Elections au Kenya: TikTok accusé de propager désinformation et discours de haine

Le logo de TikTok sur l'écran d'un téléphone à Arlington, en Virginie, le 13 avril 2020Le logo de TikTok sur l'écran d'un téléphone à Arlington, en Virginie, le 13 avril 2020 afp.com - Olivier DOULIERY

Des vidéos propageant discours de haine, désinformation et menaces de violence ethnique circulent sur TikTok avant les élections d’août au Kenya, affirme la fondation Mozilla dans un rapport mercredi, pointant des « lacunes » de la plateforme pour supprimer ces contenus dangereux.

Les élections présidentielle, législatives et locales du 9 août sont scrutées de près dans ce pays d’Afrique de l’Est, où les scrutins ont à plusieurs reprises donné lieu à des violences.

L’organisation à but non-lucratif américaine Mozilla a ainsi analysé 130 vidéos cumulant plus de 4 millions de vues sur le réseau TikTok, application la plus téléchargée au Kenya.

« La démocratie kényane porte une histoire entachée de violences post-électorales. En ce moment, la désinformation politique sur TikTok – en violation des propres politiques de la plateforme – agite ce paysage politique très instable », écrit l’auteur du rapport, Odanga Madung.

Beaucoup de vidéos contiennent des menaces explicites de violence ethnique ciblant des communautés basées dans la région de la vallée du Rift, selon Mozilla.

Une de ces vidéos, visionnée plus de 400.000 fois, prétend ainsi qu’un des candidats à la présidentielle déteste une communauté particulière et qu’il la prendra pour cible s’il arrive au pouvoir.

Cette vague de désinformation comprend également faux journaux télévisés, pages de journaux trafiquées et faux sondages.

« Le contenu cible des communautés spécifiques avec des menaces et utilise la violence passée comme un outil de peur », affirme le rapport, rappelant que des récits similaires avaient été colportés lors de l’élection de 2007, dont le résultat contesté a déclenché des violences post-électorales faisant plus de 1.100 morts.

Mozilla indique que TikTok a supprimé plusieurs vidéos et suspendu de nombreux comptes après avoir pris connaissance du rapport.

Dans une déclaration transmise à l’AFP, la plateforme, propriété du géant chinois ByteDance, assuré « interdire et supprimer la désinformation électorale, la promotion de la violence et d’autres violations de nos politiques ».

La société a également indiqué qu’elle « déploierait des fonctionnalités (..) pour connecter les utilisateurs avec des informations faisant autorité sur les élections au Kenya ».

Les deux dernières élections kényanes ont été entachées d’accusations d’interférences via les réseaux sociaux.

Des médias anglais ont révélé que la société britannique Cambridge Analytica a utilisé les données personnelles de millions d’utilisateurs de Facebook pour faire de la communication politique ciblée durant les campagnes de 2013 et 2017.

Selon Mozilla, « les lacunes de TikTok en matière de modération (…) ne font que mettre de l’huile sur le feu ».

Un ancien employé de TikTok interrogé par l’organisation a affirmé que les modérateurs étaient souvent amenés à examiner des contenus, parfois sans connaître le contexte ou la langue utilisée.

« Plutôt que d’apprendre des erreurs de plateformes plus établies comme Facebook et Twitter, TikTok suit leurs traces, hébergeant et diffusant de la désinformation politique avant une élection africaine délicate », estime le rapport.

L’AFP est un partenaire de TikTok, fournissant des services de vérification des faits en Asie-Pacifique, en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Afrique.

LE JV2 AVEC AFP

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