Mohammed ben Salmane en Turquie quatre ans après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à gauche, avait rendu visite au prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed bin Salman, en Arabie saoudite, le 29 avril 2022. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, à gauche, avait rendu visite au prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed bin Salman, en Arabie saoudite, le 29 avril 2022.  © Présidence turque/ AP

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane est attendu ce mercredi 22 juin à Ankara pour sa première visite officielle en Turquie. Cette rencontre intervient après neuf années d’une brouille entre les deux pays exacerbée, entre autres, par l’assassinat à Istanbul du journaliste saoudien, Jamal Khashoggi, dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul.

« Si Dieu le veut, nous verrons à quel niveau nous pourrons hisser les relations entre la Turquie et l’Arabie saoudite. » Le président turc Recep Tayyip Erdogan présentait ce vendredi un nouveau signe de la réconciliation entre les deux États. Il confirme la venue du prince héritier et dirigeant du royaume saoudien Mohammed ben Salmane.

L’homme fort du royaume saoudien doit être reçu par Recep Tayyip Erdogan au palais présidentiel à partir de 16H30, heure française, (13H30 GMT), selon le programme communiqué par la présidence turque. La visite intervient au terme d’une tournée régionale entamée lundi en Egypte. Plusieurs accords doivent être signés au cours de la visite, a affirmé à l’AFP un haut responsable turc. « C’est l’une des visites les plus importantes à Ankara depuis près d’une décennie », estime pour sa part Soner Cagaptay, du Washington Institute for Near East Policy. Mais ce n’est pas le premier acte de la réconciliation entre les deux pays.

Les origines des tensions entre Ryad et Ankara

Les tensions entre Ryad et Ankara remontent à 2013. Et ce depuis que  le président Erdogan avait affiché son soutien à Mohammed Morsi, président égyptien déchu des Frères musulmans. 

Quelques années après, en 2017, l’Arabie saoudite impose un blocus de trois ans au Qatar, grand allié de la Turquie. L’année suivante, l’affaire Khashoggi finit d’empoisonner les relations entre Ankara et Ryad. 

L’éditorialiste du Washington Post avait été retrouvé démembré en octobre 2018 dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul. Il venait y chercher des documents nécessaires à son mariage avec sa fiancée turque. Le président turc avait accusé les « plus hauts niveaux du gouvernement saoudien » d’avoir commandité l’assassinat du journaliste saoudien. 

Nouvel acte dans une stratégie globale de réconciliation d’Erdogan 

Le président Erdogan multiplie les initiatives pour normaliser les relations avec plusieurs puissances régionales, comme l’Arabie saoudite mais aussi Israël et les Emirats arabes unis. 

Déjà en avril dernier, le président Erdogan s’était déjà rendu en Arabie saoudite pour discuter avec le prince héritier des moyens de « développer » leurs relations.  

Trois semaines plus tôt, la justice turque avait décidé de clore le procès de l’assassinat de Jamal Khashoggi, à l’origine de nombreuses tensions entre les deux pays. La Turquie avait accusé l’Arabie saoudite d’avoir commandité le meurtre du journaliste saoudien dans le consulat saoudien en Turquie.

Pour Soner Cagaptay, professeur turco-américain de sciences politiques, cette série d’iniative du président turc témoigne de sa quête désespérée « à attirer des investissements du Golfe ».

Une réconciliation à des fins économiques, pour la Turquie

Après deux décennies à la tête de l’Etat turc, Erdogan est confronté à la dégringolade de la livre turque (-44% face au dollar en 2021 et -23% depuis le 1er janvier). L’inflation  (73,5% sur un an en mai) ravage aussi le pouvoir d’achat des Turcs et rend sa réélection incertaine.

Erdogan a renvoyé le dossier [Khashoggi] à l’Arabie saoudite contre de l’argent, tel un mendiant.

Le chef du principal parti de l’opposition turque, Kemal Kilicdaroglu.

Pour, le chef du principal parti de l’opposition turque, Kemal Kilicdaroglu, la situation économique du pays est à l’orgine des agissements du président turc. »Vous avez renvoyé le dossier [Khashoggi] à l’Arabie saoudite contre de l’argent, tel un mendiant ».

Un rapprochement pour contrer l’influence de l’Iran, pour l’Arabie saoudite

Pour MBS, cette visite marque la fin de la mise au ban de la part des Occidentaux. Le président américain Joe Biden a prévu une étape en Arabie saoudite dans sa visite au Moyen-Orient mi-juillet. Il y rencontrera le prince héritier.

Pour l’Arabie saoudite, une des motivations premières est de créer un front sunnite, qui comprendra la Turquie, pour contrer l’influence de l’Iran dans la région. 

Gönül Tol, du Middle East Institute à Washington.

« Pour l’Arabie saoudite, une des motivations premières est de créer un front sunnite, qui comprendra la Turquie, pour contrer l’influence de l’Iran dans la région », relève Gönül Tol, du Middle East Institute à Washington.

Les deux pays avancent vers cette réconciliation. Mais pour Gönül Tol, le fils du roi Salmane « n’oubliera pas facilement l’attitude de la Turquie lors de l’affaire Khashoggi », « À cette période, MBS cherchait à promouvoir une image de réformateur dans le pays et sur la scène internationale. Or, en dévoilant l’affaire Khashoggi, la Turquie a fortement endommagé cette image. »

LE JV2 AVEC AFP

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