Mort d’al-Zawahiri : « Il n’y aura pas de conséquences dramatiques pour Al-Qaida et ses filiales »

Ayman al-Zawahri à Khost (Afghanistan) en 1998. AP Photo/Mazhar Ali Khan

L’assassinat du numéro un de la nébuleuse djihadiste par les États-Unis ce dimanche 31 juillet à Kaboul devrait être sans effet sur l’organisation terroriste tant « son idéologie demeure bien implantée », analyse Amélie Myriam Chelly, sociologue, spécialiste des islams politiques et chercheuse associée à l’EHESS.

Ayman al-Zawahiri n’est plus. Âgé de 71 ans, le chef d’Al-Qaïda a été tué dans la nuit de samedi 30 à dimanche 31 juillet en plein coeur de Kaboul en Afghanistan par une frappe de drone américain. S’il avait pris la tête de l’organisation djihadiste en mai 2011, après la mort d’Oussama ben Laden, et était considéré comme un des cerveaux des attentats du 11-Septembre 2001, l’Égyptien n’aura jamais acquis l’aura macabre de son prédécesseur.

La faute à une stratégie reposant sur la multiplication des franchises locales et des allégeance de circonstances. Et surtout à la concurrence macabre de l’État islamique.

Sa mort ne menace toutefois pas la pérénisation de ce « mouvement tentaculaire », explique Amélie Myriam Chelly, sociologue, spécialiste des islams politiques et chercheuse associée au Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris.

TV5MONDE : Que représentait Ayman al-Zawahiri pour Al-Qaida, et plus globalement dans l’histoire du djihâd contemporain ?

Amélie Myriam Chelly, sociologue, spécialiste des islams politiques : Ayman al-Zawahiri était présent depuis la naissance d’Al-Qaida, pendant le conflit entre Soviétiques et moudjahidines en Afghanistan, avec Oussama ben Laden et Abdallah Azzam. Ce dernier est le premier à avoir mis en application la matrice des Frères musulmans d’idéologisation et de mondialisation de l’islam. Contrairement à la confrérie, Al-Qaida systématise l’emploi de la violence et surtout des armes.

Il convient aussi de rappeler que c’est Ayman al-Zawahiri qui a scéllé la séparation avec Al-Qaida en Irak, le futur État islamique. À l’époque, en 2006, son chef, Abou Moussab al-Zarqaoui, décide de viser les chiites plutôt que les intérêts occidentaux.

Cela va à l’encontre de l’idéologie première d’Al-Qaida, pour qui l’ennemi premier reste les juifs et les Croisés. C’est finalement al-Zawahiri qui prend la parole et officialise cette rupture : Daech est ainsi né d’une branche locale d’Al-Qaida.

TV5MONDE : Il prend ensuite la tête de l’organisation après la mort d’Oussama ben Laden en mai 2011…

Amélie Myriam Chelly : Effectivement. C’est ce médecin, issu des Frères musulmans égyptiens et influencé par Sayyid Qutb, le premier théologien à avoir penser le djihad tel qu’on le connaît aujourd’hui, qui lui succède. C’est d’ailleurs une forme de continuité dans la direction de l’organisation.

Après Abdallah Azzam et Oussama ben Laden, la troisième tête fondatrice de l’hydre est tombée

Amélie Myriam Chelly, spécialiste des islams politiques, à propos d’Ayman al-Zawahiri

TV5MONDE : Quelles seront les conséquences de sa mort sur Al-Qaida et ses fillières comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans au Sahel ?

Amélie Myriam Chelly : En règle générale, l’idéologie est si bien implantée que la mort d’Ayman al-Zawahiri n’aura pas de conséquences dramatiques pour la pérénnisation du mouvement tentaculaire qu’est Al-Qaïda. Il y a cependant quelque chose qui relève de la fin des architectes du djihad global. Après Abdallah Azzam et Oussama ben Laden, la troisième tête fondatrice de l’hydre, de l’organisation, est tombée.

Il va évidemment être remplacé, ce qui ne signifie pas forcément un affaiblissement. Tout dépendra du successeur : sera-t-il beaucoup plus dans une distribution de franchise ? Sous al-Zawahiri, Al-Qaida a plutôt eu la volonté de maintenir une démarcation vis-à-vis de Daech qui avait une stratégie d’extension et de massification.

Contrairement à l’Etat Islamique, Al-Qaida conservait la volonté d’avoir des membres appartenant plus ou moins à l’élite en termes de connaissances religieuses et idéologiques.

Zone d’action des groupes liés à Al-Qaïda. TV5 MONDE

TV5MONDE : Le visage d’Al-Qaïda restera néanmoins celui d’Oussama ben Laden ?

Amélie Myriam Chelly : Tout à fait. Oussama ben Laden avait un charisme et une aura bien particulière. Il a surtout inauguré une ère de diffusion d’image dans le monde islamique, où celle-ci n’est pas toujours bien acceptée et peut très vite être associée à l’idolatrie. Et c’est donc lui qui a été le visage du terrorisme d’Al-Qaida.

Al-Zawahiri a eu également des discours retentissants, très importants pour le monde djihadiste. Néanmoins, son rapport à l’image était bien plus traditionnel.

LE JV2 AVEC AFP

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