La basketteuse américaine Brittney Griner otage de la diplomatie à la russe ?

La basketteuse américaine Brittney Griner arrive dans un tribunal russe le 1er juillet 2022La basketteuse américaine Brittney Griner arrive dans un tribunal russe le 1er juillet 2022 afp.com - Kirill KUDRYAVTSEV

La basketteuse américaine Brittney Griner, jugée en Russie pour trafic de drogue, n’est pas la seule étrangère emprisonnée par Moscou dans des conditions difficiles. La Russie serait-elle en train de se constituer un vivier de prisonniers internationaux à échanger comme des pions diplomatiques ?

Le calendrier est troublant. La basketteuse américaine Brittney Griner est détenue dans une prison russe depuis février 2022, lorsque le service fédéral des douanes de Russie a déclaré avoir découvert dans ses bagages du liquide pour cigarette électronique contenant du cannabis à son arrivée à l’aéroport international Sheremetyevo de Moscou, en provenance de New York. Une semaine plus tard débutait l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes. 

Aux États-Unis, nombre de commentateurs voient dans la détention de la championne de 31 ans une manœuvre politique de la Russie et qualifient de « procès spectacle », l’audience de Brittney Griner devant le tribunal de Khimki, en banlieue de Moscou depuis le 1er juillet. Un procès durant lequel la star américaine a plaidé coupable, jeudi 7 juillet, de contrebande de drogue. Elle encourt jusqu’à dix ans de prison. 

« C’est une période de tension accrue entre la Russie et les États-Unis », commente Ben Noble, professeur à l’University College de Londres et spécialiste de la politique russe. « La détention de Brittney Griner peut ou non avoir été motivée politiquement, mais dans tous les cas cette affaire est devenue une affaire politisée. » 

Cellule surpeuplée, manque d’intimité

« Je suis terrifiée à l’idée de rester ici pour toujours », écrivait Brittney Griner, dans une lettre adressée au président américain Joe Biden le 4 juillet, après avoir passé déjà cinq mois derrière les barreaux. « S’il vous plaît, ne nous oubliez pas, moi et les autres détenus américains. Faites tout ce que vous pouvez pour nous ramener chez nous. »

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a répondu sur Twitter que les États-Unis ne connaîtraient « pas de répit » tant que la championne de basket et « tous les autres Américains injustement détenus » n’auront pas été libérés.

Comme pour les autres prisonniers, les conditions de détention de Brittney Griner sont très dures : cellules surpeuplées, lits en mauvais état, douches limitées et toilettes communes. Mais le calvaire ne s’arrête pas là. Dans la plupart des cas, l’espoir d’un procès équitable est faible, estime Natalia Prilutskaya, chercheuse d’Amnesty International sur la Russie. 

Après le procès, les personnes reconnues coupables sont envoyées dans des colonies pénitentiaires où les conditions ne sont guère meilleures – travail forcé, infrastructures minimales et absence de soins sont monnaie courante.  

Deux Américains, quatre Britanniques et un Marocain 

Brittney Griner n’est pas la seule détenue étrangère dans ce cas. L’ancien marine américain Paul Whelan, emprisonné en Russie depuis 2018, purge actuellement une peine de 16 ans pour espionnage – une accusation que lui et les responsables américains continuent de nier.   

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les condamnations d’étrangers se sont multipliées. Quatre ressortissants britanniques et un Marocain ont été emprisonnés après avoir été capturés sur le sol ukrainien et reconnus coupables par les tribunaux russes d’avoir combattu en tant que mercenaires. Trois d’entre eux ont été condamnés à mort.  

Il est difficile de connaître les conditions de détention précises de ces étrangers. « Il existe des colonies pénitentiaires où les ressortissants étrangers sont détenus dans des conditions probablement plus souples, mais pas nécessairement », estime Natalia Prilutskaya. « Surtout si les autorités veulent faire pression sur un détenu en particulier ou l’utiliser comme un pion. » 

Un travail diplomatique long et minutieux 

Dans le cas de Brittney Griner, son statut d’athlète très en vue pourrait faire d’elle une prisonnière particulièrement précieuse, pour qui les États-Unis pourraient mettre le prix afin de la rapatrier. « Il se pourrait bien qu’elle soit considérée par les dirigeants politiques russes comme une candidate possible à un échange de prisonniers, notamment contre le ressortissant russe Viktor Bout, un trafiquant d’armes condamné et emprisonné aux États-Unis« , avance Ben Noble. 

Un échange similaire avait eu lieu en avril 2022, lorsque l’Américain Trevor Reed a été libéré en échange d’un citoyen russe détenu dans une prison américaine pour trafic de drogue. Cet ancien marine avait été condamné à neuf ans de prison pour avoir mis en danger « la vie et la santé » d’officiers de police russes, une accusation que lui-même et des responsables américains ont démentie. Il a été détenu pendant près de trois ans avant d’être libéré, après ce que la Maison Blanche a décrit comme « des mois et des mois d’un dur travail minutieux ». 

C’est peut-être aujourd’hui le seul espoir de Brittney Griner et des autres détenus, mais il leur faudra beaucoup de patience, même si la Maison Blanche s’est engagée le 5 juillet à faire « tout ce qu’elle peut » pour obtenir la libération de la basketteuse et de Paul Whelan. 

Selon Ben Noble, il n’est pas certain que les autorités russes aient l’intention d’arrêter d’autres ressortissants étrangers à des fins politiques, mais dans tous les cas, les voyages en Russie ne sont plus légion. « Le cas de Brittney Griner pourrait bien dissuader les ressortissants étrangers de fouler le sol russe, de peur qu’ils ne subissent le même sort », souligne-t-il. 

Cet article a été adapté de l’anglais par Bahar Makooi. Cliquez ici pour retrouver le texte original

LE JV2 AVEC AFP

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