Y aura-t-il suffisamment d’électricité en Europe cet hiver ?

Les Britanniques ont manifesté vendredi 26 août devant le siège du régulateur de l'énergie Ofgem pour protester contre la hausse massive des prix de l'énergie.Capture d'écran AFPTV

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’Europe connaît des difficultés d’approvisionnement en électricité. La raison : la Russie, principal fournisseur de gaz de l’Europe, a fermé les vannes aux pays soutenant l’Ukraine. Mais ce n’est pas la seule raison des difficultés d’approvisionnement. Cela va-t-il conduire à une pénurie d’électricité ? Éléments de réponse.

L’Europe va-t-elle passer l’hiver dans l’obscurité ? Avec la guerre en Ukraine, la Russie a coupé les vannes de ces centrales à gaz aux pays ayant affirmé leur soutien à l’Ukraine. Résultat : les prix de l’énergie grimpent en flèche, certains pays craignent de se retrouver à sec en électricité.  En effet, dans certains pays comme l’Allemagne, le gaz sert à produire de l’électricité. Une pénurie de gaz peut donc amener à une pénurie d’électricité. “L’hiver va être dur pour tous les pays d’Europe, les prix vont rester élevés, et ils devraient encore augmenter”, déclare Giovanni Sgaravatti, chercheur à l’institut bruxellois Bruegel, joint par l’AFP.

En effet, 20% de l’électricité européenne est historiquement générée par des centrales thermiques au gaz. Comme celui-ci se fait plus rare, son prix monte. Cela a des conséquences directes sur le prix de l’électricité. Est-ce la seule raison des difficultés d’approvisionnement ? Tous les pays européens sont-ils touchés de la même manière ?

La Suisse craint un hiver obscur

Avant le conflit ukrainien, la Suisse, pourtant très riche, connaissait déjà un risque de pénurie “élevé.” Comme elle n’a pas de réserves de gaz sur son sol, elle importe du gaz allemand en hiver. Cette année, l’Allemagne bloque ses exportations, en raison de la réduction des livraisons de gaz russe. 

Elle pourrait donc se tourner vers le nucléaire français pour combler le manque, mais là aussi, tout ne se passe pas comme prévu. En raison de problèmes de corrosion, la moitié du parc nucléaire français est à l’arrêt. Ces derniers jours, le gouvernement suisse a appelé à ne pas dramatiser. Il assure aussi se préparer à des pénuries d’électricité. De leur côté, les Suisses se ruent sur les groupes électrogènes et les panneaux solaires pour balcon. Les partis politiques de gauche réclament des mesures rapides.

La mise en arrêt de centrales nucléaires françaises met en difficulté la Belgique

 Comme les prix de l’énergie ne sont pas réglementés, la Belgique est le pays européen avec l’inflation la plus forte. Selon le journal économique belge L’Echo, “la facture annuelle moyenne totale (énergie et gaz) d’un ménage se chiffrerait donc à … 7 920 euros”, en se basant sur les prix actuels du marché. Cependant, contrairement à l’Allemagne, la Belgique n’a pas activé de niveau d’alerte. « Les indicateurs montrent que nous n’avons pas de soucis d’approvisionnement », explique la porte-parole de la ministre de l’Énergie Stéphanie Maquoi, interrogée par L’Echo

Pour le quotidien La Libre, l’augmentation des prix de l’électricité s’explique par une faible production locale. Celle-ci est liée notamment par l’absence de vent – ce qui signifie que les éoliennes produisent moins d’électricité – et la couverture nuageuse prévue – ce qui signifie que les panneaux solaires ont un rendement moindre.” Aussi, la mise à l’arrêt des réacteurs français met la Belgique en difficulté.

Les ambitions énergétiques de l’Allemagne modifiées

Le 26 août, l’Allemagne, tout comme la France, annonce des prix records pour l’électricité en 2023. Les contrats à l’horizon d’un an ont bondi à 850 euros par mégawattheure en Allemagne et à plus de 1 000 euros en France, contre 85 euros sur les deux pays l’an dernier. Plus grand importateur de gaz russe en Europe, l’Allemagne a déclenché au mois de juin son « niveau d’alerte » sur l’approvisionnement en gaz. 

Dans ce contexte, l’Allemagne juge “pertinente” la question d’un report de la fermeture de ces trois derniers réacteurs nucléaires depuis le mois de février. Pour se décider, Berlin attend de nouvelles expertises de son système électrique au regard des besoins hivernaux. Cependant, “prolonger le nucléaire n’est pas une solution à la crise énergétique”, objecte Gerald Neubauer, expert énergie de Greenpeace Allemagne. Selon lui, le nucléaire a une efficacité limitée pour remplacer le gaz russe. “Le gaz sert surtout au chauffage, pas l’électricité”, avance-t-il. 

Au mois de juin, le gouvernement allemand annonce que les centrales à charbon « de réserve » vont être utilisées. Celles-ci devaient servir uniquement en cas de dernier recours. Cela signifie que ces centrales à charbon resteront opérationnelles plus longtemps que ce qui est prévu dans le plan de transition énergétique allemand.

Quelles solutions pour réduire les dépenses énergétiques ?

  • Pour éviter d’éventuelles pénuries au gaz et des coupures d’électricité, les pays européens prennent des mesures. 
  • Les États-membres de l’Union européenne se sont engagés à réduire d’au moins 15% leur consommation de gaz entre le 1er août 2022 et le 31 mars 2023.
  • En Allemagne et en France, le chauffage des administrations est plafonné à 19 degrés.
  • La publicité lumineuse sera bientôt interdite entre 1h et 6h du matin en France dans la majorité de l’espace public.
  • La climatisation est aussi dans le viseur des autorités : en Espagne, elle est limitée à 27 degrés dans les commerces, cinémas, théâtres, aéroports et gares, et ces lieux doivent être équipés d’un mécanisme de fermeture automatique des portes. 

Le nucléaire français au bord de la rupture

La France n’est pas épargnée par la hausse des prix de l’électricité. Interrogé par le média d’information internationale France 24, Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting explique que les incertitudes sont responsables de l’envolée des prix de l’énergie. “Et surtout EDF a, en ce moment, avec son parc nucléaire, des problèmes à long terme.”, explique-t-il. En raison de problèmes de corrosions et d’opérations de maintenance, seuls 24 des 56 réacteurs nucléaires français fonctionnent actuellement. Il faut donc acheter ce qui n’est pas produit et dont la France a besoin.

De son côté, le gouvernement français se veut rassurant. La Première ministre Elisabeth Borne promet dans un entretien au quotidien français Le Parisien que l’exécutif ne va « pas laisser les prix de l’énergie exploser » pour les ménages. De son côté, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire assure que la hausse de l’électricité et du gaz en 2023 serait « contenue ».Une fois terminé le bouclier tarifaire fin 2022, « nous garderons des dispositifs pour amortir les prix de l’énergie », alors que les prix ont explosé sur les marchés de gros, « et nous prendrons des dispositions spécifiques pour accompagner les plus fragiles », indique la Première ministre. Ce 28 août, l’exécutif laissait entendre qu’il y aura une augmentation des livraisons de gaz en provenance d’Algérie.

Les Britanniques envisagent de ne pas payer leurs factures

De l’autre côté de la Manche, la situation est similaire. À partir du mois d’octobre, les tarifs réglementés de l’énergie vont augmenter de 80%. De ce fait, les factures de gaz et électricité pourraient augmenter “considérablement” l’an prochain. Le régulateur Ofgem (Office du gaz et des marchés d’électricité), le patronat, fournisseurs et associations appellent à une action gouvernementale immédiate pour éviter un choc “dramatique” pour les ménages modestes, déjà confrontés à une inflation à plus de 10%, la plus forte des pays du G7. D’après l’université de York, près de deux tiers des ménages britanniques sont menacés de pauvreté énergétique dès l’an prochain.

Selon l’Ofgem, « la hausse reflète la progression continue des cours mondiaux de gros du gaz, qui a démarré avec les déconfinements après la pandémie de Covid, et ont été poussés à des niveaux record quand la Russie a lentement interrompu ses approvisionnements de gaz à l’Europe. »

Face à cela, la population s’organise. Les membres du mouvement Don’t Pay (Ne payez pas en français), s’engagent à ne plus payer leurs factures d’électricité à partir d’octobre si elles ne sont pas ramenées à “un niveau abordable” et à condition d’avoir 1 million de signataires. Actuellement, le mouvement compte 115 567 membres. L’organisation a installé une banderole devant le Parlement, où l’on lit : “que personne n’ait froid ou faim cet hiver. Engagez-vous à faire la grève” des factures.

LE JV2 AVEC AFP

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