Alaa Abdel Fattah, le détenu politique le plus célèbre d’Egypte

Le détenu le plus célèbre d'Egypte, Alaa Abdel Fattah, donne une interview à son domicile au caire, le 17 mai 2019Le détenu le plus célèbre d'Egypte, Alaa Abdel Fattah, donne une interview à son domicile au caire, le 17 mai 2019 afp.com - Khaled DESOUKI

Icône de la « révolution » de 2011 en Egypte et en grève de la faim depuis 100 jours dimanche, Alaa Abdel Fattah détient un triste record: à 40 ans, il a été emprisonné sous tous les présidents ces deux dernières décennies.

Père d’un enfant de dix ans, Khaled –en hommage à Khaled Saïd, dont la mort sous les coups de la police en 2010 avait contribué au déclenchement de la révolte populaire–, il n’aura quasiment vu son fils qu’au travers d’un parloir.

Regard espiègle derrière ses lunettes, barbe mal taillée et cheveux bouclés difficilement domptés par du gel, Alaa Abdel Fattah, blogueur prodémocratie, a été pendant des années de toutes les révoltes en Egypte.

Cet ingénieur de formation a été une figure de proue du mouvement syndical Kefaya dans les années 2000, puis de la « révolution » de 2011 qui renversa Hosni Moubarak, des défilés monstres contre l’islamiste Mohamed Morsi deux ans plus tard et enfin des manifestations contre son tombeur, Abdel Fattah al-Sissi.

Avec l’arrivée au pouvoir de ce dernier en 2013, « le pouvoir militaire s’est emparé de l’Egypte et Alaa, connu depuis 2011 pour son engagement contre les procès militaires de civils, a incarné une opposition intolérable pour le régime », explique à l’AFP le militant égypto-palestinien Ramy Shaath, lui-même ancien détenu politique.

– « Détruire tous les Egyptiens » –

De nouveau détenu depuis septembre 2019, Alaa Abdel Fattah a été officiellement condamné fin 2021 à cinq ans de prison pour « fausses informations ». Son premier séjour derrière les barreaux remonte à 2006 sous Moubarak.

Il y est retourné sous le maréchal Mohammed Tantaoui –dirigeant de facto du pays entre 2011 et 2012– sous Morsi et aujourd’hui encore sous Sissi.

C’est depuis sa cellule qu’il est devenu citoyen britannique… en pleine grève de la faim entamée le 2 avril.

Déjà en 2019, libre la journée mais obligé de dormir dans un commissariat, il dénonçait le sort des détenus politiques en Egypte, plus de 60.000 selon les ONG.

Le pouvoir « ne nous traite pas comme des êtres humains », affirmait-il alors à l’AFP, mais « comme des animaux politiques qui lui donnent du fil à retordre ».

S’il n’a cessé d’être emprisonné, c’est parce qu’il est un symbole: « le régime veut le détruire pour détruire la volonté de tous les Egyptiens », assure Ramy Shaath.

Au-delà d’Alaa Abdel Fattah, c’est toute sa famille qui est une épine dans le pied des pouvoirs successifs.

Son père, l’avocat Ahmed Seif mort en 2014, a longtemps défendu les plus grands militants des droits humains du pays, jusqu’à son fils les dernières années de sa vie.

Sa mère, la mathématicienne Laila Soueif, est une figure de la gauche intellectuelle de tous les combats pour les droits des travailleurs.

– « Me rendre invisible » –

Sa soeur benjamine, la réalisatrice Sanaa Seif, accusée elle aussi d’avoir incité à des manifestations et diffusé de « fausses informations », est sortie en décembre de 18 mois de détention, tandis que sa cadette Mona Seif alerte chaque jour en ligne sur le sort de son frère et des autres détenus d’opinion d’Egypte.

En avril, elle assurait qu’Alaa était persécuté par un officier en particulier parce qu’en prison, il continuait de dénoncer les « crimes contre l’humanité » subis par ses codétenus. Il a depuis été transféré vers une prison plus moderne, où pour la première fois il a obtenu un matelas et des livres.

« Ils veulent que je sois opprimé au point de me rendre invisible », assurait M. Abdel Fattah en 2019 à l’AFP.

Car sa voix porte bien au-delà de l’Egypte: en octobre, une maison d’édition britannique avait publié son livre « You have not yet been defeated », (Tu n’as pas encore été vaincu), préfacé par l’autrice altermondialiste canadienne Naomi Klein.

En 2005 déjà, Reporters sans frontières (RSF) le récompensait pour son rôle « majeur dans le développement d’une blogosphère critique en arabe » et près de dix ans plus tard, il était nominé par le Parlement européen pour le prix Sakharov de défense de la liberté de pensée.

A Londres, Berlin ou Bruxelles, de nombreux députés appellent aujourd’hui à sa libération. Jusqu’ici en vain.

LE JV2 AVEC AFP

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s