Centrafrique :Fidèle Gouandjika : «Le peuple souverain veut une nouvelle Constitution et non une simple modification»  

Fidèle Gouandjika est est ministre conseiller spécial du chef de l'Etat centrafricain Faustin Archange Touadera. © facebook.com

En Centrafrique, le pouvoir envisage d’organiser un référendum pour changer de Constitution et pour permettre au président Touadera de briguer un troisième mandat en 2026. C’est ce qu’annonce aujourd’hui sur RFI Fidèle Gouandjika, qui est ministre conseiller spécial du chef de l’État centrafricain. Le ministre reconnaît la présence de la milice russe Wagner sur le territoire de son pays. Et il ne cache pas que les relations entre Paris et Bangui sont tendues. En ligne de Bangui, Fidèle Gouandjika répond sans langue de bois aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Fidèle Gouandjika, bonjour. Pourquoi vouloir supprimer cette limitation à deux mandats ?

Fidèle Gouandjika : C’est un député de la nation qui a pris l’initiative en se fondant sur ce qui se passe autour de nous, dans notre zone monétaire, politique et de par le monde.

Voulez-vous dire que les chefs d’État de la sous-région ont largement dépassé les deux mandats et que vous voulez faire pareil pour le président Touadéra ?

Quand on modifie une Constitution, on ne nomme pas le président de la République. Nous voulons une stabilité en République centrafricaine.

Et le président Touadéra va-t-il convoquer prochainement une session extraordinaire de l’Assemblée pour faire voter cette modification de la Constitution ?

Non, je ne crois pas. On ne le lui conseille pas. Le président de la République a deux choix. Il peut convoquer une assemblée extraordinaire de l’Assemblée nationale, ou il peut aussi appeler tout simplement au référendum. Dans notre entendement, ce que veut le peuple souverain, c’est une nouvelle Constitution et non une modification simpliste d’une Constitution qui a été mal écrite.

Donc, ce sera plutôt un référendum alors ?

Je pense à mon avis qu’un référendum serait mieux qu’une simple modification d’une Constitution.

Qu’est-ce que vous pensez des appels à la violence contre ceux qui s’opposent à cette réforme de la part de groupes que l’on dit proches du pouvoir ?

Moi, je ne connais pas de groupes proches du pouvoir qui menacent l’opposition démocratique ou les gens qui peuvent s’opposer à la modification de la Constitution.

Oui, mais sur les réseaux sociaux, on apprend qu’en prévision de la manifestation favorable à la réforme qui est prévue le 8 juillet, certains groupes proches du pouvoir appellent à utiliser des « battes de baseball contre les tibias » …

Vous voyez, sur les réseaux sociaux, les gens s’attaquent comme ils veulent à visage non découvert. Pour nous, ce ne sont pas les réseaux sociaux qui font nos pensées positives pour le pays. Il y a la radio nationale, il y a des radios privées, nous avons RFI aussi qui nous aide à communiquer, et vous ne verrez jamais le président de la République ou un groupe quelconque proche du pouvoir menacer toute personne qui s’opposerait à la modification de la Constitution. C’est un jeu démocratique.

Sur le plan sécuritaire, Fidèle Gouandjika, vous affirmez avoir repris le contrôle de la quasi-totalité du pays. Mais n’y a-t-il pas toujours des accrochages meurtriers avec des groupes armés dans le nord-ouest et dans le nord-est ?

Aujourd’hui, nous avons reconquis les 100% du territoire. L’autorité de l’État est partout par la présence de préfets, sous-préfets, secrétaires généraux, maires et ainsi de suite. Ce qui se passe aujourd’hui dans les contrées que vous venez de citer, ce sont des bandits de grand chemin, comme toujours, des résidus des groupes Seleka et anti-balaka. L’armée nationale, avec nos alliés russes et rwandais, contrôlent la situation.

Oui, mais ces alliés russes ne viennent pas gratuitement. Que répondez-vous à ceux qui disent qu’ils sont en train de piller les ressources de la République centrafricaine ?

La France envoie bien des légionnaires en Centrafrique et ailleurs ! Dites-moi, qui paye ces légionnaires et qui a payé Sangaris ? C’est la France qui paye Sangaris, n’est-ce pas ? Nous avons les Wagner pour vous faire plaisir. Les Wagner sont chez nous par rapport à une convention, un accord de défense signé entre la République centrafricaine et la fédération de Russie. Ils sont donc payés par la fédération de Russie.

Ah d’accord, c’est-à-dire que les Wagner ne sont pas propriétaires de concessions minières en République centrafricaine ?

Ça, c’est un autre problème. Il y a des Russes, des Français, des Roumains, des Allemands, des Chinois et des Libanais qui aiment notre pays et qui ont des concessions minières ici. On ne donne pas les terres comme ça gratuitement.

Donc les Wagner sont payés par Moscou ?

Tout à fait. Ils sont payés par les pays qui les ont envoyés ici. Qu’ils soient Wagner, Beethoven, Mozart, nous avons signé un contrat avec la Russie et la Russie nous a envoyé ses soldats que vous appelez Wagner, nous on fait avec.

Vous dites que les relations sont tendues avec la France, va-t-on vers la rupture ?

On ne peut pas aller jusque-là, monsieur Macron ne sera pas éternellement au pouvoir, il lui reste quelques cinq ans. Peut-être dans ces cinq ans-là, le président Macron va revenir aux bons sentiments et on reprendra de bonnes relations. Monsieur Touadéra n’a rien contre Macron, il n’a jamais prononcé un mot déplacé envers lui, bien que Monsieur Macron disait que Monsieur Touadéra était un homme « pris en otage par les Russes », c’est méchant.

Donc les deux présidents se croisent, comme à Bruxelles en février dernier, mais ils ne se parlent pas pour l’instant ?

Ils vont se parler un jour, il n’y a pas de problème.

ECOUTER 

RFI

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