Dans la canicule et les fumées, des milliers de personnes évacuées en Gironde

L'incendie qui ravage la pinède derrière la dune du Pyla, en Gironde, vu depuis l'hôtel La Corniche, en bordure du bassin d'Arcachon, le 18 juilletL'incendie qui ravage la pinède derrière la dune du Pyla, en Gironde, vu depuis l'hôtel La Corniche, en bordure du bassin d'Arcachon, le 18 juillet afp.com - THIBAUD MORITZ

« On prépare les affaires et on s’en va! » : dans un quartier de La Teste-de-Buch, les coffres débordent de sacs et de valises. Quelque 17.000 personnes ont été évacuées lundi en Gironde, sous une chaleur caniculaire, pour fuir la fumée des deux incendies qui ont ravagé près de 17.000 hectares de forêts depuis mardi.

« On le sentait venir depuis hier (dimanche) », explique à l’AFP un couple de retraités avant de se replier pour la commune voisine d’Arcachon.

Par des températures caniculaires, avec 41,2 °C relevé à Arcachon, des vents tournants et sous un ciel devenu gris-jaune, quelque 8.000 personnes ont dû quitter les Miquelots et le Pyla-sur-Mer, des quartiers de La Teste-de-Buch, commune de 28.000 habitants très étendue et très boisée où 4.700 hectares sont partis en fumée selon un dernier bilan.

Dans l’autre secteur sinistré, à Landiras dans le sud de la Gironde, environ 8.000 personnes également ont dû laisser leur foyer derrière eux lundi, dans sept communes. Le feu y a déjà dévoré 12.000 hectares de forêt.

« Nous avons évacué lundi autant de gens que lors des six jours précédents », pour un total d’environ 32.000 évacuations préventives à cause de ces feux « qui se répandent », a déclaré la préfète de Gironde Fabienne Buccio.

Les cinq campings desquels 6.000 vacanciers avaient été évacués dans la nuit de mercredi, au pied de la dune du Pilat, « ont brûlé à 90% », a-t-elle ajouté.

Celui de la Dune-Les Flots Bleus, rendu célèbre par les films « Camping » avec notamment Franck Dubosc, a été touché, selon son gérant.

Dans ce secteur de la plus haute dune d’Europe, la combustion des bonbonnes de gaz restées dans les campings désertés a entraîné de nombreuses explosions.

– « Strict minimum » –

Aux Miquelots, Patricia Monteil est « en panique ». « Je vais chez ma fille (dans un autre quartier de La Teste) mais si ça crame là-bas aussi, je ne sais pas quoi faire », glisse cette quadragénaire en empilant dans sa voiture le plus de choses possibles.

Dans une odeur de brûlé prégnante, les sirènes de pompiers retentissent. Des cendres commencent à voleter dans les airs.

Anaïs, elle parcourt le quartier à la recherche des cinq chats de ses parents mais n’en a trouvé qu’un: « Je pense qu’on va être obligés de les laisser ici ».

Jean-Claude et Marie-France Estampe, des septuagénaires, racontent avoir « emporté le strict minimum » pour se réfugier chez des amis à Gujan-Mestras, commune toute proche.

– « Temps de guerre » –

Au zoo du Bassin d’Arcachon à La Teste, une évacuation des animaux a commencé. Pour l’Association française des parcs zoologiques, « c’est une opération unique en son genre » qui doit permettre de replier des animaux, notamment ceux sensibles aux fumées comme les primates, vers Pessac, près de Bordeaux.

A l’hippodrome, on envisage d’évacuer 370 chevaux vers Bordeaux ou Pau, selon Céline Bobacher, une responsable, qui décrit « un ciel gris, un brouillard très épais, comme un temps de guerre ».

Face à des brasiers « hors norme » et dans une chaleur infernale (42,4°C enregistrés à Cazaux, un village de La Teste évacué vendredi), quelque 1.700 sapeurs-pompiers « venus de toute la France » sont mobilisés en Gironde, avec d’importants moyens aériens (6 Canadairs et 3 Dash), selon la préfecture.

« On a vu des phénomènes que les forestiers n’ont jamais vus avant. Le feu explose littéralement, lié à la chaleur et au potentiel calorifique présent. Les troncs de pins de 40 ans éclatent », décrit le directeur départemental du Sdis 33, Marc Vermeulen.

Deux Ehpad, un sur chaque site d’incendie, au Pyla-sur-mer et à Villandraut, ont été évacués lundi soir alors que deux maisons et un mobil-home ont brûlé dans le secteur de Landiras, d’après la préfecture.

Avec un nouveau changement d’orientation du vent attendu dans la nuit et « des rafales à 80 km/h », les conditions sont « extrêmement défavorables », selon les pompiers.

« On ne se laisse pas abattre , le feu ne fait pas ce qu’il veut, nous le contrarions », a assuré la préfète.

Les services forestiers, appuyés par des bulldozers de l’armée, devaient travailler toute la nuit pour construire un pare-feu entre la dune du Pilat et Biscarosse (Landes).

LE JV2 AVEC AFP

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