Parité euro-dollar : « Les pays de la zone CFA subissent de plein fouet les variations de l’euro »

Comme la Côte d'Ivoire, treize autres pays africains font partie de la zone CFA, dont la monnaie est directement indexée sur l'euro et ses fluctuations. AP/ /Emanuel Ekra.Comme la Côte d'Ivoire, treize autres pays africains font partie de la zone CFA, dont la monnaie est directement indexée sur l'euro et ses fluctuations. AP/ /Emanuel Ekra.

L’euro a récemment chuté jusqu’à atteindre la parité avec le dollar, entraînant risque d’inflation et perte d’attractivité. Ces conséquences vont aussi se répercuter sur les quatorze pays africains qui utilisent le franc CFA comme monnaie, indexée directement sur l’euro. Décryptage de l’économiste Carl Grekou.

Depuis le 12 juillet, l’euro vaut environ un dollar, et est même brièvement passé sous cette barre le  lendemain. Une dépréciation inédite depuis 2002, qui s’accompagne d’inflation et de perte d’attractivité pour la zone. 

Mais cette situation n’a pas des conséquences que pour les pays qui ont comme monnaie l’euro. En Afrique, les quatorze pays qui utilisent le franc CFA sont aussi touchés par la dépréciation. Le franc CFA est en effet directement indexé sur l’euro, à parité fixe. 

« Les pays de la zone CFA subissent donc de plein fouet les variations de l’euro. Toutes les conséquences que connaissent les pays européens sont aussi subies dans cette zone. Et la nature du régime de change aggrave un peu plus la situation. Toute l’économie est basée sur le maintien de la parité de change, ce qui crée une faiblesse énorme dans des périodes compliquées », décrit Carl Grekou, économiste au CEPII (Centre d’Études Prospectives et d’Informations Internationales) qui a travaillé sur la zone. 

Risque important d’inflation

La première conséquence a trait au commerce. Les importations vont devenir plus chères, surtout lorsqu’elles sont libellées en dollars comme c’est le cas de l’énergie. Pour les pays très dépendants de ces importations, la dépréciation s’accompagne donc d’inflation.

« Les prix à la consommation vont augmenter significativement, en raison du manque d’auto-suffisance alimentaire dans la zone, développe l’économiste. Par exemple, la Côte d’Ivoire importe beaucoup d’aliments de base comme le riz et l’huile. Elle pourra donc être fortement impacté, contrairement à des pays plus autonomes au niveau de l’agriculture et de l’industrie. Plus il y a d’auto-suffisance, moins il y a d’inflation ». 

Les banques centrales de la zone ne peuvent rien faire d’autre que suivre scrupuleusement la politique de la BCE.Carl Grekou, économiste au CEPII

L’inflation peut aggraver la situation économique globale des pays. « Si rien n’est fait pour la juguler, on peut s’attendre à une hausse des taux d’emprunt, donc à une récession et une baisse d’activité ». La dépréciation s’ajoute aux difficultés connues par les pays africains en répercussion de la guerre en Ukraine. L’économiste évoque aussi le risque d’une crise de change, entraînant une perte de valeur de la monnaie.

« Profitabilité » pour les exportations

Du côté des exportations, les conséquences sont un peu différentes de celles en zone euro, qui exporte dans sa monnaie domestique. En Europe, la monnaie moins chère s’accompagne d’un gain en compétitivité, que les pays africains ne vont pas forcément connaître puisqu’ils sont peu à exporter en monnaie locale, explique Carl Grekou. Les exports en dollars pourront toutefois leur rapporter davantage que d’habitude, créant un « effet de profitabilité ». 

LE JV2 AVEC AFP

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