Le M23 au cœur des tensions entre la RDC et le Rwanda

Des déplacés près de Kibumba, au nord de Goma, en République démocratique du Congo. Ils fuient les combats entre les forces congolaises et les rebelles du M23 au Nord-Kivu, le mardi 24 mai 2022.Des déplacés près de Kibumba, au nord de Goma, en République démocratique du Congo. Ils fuient les combats entre les forces congolaises et les rebelles du M23 au Nord-Kivu, le mardi 24 mai 2022. AP Photo/Moses Sawasawa

La tension ne retombe pas entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo. En cause, la résurgence des attaques des rebelles du « Mouvement du 23 mars », dans l’est de la RDC. Le Congo accuse le Rwanda de soutenir le M23. Quelles sont les raisons de ce regain de tension ?

Ils sont 75 000 déplacés internes, et 11 000 personnes réfugiées en Ouganda à avoir été obligés de fuir depuis le début des hostilités en novembre 2021.  De violents combats ont encore éclaté le dimanche 12 juin entre l’armée congolaise et le M23,  la rébellion à dominante tutsi vaincue en 2013 par Kinshasa. Les affrontements ont eu lieu vers la ville de Bunagana, ex-fief des rebelles du « Mouvement du 23 mars »  repris par l’armée congolaise en 2013. Dans un communiqué, celle-ci a accusé « les terroristes du M23 soutenus par l’artillerie et les militaires de l’armée rwandaise » d’avoir attaqué ses positions. Kigali, de son côté, dément tout soutien au mouvement rebelle. Et affirme qu’il s’agit-là d’un « conflit intra-congolais ». Le M23 est à l’origine de grandes tensions entre les deux pays.

« Le mouvement, qui est apparu dans la région il y a une dizaine d’années, a déjà provoqué la grande crise au Nord-Kivu, à l’époque. Il avait réussit à prendre la ville de Goma en 2012. Les rebelles avaient perdu en 2013, pour disparaitre du paysage avant de réapparaître il y a quelques mois », raconte Thierry Vircoulon, chercheur de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Cette réssurection n’étonne pas Jason Stearns, chercheur et fondateur du Groupe de recherche sur le Congo de l’Université de New York. « Le problème du M23 n’a jamais été vraiment résolu depuis sa défaite en 2013. Ses membres n’ont été ni arrêtés, ni traduits devant la justice, ni réintégrés au sein de la société. »

L’armée congolaise peut-elle repousser les rebelles?

Ces rebelles accusent le gouvernement congolais de marginaliser et discriminer leur minorité ethnique tutsi.  « La plupart viennent de communautés rwandophones congolaises du nord », souligne Pierre Boisselet, chercheur au groupe d’études sur le Congo dans le Journal Afrique du 4 avril 2022 sur TV5MONDE.

Selon Thierry Vircoulon, le véritable objectif du M23, est  « surtout, de se faire une place au soleil. C’est à dire au sein de l’armée congolaise et au Nord Kivu. Ces rebelles veulent tenir tacitement un territoire, comment cela se passe pour beaucoup de groupes armés dans cette région ». L’armée congolaise a-t-elle les moyens de les repousser? Pour le spécialiste, la réponse est oui  « Et elle l’a d’ailleurs montré en 2012. Les rebelles ont été largement défaits à cette époque par les forces de la Monusco (la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC) et de l’armée congolaise. Et cela peut se refaire ». 

Surtout, la tension ne baisse pas car Kinshasa accuse toujours le Rwanda de vouloir conserver une emprise sur la RDC. Selon le spécialiste de la région Pierre Boisselet, plusieurs rébellions, et pas seulement le M23, ont été soutenues par Kigali, comme le RCD-Goma (le Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et le CNDP (le Congrès national pour la défense du peuple). « L’accusation à l’égard du Rwanda de vouloir conserver une emprise sur le Congo n’a jamais véritablement cessé ». 

Les relations entre les deux pays voisins sont tendues depuis l’arrivée dans l’est congolais de Hutus rwandais. Ils sont accusés d’avoir massacré des Tutsi lors du génocide rwandais de 1994 et toujours considérés comme une menace par le Rwanda.
Selon Jason Stearns, « même si il s’agit d’une menace minime pour le Rwanda, il est très important pour le pouvoir en place à Kigali de pouvoir insister dessus. Cette menace rappelle la légitimité du régime. Il tire celle-ci  justement de cette protection contre le génocide. Et les héritiers de ce génocide se trouvent toujours en RDC ». L’ancien régime rwandais hutu a été soutenu par le Zaïre de Mobutu Sese Seko, qui a tenu le pays entre 1965 et 1997. 

Le trafic illicite de minerais suscite des tensions

« Cela, c’est le discours officiel, estime de son côté Thierry Vircoulon. Les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, anciennes forces du régime hutu responsable du génocide des Hutu) ne représentent plus grand chose. Le vrai enjeu pour Kigali, c’est de garder la main mise sur le Nord Kivu, un grand territoire voisin que les Rwandais exploitent depuis des années. Ils profitent de la contre-bande minière et de celle du bois. »  Le pays  exporte plus de matières premières et notamment de minerai que ce qu’il produit.  Comme le rappelle Pierre Boisselet, « des réseaux échappent à l’État congolais. Des minerais en provenance du Congo passent au Rwanda au moyen de la contrebande. Il s’agit de taxes qui échappent à l’état congolais. Souvent, cela se fait en complicité avec des membres des autorités de la RDC elle-même. »

Une issue politique est-elle possible ? Oui, mais sous certaines conditions estime Jason Stearns. « Il faut mettre la pression sur les pays voisins, surtout le Rwanda et le l’Ouganda, et régler définitivement cette question du M23 qui menace la région. La France, qui a de bonnes relations avec ces deux pays, pourrait jouer un rôle. Les États Unis et la Grande Bretagne aussi, peut-être à l’occasion du sommet du Commonwealth prévu la semaine prochaineà Kigali. Sans oublier des pays de la région comme le Kenya et l’Angola qui ont déjà entrepris des médiations. »

Le président angolais Joâo Lourenco, émissaire de l’Union africaine, a réussi à faire libérer il y a une quinzaine de jours les deux militaires rwandais arrêtés par l’armée congolaise.

LE JV2 AVEC AFP

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