Tanzanie: un policier tué lors d’affrontements avec des Masaï


Un Masaï marche dans le Ngorongoro, dans le nord de la Tanzanie. JOSEPH EID / AFP

Un policier a été tué vendredi 10 juin dans le nord de la Tanzanie lors de confrontations avec la communauté masaï locale qui s’oppose à la pose de « balises » séparant zones d’habitat humain et d’animaux sauvages, annonce samedi un responsable local.

Depuis plusieurs années, les Masaï de Loliondo s’opposent aux autorités tanzaniennes, qu’ils accusent de vouloir les expulser d’une partie de leur zone d’habitat historique pour en faire une zone réservée aux safaris et à des chasses privées, ce que le gouvernement dément. Il assure vouloir protéger des activités humaines 1 500 km² sur les 4 000 km² de cette région située non loin du parc du Serengeti, laissant 2 500 km² aux bergers masaï.

Dans une déclaration vidéo samedi après-midi, le préfet pour la région d’Arusha, John Mongela, affirme qu’un officier de police avait été tué dans la fin de journée de vendredi, durant laquelle des équipes sont venues poser des poteaux séparant les deux zones d’habitat.

« Il est très regrettable qu’un policier ait été tué par des flèches tirées par un groupe de personnes qui voulaient bloquer la pose de balises et a même voulu attaquer ceux qui menaient ces opérations », déclare-t-il.

Montée des tensions entre la communauté masaï et le gouvernement

Selon des photos et vidéos sur les réseaux sociaux, plusieurs dizaines de Masaï se sont opposés à ces opérations durant la journée. Ces images ont également montré des Masaï se dispersant alors que résonnaient des tirs. D’après des militants communautaires, la police a tiré à balles réelles.

L’avocat et militant des droits de l’homme, Joseph Moses Oleshangay, affirme que « plus de 40 personnes ont été grièvement blessées » et qu’« un homme de plus de 80 ans blessé est porté disparu ».

La police, les militaires sont arrivés dans le village, sans prévenir. Ils ont commencé à installer des balises de démarcation. Les villageois ont résisté. Les policiers ont commencé à utiliser des gaz lacrymogènes et des munitions. Beaucoup de gens ont été frappés, blessés. Des habitants ont commencé à tirer des flèches et je pense que c’est comme ça que le policier a été touché. Yanick Ndoinyo, directeur de l’ONG Traditional Ecosystems Survival Tanzania

Évoquant « plusieurs personnes blessées et sans médicament » et « huit responsables de circonscriptions » dont le sort est inconnu, le président de la Coalition tanzanienne des défenseurs des droits de l’homme, Onesmo Olengurumwa, demande à la présidente Samia Suluhu Hassan d’intervenir.

« Il n’y a pas de blessés dans nos hôpitaux jusqu’à présent et si quelqu’un a été blessé, il doit venir se faire soigner », répond le préfet John Mongela, estimant que des images « étaient diffusées par des personnes mal intentionnées ». Le placement des balises s’est poursuivi dans le calme ce samedi, ajoute-t-il.

Le douloureux souvenir des expulsions de Lolilondo

Vendredi, le Premier ministre tanzanien Kassim Majaliwa a répété devant le Parlement qu’« aucune expulsion n’est prévue à Loliondo ». Mais les membres de la communauté masaï craignent toujours de devoir quitter leurs terres, situées à seulement 125 km au nord de la célèbre réserve de Ngorongoro, où le gouvernement souhaite endiguer l’explosion de la population humaine.

Les Masaï et leurs troupeaux se retrouvent en concurrence avec la faune sauvage et « Ngorongoro est en train de se perdre », déclarait l’an dernier la présidente Samia Suluhu Hassan. Le gouvernement a proposé aux habitants du cratère un programme de relocalisation volontaire.

« Il faut que le gouvernement arrête tout de suite le déploiement militaire, car cela risque d’aggraver les tensions » maintient Yanick Ndoïnyo, originaire de Loliondo et directeur de l’ONG Traditional Ecosystems Survival Tanzania. 

Le gouvernement devrait ouvrir la porte au dialogue car le mode de vie des Masaï est pro-conservation de la nature. Leur façon de vivre a toujours été lié à la protection de l’environnement. Donc, ils sont prêts à discuter d’une cohabitation avec une zone protégée sur le même territoire. 

En 2009 déjà, des milliers de familles avaient été expulsées de Loliondo pour permettre à une société émiratie, Ortelo Business Corporation (OBC), d’organiser des séjours de chasse. Le gouvernement a finalement mis fin à cet accord en 2017 après des accusations de corruption.

LE JV2 AVEC AFP

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