Ukraine: la Russie intensifie ses bombardements, Kiev frappe ses plateformes de forage

Des soldats ukrainiens collectent des tanks russes détruits, dans la région de Kiev, le 20 juin 2022Des soldats ukrainiens collectent des tanks russes détruits, dans la région de Kiev, le 20 juin 2022 afp.com - SERGEI CHUZAVKOV

L’Ukraine a accusé lundi la Russie d’intensifier encore ses bombardements meurtriers dans l’Est, où ses troupes résistent avec acharnement, et selon Moscou, a frappé en retour des plateformes de forage en mer Noire au large de la Crimée (sud), annexée en 2014.

Au seuil d’une semaine qualifiée d' »historique » par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, avec un sommet à Bruxelles qui pourrait accorder à Kiev le statut de candidat à l’entrée dans l’Union européenne, la tension est aussi montée brusquement plus au nord entre la Russie et la Lituanie, qui a restreint le transit de fret russe par rail vers l’enclave russe de Kaliningrad.

La Russie a dénoncé un acte « hostile ». Si le transit « n’est pas rétabli en totalité, alors la Russie se réserve le droit d’agir pour défendre ses intérêts nationaux », a menacé le ministère russe des Affaires étrangères. Le Kremlin a jugé la situation « plus que sérieuse ».

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a ensuite déclaré que la Lituanie appliquait les sanctions européennes sur le transit de certains types d’exportations entre la Russie et Kaliningrad, mais n’imposait aucun blocus à l’enclave russe.

« La Lituanie n’a adopté aucune restriction unilatérale, ni nationale. C’est faux. Elle applique les sanctions de l’UE », a insisté Josep Borrell, selon qui « il faut être inquiet quand la Russie annonce des mesures de rétorsion ».

Moscou n’a pas précisé la nature de sa menace, mais Kaliningrad, ancienne cité prussienne de Königsberg annexée en 1945, devenue une enclave russe dans l’Union européenne, est une tête de pont stratégique pour les Russes, qui y ont installé des missiles balistiques Iskander capables de porter des frappes nucléaires en Europe occidentale et y font mouiller leur flotte militaire.

Quant à la Lituanie, ex-république soviétique aux relations tendues avec Moscou, elle est membre non seulement de l’UE mais aussi de l’Otan, qui y positionne des troupes.

– Plus de bombes –

En Ukraine, la présidence a indiqué lundi que les bombardements russes augmentaient dans la région de Kharkiv (nord-est), la deuxième ville du pays, qui a résisté à la pression des forces russes depuis le début de l’offensive le 24 février.

Dans la région de Donetsk (est), l’intensité des bombardements « s’accroît tout au long de la ligne de front », a ajouté la présidence, faisant état d’un mort et sept blessés dont un enfant

A Severodonetsk, « les Russes contrôlent la plupart des quartiers résidentiels », mais « plus du tiers de la ville reste contrôlé par nos forces armées », selon le chef de l’administration locale, Oleksandr Striouk.

Les combats font rage autour de cette agglomération clé pour contrôler l’ensemble du Donbass, bassin industriel de l’Est ukrainien partiellement contrôlé depuis 2014 par des séparatistes prorusses soutenus par Moscou.

Serguiï Gaïdaï, le gouverneur régional, a confirmé la chute du village de Metolkine, en périphérie sud-est de Severodonetsk, dont le ministre russe de la Défense avait annoncé dimanche la prise.

« Nous sommes prêts », l’armée ukrainienne « tient le coup » à la veille d’une semaine décisive, avait dit le président Zelensky dimanche soir dans son adresse video quotidienne, soulignant cependant que ses forces avaient subi « des pertes importantes » face à la puissance de l’artillerie et de l’aviation russes dans la guerre de positions de ces dernières semaines.

– Plateformes pétrolières –

Les Russes ont accusé les Ukrainiens d’avoir frappé lundi matin trois plateformes de forage de leur complexe gazier et pétrolier au large de la Crimée.

« Il y a trois blessés et sept portés disparus », a déclaré sur Telegram le gouverneur installé par Moscou après l’annexion en 2014 de la péninsule, Sergueï Aksionov. Selon lui, 94 personnes ont été évacuées.

Il s’agit de la première frappe rapportée contre une infrastructure d’hydrocarbures offshore en Crimée depuis le début de l’invasion russe le 24 février.

Mais l’armée ukrainienne avait déjà frappé à plusieurs reprises, avec des missiles de croisière tirés depuis la côte, des navires russes en mer Noire, notamment le croiseur Moskva (Moscou), navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, coulé mi-avril.

La Russie garde cependant le contrôle de cette zone de la mer Noire, et son blocus a pour conséquence d’empêcher l’exportation par cargos de millions de tonnes de céréales dont l’Ukraine est un des principaux producteurs mondiaux.

Moscou a soutenu lundi que la hausse du prix des céréales était « la faute des régimes occidentaux, qui agissent comme des provocateurs et des destructeurs », selon la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Le président ukrainien, dans un discours en vidéoconférence aux membres de l’Union africaine (UA), a lui estimé que les Russes « ont besoin de cette crise » et « l’aggravent de façon délibérée ».

Déplorant que « l’Afrique (soit) l’otage de ceux qui ont commencé la guerre », il a indiqué que des « négociations difficiles » étaient en cours pour débloquer les ports ukrainiens, sans progrès pour l’instant.

L’Union européenne, par la voix du chef de sa diplomatie, a accusé Moscou de commettre « un véritable crime de guerre » en bloquant ces exportations. « Vingt millions de tonnes de blé restent bloquées en Ukraine. Cela créé la faim voire la famine. Il s’agit d’une tentative délibérée d’utiliser l’alimentation comme une arme de guerre », a dénoncé Josep Borrell.

Le gouvernement allemand organise vendredi à Berlin une conférence internationale sur la crise alimentaire liée à cette guerre, en présence notamment du chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, a annoncé lundi l’exécutif allemand.

Le président américain Joe Biden, qui se rendra en Europe à partir de samedi pour une réunion du G7 puis un sommet de l’Otan la semaine prochaine, a jugé « peu probable » qu’il passe par l’Ukraine à cette occasion.

– Quitter le « monde russe » –

Cette guerre pourrait durer « des années », a estimé dimanche dans le quotidien allemand Bild le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, appelant les pays occidentaux à soutenir Kiev dans la durée.

La Suisse, qui accueille les 4 et 5 juillet la première conférence de reconstruction de l’Ukraine, s’attend à une reconstruction « longue et complexe », qui devra s’accompagner de réformes.

« La guerre est encore en cours, mais nous savons aussi que le temps viendra d’une reconstruction qui sera longue et complexe », a déclaré le président suisse Ignazio Cassis, lors de la présentation de la conférence de Lugano.

Enfin, en pleine invasion russe et à la veille du sommet de l’UE qui doit décider de lui accorder ou non le statut de candidat, la Rada, le Parlement ukrainien, a ratifié lundi la Convention d’Istanbul, premier traité international à fixer des normes juridiquement contraignantes pour parer les violences sexistes.

« Un événement historique qui nous amènera au sein de l’UE encore plus vite », a applaudi sur Twitter Oleksandr Korniyenko, premier vice-président de la Rada.

« Le président Volodymyr Zelensky et tous les députés qui ont voté en faveur de la ratification ont coupé une énième corde qui avait ancré l’Ukraine au +monde russe+ », s’est félicité pour sa part Serguiï Kyslytsya, l’ambassadeur ukrainien à l’ONU.

Le président du Conseil européen Charles Michel a indiqué qu’il allait inviter cette semaine les 27 pays de l’UE à accorder à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de candidat, conformément à ce que recommande la Commission européenne.

LE JV2 AVEC AFP

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