Regain de violences, embargo sur les armes, nouvelle Constitution… le point sur la situation en Centrafrique

Le Président Faustin-Archange Touadéra, à droite sur la photo,Adrienne Surprenant / AP

Le Conseil de sécurité de l’ONU  vient de prolonger de 12 mois l’embargo sur les armes visant la Centrafrique, avec une dérogation majeure : ces mesures ne s’appliquent pas aux forces armées régulières. Cet assouplissement attendu de longue date par les autorités centrafricaines, doit aider les autorités à repousser les milices armées, qui continuent de déstabiliser le pays depuis la réélection du président Touadéra, en décembre 2020. Le point sur la situation en Centrafrique aujourd’hui.

C’est une victoire pour le gouvernement de Faustin-Archange Touadéra. Les forces armées de Centrafrique (FACA) ne sont plus concernées par l’embargo sur les armes. Cet embargo était en place depuis 2013 au lendemain de la chute du président François Bozizé et du déclenchement d’une guerre civile.  Les membres du Conseil s’inquiètent toutefois de la situation sur place. Celle-ci « continue de constituer une menace pour la paix internationale et la sécurité régionale ».

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Les combats se poursuivent partout dans le pays, entre les FACA et les milices armées, dont la Coalition des Patriotes pour le changement. Début juillet, Yao Agbetse, l’expert indépendant de l’ONU sur les droits de l’homme en Centrafrique, s’inquiétait sur RFI de la résurgence des attaques de groupes armés, menant à une augmentation des violations des droits humains. La Minusca, la mission de l’ONU en Centrafrique, rapporte 436 “incidents” entre janvier et juin 2022 qui auraient fait plus de 1300 morts. Valentine Rugwabiza, la cheffe de la Minusca, déplorait en juin dernier “la persistance de violations du cessez-le-feu par toutes les parties qui poursuivent leurs opérations et actes de belligérances qui exposent les populations civiles à la violence”. 

Les violences à l’encontre de la population restent un point d’inquiétude majeur pour l’ONU. Celle-ci ne sont pas seulement le fait des groupes armés. L’ONU a accusé les forces armées centrafricaines d’avoir entraîné et armé les miliciens responsablles de l’attaque du village de Boyo en décembre 2021. Au moins 20 personnes avaient été tuées et des centaines de maisons incendiées, forçant plus d’un millier de villageois à fuir la violence. 

Montée en puissance du groupe Wagner  

Ces exactions se multiplient, portées par l’emprise grandissante du groupe paramilitaire russe Wagner dans le pays. Les mercenaires russes sont au cœur de la stratégie militaire centrafricaine et bénéficient de la faveur du président Touadéra, dont ils assurent notamment la protection rapprochée. C’est en partie grâce à eux que les groupes armés ont été repoussés d’une majorité des deux tiers du territoire qu’ils occupaient encore en 2020 : de quoi obtenir le soutien d’une partie de la population, dans un contexte de dégradation des relations entre la Centrafrique et ses partenaires occidentaux.   

Mais le soutien des FACA par les mercenaires russes a un prix. L’ONG Human Rights Watch (HRW), l’ONU ou encore l’Union européenne accusent le groupe Wagner de commettre des crimes de guerre. « Des preuves convaincantes montrent que des forces identifiées comme russes soutenant le gouvernement centrafricain ont commis de graves abus à l’encontre de civils en totale impunité », résume Ida Sawyer, directrice de la division Crises et conflits à HRW, en conclusion d’un rapport de 13 pages basé sur les témoignages de dizaines de victimes, proches et témoins et publié en mai dernier. 

La communauté internationale dénonce également l’indulgence du président Touadéra, qui  laisserait les mercenaires agir en toute impunité et piller les ressources du pays, riche en mine d’or et de diamants, en échange de leur soutien militaire. Des accusations qui n’ont que peu de portée dans le pays, où Wagner est également soupçonné de mener des opérations de désinformation, notamment en finançant des associations anti-françaises.

La situation reste instable

L’assouplissement de l’embargo sur les armes, proposé par la France, est un signal positif envoyé par le Conseil de sécurité. Mais il ne suffira sans doute pas à contrebalancer la montée du sentiment anti-occidental dans le pays, ni à faire oublier que l’UE, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, principaux partenaires financiers de la Centrafrique, ont gelé le versement de leur aide budgétaire – soit environ 5% du PIB du pays. 

Une décision motivée par le manque de transparence de la Centrafrique notamment concernant les dépenses dans le secteur de la sécurité, mais qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la population, qui subit déjà l’une des plus graves crises humanitaires au monde : sur les cinq millions d’habitants que compte le pays, plus d’1,2 millions sont déplacés, et plus de 3 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire selon l’ONU

Malgré des progrès, comme l’abolition de la peine de mort le 1er juin dernier, et la tenue d’un “dialogue de réconciliation nationale” voulu par le président en mars, la situation en Centrafrique reste volatile. Et le projet de nouvelle Constitution, qui ouvrirait la voie à un troisième mandat pour Faustin-Archange Touadéra, risque de raviver les braises d’un conflit jamais vraiment éteint depuis 2013. 

LE JV2 AVEC AFP

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