A Bagdad, les partisans de Sadr commencent à se retirer sur ordre de leur chef


Le leader chiite Moqtada Sadr lors d'une conférence de presse à Najaf, au sud de Bagdad, le 30 août 2022 en Irak afp.com - Qassem al-KAABI

Les partisans du leader chiite Moqtada Sadr ont commencé à se retirer mardi de la Zone Verte à Bagdad après un rappel à l’ordre de leur chef qui a fustigé leur recours aux armes contre les forces de sécurité, des combats qui ont fait 23 morts en 24 heures.

L’armée a aussitôt annoncé la levée du couvre-feu décrété la veille dans tout l’Irak, pays riche en pétrole mais accablé par une grave crise socio-économique doublée d’une impasse politique depuis les élections législatives d’octobre 2021.

Aussitôt après l’annonce la veille de l’influent Moqtada Sadr de son « retrait » de la vie politique dont il est pourtant un acteur incontournable, des milliers de ses partisans ont envahi le siège du gouvernement dans la Zone Verte.

Des combats ont ensuite éclaté entre sadristes et partisans du Cadre de coordination, une alliance rivale de Moqtada Sadr qui regroupe des factions pro-Iran dont celle du Hachd al-Chaabi.

« Si tous les membres du Courant sadriste ne se retirent pas dans les 60 minutes de partout (à Bagdad), même du sit-in (devant le Parlement), je les désavouerai », a lancé sur un ton ferme Moqtada Sadr lors d’une conférence de presse dans son fief de Najaf (centre).

« Je présente mes excuses au peuple irakien, seul affecté par les événements », a ajouté Moqtada Sadr, dont l’influence n’a d’égale que l’imprévisibilité.

« Honte à cette révolution. Peu importe qui en est l’initiateur, cette révolution, tant qu’elle est entachée de violence, n’en est pas une », a-t-il dénoncé. « Je critique le mouvement sadriste. Je remercie les forces de sécurité et les membres du Hachd al-Chaabi », a-t-il tonné.

Après son appel, les membres des Brigades de la paix, une faction armée aux ordres de M. Sadr, et ses partisans qui campaient depuis des semaines aux abords du Parlement, ont commencé à quitter la Zone Verte, un secteur abritant institutions gouvernementales et ambassades occidentales.

A pied ou à bord de pick-up, ils ont emprunté surtout le pont de la République enjambant le Tigre pour rentrer chez eux, a constaté l’AFP.

Et les armes se sont tues.

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– Impasse –

Les combats entre d’un côté les Brigades de la paix et de l’autre les forces de l’ordre et le Hachd al-Chaabi, d’ex-paramilitaires intégrés aux forces régulières de l’autre, avaient repris le matin après une nuit relativement calme.

Armes lourdes et roquettes RPG ont été utilisées dans la Zone Verte.

Selon un dernier bilan de source médicale, au moins 23 sadristes ont été tués par balles depuis lundi et 380 personnes blessées dans la Zone Verte. Des funérailles ont été organisées à Najaf.

Les Etats-Unis, pays influent en Irak où ils déploient des soldats, l’ONU et la France ont appelé, eux, à la retenue.

L’Irak est plongé dans l’impasse politique depuis les élections législatives d’octobre 2021 remportées par Moqtada Sadr, les barons de la politique ne parvenant pas à s’accorder sur le nom d’un nouveau Premier ministre. Donc, le pays n’a ni nouveau gouvernement ni nouveau président.

Pour sortir de la crise, Moqtada Sadr et le Cadre de coordination s’accordent sur un point: il faut de nouvelles élections. Mais si Moqtada Sadr insiste pour dissoudre le Parlement avant tout, ses rivaux veulent d’abord un gouvernement.

– « Définitif » –

Ces dernières semaines, le leader chiite irakien n’a cessé de faire monter les enchères car il sait qu’il peut compter sur l’appui d’une très large frange de la communauté chiite, majoritaire en Irak.

Mardi il a de nouveau confirmé son retrait de la vie politique lors de sa conférence de presse. « Mon retrait est définitif ». a-t-il dit, refusant de répondre aux questions sur la politique.

Arrivé premier aux législatives avec 73 sièges (sur 329) mais incapable de former une majorité, il avait fait démissionner ses députés en juin, affirmant vouloir « réformer » le système et en finir avec la « corruption ».

Moqtada Sadr entretient des relations en dents de scie avec l’Iran chiite qui exerce une forte influence chez son voisin irakien. C’est là-bas qu’il vit la plupart du temps, mais balance souvent d’une ligne pro-iranienne à la défense d’une position clairement nationaliste.

LE JV2 AVEC AFP

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