ajoute John Curtice, politologue à l’université de Strathclyde.

Les adhérents du Parti conservateur britannique sont appelés à voter depuis le 1er août 2022 pour choisir le futur ou la future chef-fe du gouvernement. Liz Truss, qui promet des baisses d’impôts massives, voit les ralliements se multiplier. 

« Dans un parti qui a évolué vers le populisme, elle (Liz Truss) a su se présenter de manière plus authentique, plus ordinaire que Rishi Sunak qui se retrouve facilement assimilé à l’élite mondialisée », relève Tim Bale, professeur à l’université Queen Mary de Londres à l’AFP. « Elle arrive facilement à porter des messages conservateurs traditionnels », ajoute John Curtice, politologue à l’université de Strathclyde.

« Renverser l’orthodoxie économique »

L’actuel ministre des Finances Nadhim Zahawi s’est déclaré en faveur de la cheffe de la diplomatie, estimant dans les colonnes du Daily Telegraph qu’elle va « renverser l’orthodoxie économique éculée et diriger notre économie d’une manière conservatrice ». Il rejoint des rangs déjà bien garnis, avec l’ancien ministre chargé de l’Irlande du Nord Brandon Lewis, le député candidat malheureux à la tête du parti Tom Tugendhat, et surtout le ministre de la Défense Ben Wallace, très respecté au sein du parti conservateur, qui a mis en avant son « expérience » en temps de guerre en Ukraine. « La course est très très serrée et je me bats pour chaque voix », assure malgré tout Liz Truss.

Alors qu’elle avait paru rigide et peu à l’aise lors de certains débats dans les premières phases de la compétition, elle a semblé plus détendue et plus assurée au fil des entretiens, même si Rishi Sunak comptait sur ses facilités oratoires pour rattraper son retard. Fin juillet, elle est encore sortie renforcée du premier d’une série de 12 grands oraux face aux militants conservateurs.

Sur l’Ecosse et sa Première ministre, elle a tenu des propos applaudis par son parti, mais jugés méprisants par beaucoup d’Ecossais : « Je crois vraiment que nous sommes une famille et que nous sommes mieux ensemble et je pense que la meilleure chose à faire avec Nicola Sturgeon est de l’ignorer, a-elle déclaré à Exeter. « Elle cherche à attirer l’attention », a-t-elle poursuivi, estimant qu’il faut « montrer aux gens en Ecosse, en Irlande du Nord et au Pays de Galles que nous tenons nos engagements pour eux et que nos politiques s’appliquent dans tout le Royaume-Uni ». A la question d’un nouveau référendum sur l’indépendance, Liz Truss a répété trois fois « non ».

L’effet Thatcher

Comme Margaret Thatcher, la « Dame de Fer » qui fut Première ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990, Liz Truss est une championne du libre-échange, qui veut incarner l’essence du conservatisme britannique. « J’ai un programme économique clair pour diriger notre parti et optimiser le potentiel de notre grand pays », affiche-t-elle sur les réseaux sociaux :

Dans son clip de campagne, elle réitère sa capacité à « diriger, tenir ses promesses et prendre des décisions difficiles ». Elle assure avoir « une vision claire de ses objectifs, et l’expérience et la détermination pour y arriver » :

Ministre des Affaires étrangères

A ce poste depuis la rentrée 2021, Elizabeth Truss a fait parler d’elle en posant en chapka sur la place rouge, lors d’un voyage à Moscou destiné à tenter de dissuader Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine. Une pose qui rappelait celle de Margaret Thatcher, des années plus tôt, dans le même cadre. Les parallèles sont nombreux, et faciles, entre les deux « dames de fer » que quatre décennies séparent.

Outre les railleries suscitées par ces photos, le voyage à Moscou d’Elizabeth Truss s’est soldé par un fiasco diplomatique. Elle s’est surtout fait piéger par son homologue russe Sergueï Lavrov en affirmant qu’elle ne reconnaîtrait « jamais » la souveraineté de Moscou sur deux villes russes proches de l’Ukraine, Rostov et Voronezh, dont l’appartenance à la Russie n’a jamais été contestée. Deux semaines plus tard, la Russie envahissait l’Ukraine. Depuis, aux côtés de Boris Johnson, Elizabeth Truss incarne le soutien massif du Royaume-Uni à l’Ukraine, notamment grâce à des sanctions économiques d’une ampleur inédite.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, et son homologue britannique, Elizabeth Truss, en conférence de presse après leurs entretiens à Moscou, en Russie, le 10 février 2022.  ©Service de presse du ministère russe des Affaires étrangères via AP

Le visage de l’après-Brexit

En 2021, Liz Truss devenait la deuxième femme à accéder au poste de ministre des Affaires étrangères. Une consécration, même si sa nomination a également été lue comme une manière, pour Boris Johnson, d’essayer de  brider les ambitions de cette figure montante du parti. Restée loyale jusqu’au bout au Premier ministre sortant, elle va devoir à présent trouver un délicat équilibre pour tirer profit du travail accompli ces derniers mois sans faire figure d’héritière directe de Boris Johnson.

Dès son arrivée au pouvoir, en juillet 2019, Boris Johnson confie à Elizabeth Truss, qui lui doit son surnom « Liz », le portefeuille du Commerce extérieur. A ce poste, qui lui permet de se familiariser avec les circuits diplomatiques, elle devient le visage des négociations commerciales de Londres d’après-Brexit. Un changement de bord pour celle qui avait défendu le maintien dans l’Union européenne lors du référendum de 2016 – avant de changer d’avis, disant voir des opportunités économiques dans le Brexit. 

Elle s’est illustrée par son attitude d’abord conciliante, puis intransigeante face à l’Union européenne dans les délicates négociations sur les dispositions post-Brexit concernant la province britannique d’Irlande du Nord. Par ailleurs, elle s’attelle à nouer de nouvelles alliances de libre-échange et conclut des accords avec le Japon, l’Australie ou encore la Norvège. Pour certains de ses détracteurs, ces accords ne font que réintroduire des avantages perdus avec la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Mais Elizabeth Truss d’échouer à conclure le grand accord commercial avec les Etats-Unis, espéré par Londres. 

Liz Truss, alors secrétaire d’État au Commerce international, et le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, le 23 octobre 2020. Le Japon et la Grande-Bretagne ont signé le premier accord de libre-échange bilatéral post-Brexit, portant sur les droits de douane dans l’alimentaire et l’automobile. ©Kimimasa Mayama/Pool Photo via AP

De l’Environnement au Trésor, en passant par la Justice

Née le 26 juillet 1975, mariée et mère de deux filles, « Liz n’a pas peur de dire ce qu’elle pense, et croit que délivrer les gens d’une paperasserie pesante pour lancer et faire croître des entreprises est la clé de l’avenir économique », peut-on lire sur son site internet. Après une dizaine d’années dans le privé, notamment comme directrice commerciale, elle est d’abord conseillère locale dans le sud-est de Londres puis devient députée en 2010, pour la circonscription de South West Norfolk, dans l’est de l’Angleterre.

En 2012, elle entre au gouvernement et enchaîne depuis les portefeuilles, d’abord secrétaire d’Etat à l’Education, puis ministre de l’Environnement de 2014 à 2016 – elle est alors moquée pour un discours où elle s’indigne que le Royaume-Uni importe la plupart des pommes et fromages qu’il consomme. Nommée par Teresa May, elle devient aussi la première femme ministre de la Justice, puis secrétaire en chef du Trésor.

Ministre des Femmes et de l’Egalité

En septembre 2021, Liz Truss, promue ministre des Affaires étrangères lors du remaniement ministériel de Boris Johnson, conservait son rôle de ministre des Femmes et de l’Égalité. Une fonction qu’elle assumait depuis deux ans, à la suite de la démission d’Amber Rudd, mais de toute évidence sans vraiment l’incarner. Le journal britannique The Guardian citait alors un sondage YouGov : 93% des personnes interrogées ne connaissaient pas le nom de leur ministre des femmes et de l’égalité des chances.

Dans The Guardian, la présidente d’un groupe de députés reprochait à Liz Truss d’assumer son rôle de ministre des femmes et de l’égalité des chances comme une « activité secondaire ». Un rapport de la Commission des femmes et de l’égalité des chances accablait alors le gouvernement, accusé de mettre de côté la lutte pour l’égalité, et pointait le risque de « régression en matière d’égalité des droits après des décennies de progrès ».

J’ai une vision particulière de ce que signifie l’égalité.

Elizabeth Truss

De son côté, Liz Truss défend une autre conception de la « lutte pour l’équité » et explique sa « vision particulière de ce que signifie l’égalité ». Sur le site politicshome, elle exprime son ras-le-bol des politiques qui « ghettoïsent les femmes » et la nécessité d’intégrer de la flexibilité au travail dans la relance économique post-pandémie.

Une enfance à gauche

Sa présence dans les rangs conservateurs est loin d’aller de soi : Liz Truss a grandi dans un milieu très à gauche. A la prestigieuse université d’Oxford, dont elle est diplômée en politique et économie, elle préside le groupe des europhiles libéraux-démocrates, un temps partisans d’un second référendum sur le Brexit.

Ma philosophie personnelle, c’est de donner aux gens l’opportunité de prendre leurs propres décisions.

Elizabeth Truss au quotidien The Guardian

De son propre aveu, Elizabeth Truss provoque la stupeur de ses parents – un père professeur universitaire de mathématiques et une mère militante pour le désarmement nucléaire, qu’elle accompagne, enfant, à des manifestations – en se positionnant en fin de compte franchement à droite. Les tories, dont elle devient rapidement une étoile montante, conviennent mieux à cette partisane d’une faible taxation. « Ma philosophie personnelle », confie-t-elle un jour au quotidien The Guardian, « c’est de donner aux gens l’opportunité de prendre leurs propres décisions ».

LE JV2 AVEC AFP

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