Equateur: l’armée accuse les manifestations de mettre la démocratie « en grave danger »

Des milliers d'indigènes, étudiants, travailleurs et personnes en colère manifestent contre le gouvernement à Quito, le 20 juin 2022Des milliers d'indigènes, étudiants, travailleurs et personnes en colère manifestent contre le gouvernement à Quito, le 20 juin 2022 afp.com - Cristina Vega RHOR

Au neuvième jour de mobilisation des indigènes en Equateur contre la hausse des prix du carburant, le ministre de la Défense a accusé mardi les manifestations de représenter un « grave danger » pour la démocratie, alors que le dialogue est au point mort.

« Les forces armées ne permettront pas les tentatives de briser l’ordre constitutionnel ou toute action contre la démocratie et les lois de la République », a ajouté le ministre, qui s’exprimait au ministère de la Défense à Quito, encadré par les chefs de l’Armée de terre, de la Marine et de l’Armée de l’air.

La puissante Confédération des nationalités indigènes d’Equateur (Conaie), qui a participé aux révoltes ayant renversé trois présidents entre 1997 et 2005 et mené les violentes manifestations de 2019 (11 morts), organise depuis le 13 juin des marches et barricades pour exiger une baisse des prix du carburant.

Des milliers d’indigènes ont entamé lundi une marche pacifique vers le centre de Quito depuis le sud. Plusieurs centaines sont également arrivés par le nord dans la capitale de trois millions d’habitants.

En fin de matinée, la police a dispersé à l’aide de gaz lacrymogène environ 500 manifestants qui tentaient de s’approcher de la Maison de la Culture équatorienne, un centre culturel indigène, sous le contrôle des forces de l’ordre depuis dimanche.

« L’objectif aujourd’hui est de prendre la Maison de la Culture, de s’y abriter », a expliqué à l’AFP Wilson Mazabanda, un indigène Kichwa-Panzaleo arrivé lundi de Cotopaxi (sud), alors que ce vaste centre culturel avait servi de QG aux protestataires lors des manifestations de 2019.

Outre le prix du carburant, les manifestants dénoncent le manque d’emplois, l’octroi de concessions minières dans les territoires autochtones, l’absence d’un contrôle des prix des produits agricoles et une renégociation des dettes des paysans auprès des banques.

« Nous sommes le peuple et nous resterons ici jusqu’au bout », a assuré lundi, sur une avenue occupée par des manifestant, Victor Taday, 50 ans, originaire de la province de Chimborazo (sud) et qui vit à Quito. Il veut que le président Guillermo Lasso, au pouvoir depuis mai 2021, « s’en aille ».

Dans la ville côtière de Guayaquil (sud-ouest) deux marches massives se sont déroulées lundi, l’une pour la paix et l’autre contre le gouvernement.

– Etat d’urgence étendu –

Au Parlement, les députés ont approuvé lundi soir par 81 voix sur 137 votes une résolution exigeant une proposition gouvernementale de dialogue « sérieuse, claire et honnête » et réclamant une table ronde incluant l’ONU, la Croix-Rouge, les universités et l’Eglise catholique pour chercher des solutions à la crise.

Le parti indigène Pachakutik, bras politique de la Confédération des nationalités indigènes d’Equateur (Conaie) est la deuxième force au Parlement.

Les peuples indigènes rassemblent au moins un million des 17,7 millions d’Equatoriens.

« Nous avons tendu la main, nous avons appelé au dialogue, mais ils ne veulent pas la paix, ils cherchent le chaos, ils veulent chasser le président », a tweeté lundi M. Lasso avec une vidéo montrant des images de manifestants se livrant à des violences dans la rue.

Plus tard, après l’arrivée de la marche indigène dans la capitale, M. Lasso a étendu l’état d’urgence de trois à six des 24 provinces du pays en raison de violences avec les forces de l’ordre.

Soixante-trois policiers ont été blessés depuis le début des manifestations, selon un bilan officiel, tandis qu’une organisation locale de défense des droits humains a fait état de 79 arrestations et 55 civils blessés.

Depuis près d’un an, le prix d’un gallon de diesel a augmenté de 90% (à 1,90 dollar) et celui de l’essence de 46% (à 2,55 dollars). Les prix sont gelés depuis octobre, après les précédentes manifestations, mais la Conaie demande une baisse à respectivement 1,50 et 2,10 dollars.

Avant toute négociation, les indigènes exigent que M. Lasso réponde à toutes leurs doléances. Le chef de l’Etat a assuré avoir répondu à ces exigences. « Leur réponse? De nouvelles menaces d’attaquer Quito », a-t-il lancé, se disant cependant « toujours ouvert au dialogue ».

LE JV2 AVEC AFP

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