Centrafrique : comment Bangui a obtenu l’assouplissement de l’embargo de l’ONU sur les armes

Le Président Faustin Archange Touadera © Présidence par DR

L’armée centrafricaine n’est désormais plus visée par les sanctions de l’ONU concernant les livraisons de matériel militaire. Le résultat d’un intense travail diplomatique, de Bangui à New York.

Ce 29 juillet, le Conseil de sécurité des Nations unis a voté en faveur d’une prolongation de douze mois de l’embargo sur les armes en Centrafrique. Par dix voix pour contre cinq abstentions, celles de la Chine, de la Russie, du Kenya, du Gabon et du Ghana, l’instance a toutefois décidé que celui-ci ne s’appliquerait plus « aux livraisons d’armes et de munitions, de véhicules et de matériels militaires, destinées aux forces de sécurité centrafricaines ».

Bangui, qui réclamait un allègement du dispositif depuis des années, a donc obtenu gain de cause, même si les autorités centrafricaines demeurent soumises, avant tout achat d’armement, à une obligation de notification au Conseil de sécurité. « Le plus important a été obtenu », se réjouit la ministre centrafricaine des Affaires étrangères Sylvie Baïpo Temon, contactée par Jeune Afrique. « L’ancienne forme de l’embargo faisait que notre armée était moins bien équipée que les groupes rebelles », rappelle-t-elle également.

Dix jours de négociations

Selon nos informations, l’affaire était pourtant initialement mal embarquée pour Bangui. Dans la première version de la résolution, communiquée à la diplomatie centrafricaine dès le 20 juillet, la France  leader dans ce dossier au sein du Conseil de sécurité avait en effet proposé de renouveler l’embargo, sans modification et sans exception pour les forces armées centrafricaines.

Paris comptait ainsi maintenir la pression sur le président Faustin-Archange Touadéra pour qu’il accélère la réforme de son système sécuritaire, mais aussi pour qu’il mette un frein à la relation préférentielle qu’il entretient toujours avec la Russie et ses supplétifs privés du groupe Wagner. La diplomatie française pouvait compter sur l’appui des Américains, des Britanniques ou encore des Irlandais et des Norvégiens.

S’est alors ouvert un intense jeu diplomatique pour convaincre les États indécis du Conseil de sécurité et parvenir à arracher un compromis. Entre le 20 et le 27 juillet, Sylvie Baïpo Temon s’est ainsi entretenue avec plusieurs de ses homologues, notamment l’Indien Subrahmanyam Jaishankar et l’Émirati Shakhbut bin Nahyan Al Nahyan. Étaient également visés le Brésil et le Mexique, ainsi que les trois actuels membres africains du Conseil de sécurité que sont le Ghana, le Kenya et le Gabon  dont les représentants se sont entretenus en visioconférence avec la diplomate centrafricaine.

Front africain à New York

Selon nos sources, le sujet de l’allègement de l’embargo onusien a également été abordé lors du dernier sommet de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), le 25 juillet à Kinshasa, où Faustin-Archange Touadéra était présent. Il l’avait également été les 14 et 15 juillet à Lusaka, en Zambie, lors d’une réunion du Conseil exécutif de l’Union africaine. La CEEAC et l’UA se sont toutes deux rangées aux arguments de la Centrafrique et ont demandé aux diplomaties ghanéenne, gabonaise et kényane de soutenir les efforts de Bangui à New York.

Les démarches ont visiblement porté leurs fruits puisque, si l’embargo a officiellement été prolongé d’un an, il ne touche désormais plus les forces armées centrafricaines. Prévu le 27 juillet, le vote concernant la résolution a été reporté au 28 puis au 29, en raison des débats en cours au sein du Conseil de sécurité. Le jour du vote, des représentants rwandais, équato-guinéens ou encore camerounais étaient présents dans la salle du conseil afin d’appuyer les arguments centrafricains et d’illustrer l’unité africaine sur ce dossier.

Les autorités centrafricaines sont donc désormais libres d’équiper leur armée, dans la limite de leurs moyens financiers et d’une déclaration préalable auprès des Nations unies. Selon nos sources, les besoins identifiés par les ministères de la Défense, de la Sécurité publique et des Finances – qui gèrent les douanes – comprennent en priorité du matériel de déminage, des mortiers de calibre supérieur ou encore des drones de reconnaissance.

JEUNE AFRIQUE

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