En RDC, le retour incertain des déplacés après les combats avec le M23  

Des personnes déplacées à bord d'un camion sur la RN2, le 1er juin 2022 à Kibumba, en RDCDes personnes déplacées à bord d'un camion sur la RN2, le 1er juin 2022 à Kibumba, en RDCafp.com - Guerchom Ndebo

Au pied des volcans, sous un ciel bas, l’incertitude et la désolation pèsent sur les habitants traumatisés du territoire de Nyiragongo, dans l’est de la République démocratique du Congo, quelques jours après les affrontements violents entre l’armée et les rebelles du M23.

« Je viens à peine de rentrer, mais on ne va pas dormir ici, on craint à tout moment le retour de l’armée rwandaise », déclare Deborah, 17 ans, devant sa maison de Kabuhanga, tout près de la frontière rwandaise.

Comme de nombreux habitants de la région, elle affirme avoir vu de ses yeux des soldats rwandais combattre aux côtés des rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23), cette ancienne rébellion tutsi réapparue en fin d’année dernière.

« Les militaires rwandais sont passés par ici, sur cette route, nous les avons vus », affirme un notable de la localité toute proche de Nakabumbi.

Les Congolais accusent Kigali « d’agression ». Le Rwanda dément tout soutien à cette rébellion, accusant en retour la RDC de sympathie pour des rebelles hutu. « Comme un disque rayé », qui repasse depuis plus d’un quart de siècle, disait en début de semaine le porte-parole du gouvernement de RDC.

Deborah se souvient de la terrible nuit du 24 mai. « Il y avait des bombes partout depuis la colline de Kazisi, nous avons tous fui à Goma », le chef-lieu du Nord-Kivu, à une trentaine de km de là. « A notre retour », poursuit-elle, « nous n’avons rien retrouvé dans la maison, tout avait été pillé ».

Selon l’ONU, en huit jours de combats, plus de 72.000 personnes ont fui leurs maisons dans le territoire de Nyiragongo et dans celui, voisin, de Rutshuru.

– « Une muraille » –

A Kabuhanga, une petite barrière en bois marque la frontière avec le Rwanda. Un drapeau de la RDC flotte, mais les bureaux du service des migrations sont fermés, tout est à l’arrêt, personne ne traverse.

Non loin de là, à Buhumba, on n’entend que le chant des oiseaux. Les portes des maisons sont fermées, le secteur généralement très animé est désert. La population a fui vers Kanyaruchinya, à quelque 5 km de Goma.

Même à l’hôpital de référence de Kibumba, les portes sont fermées, l’odeur des médicaments a disparu, les personnels soignants ont fui eux aussi l’attaque du M23.

La région est fertile, considérée comme un grenier qui alimente Goma en pommes de terre, carottes, choux, haricots, maïs… Aujourd’hui les champs sont abandonnés et la faim est redoutée, parce que les cultivateurs ont fui en période de semences.

Dans un champ du village de Kingarama, à côté de patates douces, une tombe est fraichement creusée. Selon des voisins, celui qui repose là s’appelait Gato Basisite. Il avait 40 ans et a été tué lors de l’arrivée du M23.

D’autres sont morts, exécutés par les rebelles et l’armée rwandaise, accusent des habitants. « J’en connais trois, que j’ai vus de mes propres yeux », raconte Augustin, 30 ans, qui affirme lui aussi avoir vu des militaires rwandais, « habillés en tenue des RDF » (Rwanda Defence Force).

« Il faut construire un mur et fermer la frontière avec le Rwanda! Nous sommes fatigués des incursions des militaires rwandais », demande Espérance, 40 ans, mère de six enfants. Dans un autre quartier, Martin, père de famille lui aussi, réclame la même chose: « une muraille ».

Comme d’autres villageois, Espérance a pu regagner sa maison de Kibumba, où l’armée s’est déployée après avoir repoussé les rebelles. Sur la RN2 qui relie Goma au « grand nord » de la province, les soldats sont présents en nombre, effectuant des patrouilles à pied et en véhicule.

Beaucoup de déplacés sont encore entassés dans des cours d’école à Kanyaruchinya. Ils ont peur de rentrer chez eux mais certains finissent par s’y résoudre. « Je n’ai pas le choix, mieux vaut mourir d’une balle que de la faim », lâche Ndagijimana Barayavuga, debout près de sa femme et de leurs quatre enfants, un matelas roulé sur la tête.

LE JV2 AVEC AFP

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