Royaume-Uni : quelles sont les « casseroles » de Boris Johnson à l’origine de la motion de défiance ?

Le Premier ministre britannique Boris Johnson confirme ce mercredi 28 août la suspension du Parlement. Le Premier ministre britannique Boris Johnson confirme ce mercredi 28 août la suspension du Parlement.  ©AP Photo/Matt Dunham

Le Premier ministre britannique Boris Johnson est visé par un vote de défiance du parti conservateur qui pourrait bien lui coûter son poste. Partygate, corruption, conflits d’intérêt, les scandales visant « Bojo » ne manquent pas. 

La parenthèse festive du jubilé de platine célébrant les 70 ans de règne d’Elizabeth II à peine refermée, son 14e chef de gouvernement se trouve sur un siège éjectable. En cause : l’affaire des fêtes à Downing Street pendant les confinements, relancée fin mai par un rapport dévastateur détaillant les violations des règles anti-Covid.

Qu’est-ce que cette motion de défiance qui vise Boris Johnson ?

Le président du comité 1922 du Parti conservateur [un groupe de députés chargé des questions d’organisation interne], Graham Brady, a annoncé que le seuil fatidique des 54 lettres de députés, soit 15% du groupe parlementaire, demandant le départ du dirigeant avait été atteint. Le vote a lieu lundi entre 18H00 et 20H00 locales (17H00 et 19H00 GMT) à huis clos.

Si Boris Johnson est défait, une élection interne sera lancée pour désigner un nouveau leader du parti, qui deviendra Premier ministre, dans un contexte délicat de guerre en Ukraine et d’inflation au plus haut depuis 40 ans. En cas de victoire, il ne pourra pas être visé par une autre motion de défiance pendant un an, mais son autorité risque d’en sortir considérablement fragilisée.

Partygate, la goutte de trop en pleine pandémie

Ce qu’on appelle le « Partygate » est le scandale majeur qui pourrait coûter le mandat de Boris Johnson. Pendant que les Britanniques restaient cloîtrés chez eux pour se protéger du Covid-19, des rassemblements festifs ont été organisés à Downing Street. La police britannique a mené son enquête et infligé 126 amendes dont une à Boris Johnson, du jamais vu pour un Premier ministre en exercice.

La haute fonctionnaire Sue Gray a de son côté rendu un rapport accablant pour le pouvoir, photos à l’appui. Elle y a décrit une série de fêtes alcoolisées à l’extrême, avec altercations, départs discrets par des portes dérobées au petit matin et parfois un manque de respect envers les agents de sécurité ou d’entretien.

Boris Johnson a assuré assumer « l’entière responsabilité de tout ce qui s’est passé » mais a exclu de démissionner. Pour l’analyste conservateur James Johnson, « les électeurs pensaient pouvoir rire avec ce Premier ministre, maintenant ils ont le sentiment que Boris Johnson rit d’eux ».

Le scandale a par ailleurs été perçu comme la goutte de trop d’une gestion de la pandémie qui était déjà chaotique pour beaucoup de Britanniques. Le Royaume-Uni a été l’un des pays les plus touchés en Europe avec 178 000 morts du Covid-19. Boris Johnson a été notamment accusé d’avoir tardé à prendre des mesures en mars 2020 et d’avoir insuffisamment protégé les résidents de maisons de retraite.

Il avait aussi essuyé une fronde dans son propre camp au Parlement lorsque 99 députés de son camp avaient voté contre l’instauration d’un pass sanitaire pour les grands événements, jugé liberticide, mesure finalement adoptée grâce aux voix de l’opposition travailliste. Face à la pandémie, Boris Johnson avait lancé en décembre 2020 une campagne de vaccination massive, l’une des plus massives en Europe, ce qu’il met en avant dans sa défense.

Corruption à Downing Street

Les lucratives activités de lobbyisme de certains élus conservateurs ont été montrées du doigt. Le député Owen Paterson a ainsi été mis en cause pour avoir fait pression auprès du gouvernement au profit de deux entreprises qui le rémunéraient. En voulant changer les règles pour lui éviter une suspension du Parlement, Boris Johnson a provoqué un tollé et a dû revenir en arrière. Ces affaires ont alimenté des accusations de « corruption » de la part de l’opposition.

Nous n’avons plus la confiance des électeurs et nous sommes partis pour perdre les prochaines législatives.Jeremy Hunt, ancien ministre des Affaires étrangères

Le Premier ministre britannique avait aussi assuré avoir payé « personnellement » la luxueuse rénovation de l’appartement qu’il occupe avec sa famille au 11 Downing Street, plus spacieux que le 10, sa résidence officielle. Mais il avait pour cela bénéficié d’un don (remboursé plus tard) d’un riche soutien de son parti, qui a écopé d’une amende de la Commission électorale pour ne pas l’avoir déclaré.

Chute de popularité

La chute de popularité de Boris Johnson a par ailleurs causé depuis de lourds revers aux conservateurs lors d’élections locales début mai. La majorité doute de plus en plus de la capacité de « BoJo », hué par la foule lors des célébrations du jubilé de la reine, à remporter les législatives de 2024.

Depuis la publication du rapport administratif sur le « partygate » fin mai, les appels à la démission ont été lancés au compte-gouttes. Selon un sondage par Opinium, 59% des Britanniques veulent que les conservateurs évincent leur leader, mais seulement 34% des électeurs de la majorité.

Si des dizaines d’élus ont exprimé sur Twitter leur soutien au chef du gouvernement, l’ancien ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt, souvent cité comme un prétendant à la succession, a annoncé qu’il voterait contre lui: « Nous n’avons plus la confiance des électeurs et nous sommes partis pour perdre les prochaines législatives ».

Fin 2018, Theresa May avait survécu à une motion de défiance avant de démissionner quelques mois plus tard, trop affaiblie. Une autre enquête sur le « partygate » est en outre prévue, celle-ci parlementaire. Si cette dernière conclut que Boris Johnson a trompé la Chambre des Communes en affirmant ne pas avoir enfreint les règles, il est censé démissionner.

LE JV2 AVEC AFP

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