En Haïti, l’avenir incertain des enfants obligés de fuir la violence des gangs

Des enfants réfugiés dans une école catholique de Port-au-Prince, le 30 juillet 2022 en Haïti afp.com - Richard Pierrin

Corde à sauter, dominos et travaux manuels: à l’école Saint-Louis de Gonzague transformée en refuge, plus de 300 enfants haïtiens tentent d’oublier, au moins un temps, la violence des gangs qui les a contraints à fuir leur domicile.

Séparés temporairement de leurs parents, ils tuent le temps en se reposant sur les fins matelas de mousse installés sur les sols bétonnés de cet établissement de la capitale Port-au-Prince, entre deux activités organisées par des moniteurs.

« Ils sont traumatisés, mais s’ils commencent à faire une partie de football, ils redeviennent des enfants », explique à l’AFP soeur Paesie, directrice de l’organisation Kizoto, responsable de leur hébergement dans cette école tenue par des frères catholiques.

« Mais quand on commence à parler avec eux, on réalise qu’ils ont vu des choses horribles », poursuit la religieuse française, qui vit en Haïti depuis 23 ans.

Il y a près de deux semaines, la commune de Cité Soleil où ces jeunes vivaient, dans la banlieue de Port-au-Prince, s’est transformée en champ de bataille entre bandes rivales.

Plus de 471 personnes ont été tuées, blessés ou portées disparues entre le 8 et le 17 juillet, selon le dernier décompte de l’ONU. Et beaucoup ont dû fuir.

L’immense majorité des enfants secourus ont perdu leurs maisons, brûlées par des membres des gangs, selon soeur Paesie.

« Une maman avait son petit bébé à l’intérieur de sa maison: il a été tué en étant brûlé dans le logement. Une petite a vu son père immolé devant elle », énumère-t-elle.

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– « Armes braquées » –

Parmi les habitants hébergés à l’école Saint-Louis se trouve Dieula Dubrévil, réfugiée avec ses quatre enfants. Cette femme à la frêle silhouette et aux traits tirés a dû fuir en urgence.

« Des balles ont atterri à l’intérieur de ma maison », se remémore-t-elle avec effroi.

« Mon mari est sorti, ils l’ont battu. Ils l’ont martyrisé et blessé à la tête », ajoute Dieula Dubrévil, qui est sans nouvelle de son conjoint depuis plus de deux semaines.

« Tout le monde nous aide, ici à Saint-Louis, » témoigne de son côté Nicole Pierre, mère de neuf enfants et l’une des rares adultes qui a pu fuir la zone d’affrontement en même temps que les plus jeunes.

Son frère n’a pas eu cette chance. Il a été tué, atteint d’une balle à l’abdomen en tentant de sortir de leur quartier.

Au total, plus de 800 enfants et une vingtaine d’adultes ont réussi à fuir Cité Soleil grâce à des communautés religieuses, au prix d’une opération d’évacuation très risquée.

« La directrice d’une de nos écoles a été très courageuse, parce que les types (les membres de gangs, ndlr) avaient leurs armes braquées sur elle », raconte soeur Paesie.

« Elle a discuté en leur disant que ça n’était que des enfants et elle a réussi à les amadouer », se remémore la religieuse.

Les personnes évacuées ont été progressivement réparties à travers six sites d’hébergements, dont l’école Saint-Louis de Gonzague.

Les chaises et bureaux d’écoliers repoussés le long des murs, le personnel a converti une classe en dépôt pour y stocker vêtements et produits d’hygiène offerts par des ONG et des particuliers.

Les agences humanitaires ont apporté leur aide: le Programme alimentaire mondial a notamment fourni plus de 10.000 repas chauds sur l’ensemble des sites où se sont installés les mineurs isolés.

Si elles savourent ce répit, les familles savent que l’accueil n’est que temporaire.

La rentrée scolaire approchant, elles devront quitter leur refuge dans quelques semaines.

« Les gens qui ont de la famille à l’extérieur de Cité Soleil iront chez ces proches » mais la moitié des réfugiés n’ont « aucune solution alternative d’accueil », s’inquiète soeur Paesie.

LE JV2 AVEC AFP

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