Jubilé d’Elizabeth II : la reine et les républiques africaines du Commonwealth en trois événements

<p>Le président sud-africain Nelson Mandela vient rendre visiste à la reine Elizabeth II, le 9 juillet 1996, au Royaume-Uni.</p>
Le président sud-africain Nelson Mandela vient rendre visiste à la reine Elizabeth II, le 9 juillet 1996, au Royaume-Uni.

La reine Elizabeth II, âgée de 96 ans, s’apprête à fêter son jubilé de platine ce jeudi 2 juin, marquant l’anniversaire des 70 ans de son règne. Un règne durant lequel elle n’a eu de cesse de renforcer ses liens avec les républiques africaines du Commonwealth. Retour sur trois événements symboliques du lien de la reine avec l’Afrique.

Jamais aucun souverain britannique n’avait régné aussi longtemps. Ce jeudi 2 juin, le Royaume-Uni se prépare à célébrer le jubilé de platine de la reine Elizabeth II et ses 70 ans de règne. 70 ans plus tôt, le 6 février 1952, c’est lors d’un safari au Kenya qu’Elizabeth II montait sur le trône britannique à la suite de la mort de son père. Elle avait entrepris ce voyage officiel à travers l’Afrique pour le représenter. Le roi George VI était atteint d’une thrombose. Depuis ce moment-là, la reine est restée attachée à maintenir des liens avec le continent.

“Probablement que le fait qu’elle ait appris le décès de son père quand elle était au Kenya a laissé un lien sensible avec les anciennes colonies africaines”, analyse Philippe Chassaigne, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne et auteur “La Grande-Bretagne et le monde – 2ème édition – De 1815 à nos jours”, édition Armand Colin.

Il faut dire que pendant ce temps l’histoire de l’Afrique est marquée par la décolonisation. Comment redéfinir les relations entre le Royaume-Uni et ses anciennes colonies britanniques ? La montée des régimes d’apartheid en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, et l’arrivée au pouvoir de dirigeants indépendantistes décoloniaux comme Robert Mugabe ou Kwame Nkrumah bouleversent l’échiquier du continent. Retour sur l’histoire de la reine avec l’Afrique à travers trois événements marquants de son règne.

Une danse avec le président Nkrumah  pour sortir le Ghana du giron soviétique

« Lorsqu’une colonie devient indépendante, c’est le moment d’établir des relations d’État à État », explique Philippe Chassaigne. C’est précisément ce qu’elle a en tête lorsqu’elle est invitée au Ghana en octobre 1961.

Le pays est la première colonie africaine à devenir indépendante le 6 mars 1957. En 1961, le dirigeant ghanéen et porte-étendard du panafricanisme Kwame Nkrumah reçoit Nikita Khrouchtchev, dirigeant alors de l’URSS. La puissance soviétique se dit prête à  accorder des prêts au Ghana et des sources de financement pour assurer leur développement. C’est ainsi  que l’Égypte de Nasser, en 1954, s’était d’ailleurs  tournée vers l’URSS pour contrer la mainmise britannique sur le canal de Suez.

La reine Elizabeth se dit que si elle répond à l’invitation du président ghanéen, cela pourrait empêcher que cette dernière tombe totalement sous le joug des Soviétiques. Philippe Chassaigne, auteur La Grande-Bretagne et le monde – 2ème édition – De 1815 à nos jours, édition Armand Colin.

Quand la reine Elizabeth II reçoit, elle aussi, son carton d’invitation par Kwame Nkrumah, pas question de manquer à l’appel. Winston Churchill, figure historique du parti conservateur s’y oppose. « Il me semble que ce voyage soulève un certain nombre de problèmes. Outre les risques pesant sur la sécurité de la reine, il donnerait l’impression que nous cautionnons un régime qui se montre de plus en plus autoritaire et qui a emprisonné sans procès des centaines d’opposants », écrit-il dans une lettre adressée au Premier ministre de l’époque, Harold Macmillan.

La reine Elizabeth s'accorde une danse avec le président ghanéen Kwame Nkrumah, au Ghana, le 18 novembre 1961.

La reine Elizabeth s’accorde une danse avec le président ghanéen Kwame Nkrumah, au Ghana, le 18 novembre 1961. AP

Dans cette course à l’influence, « la reine Elizabeth se dit que si elle répond à l’invitation du président ghanéen, cela pourrait empêcher que cette dernière tombe totalement sous le joug des soviétiques », explique l’analyste Philippe Chassaigne. Elle se rend au Ghana et, contre toute attente, elle ouvre le bal en dansant avec le président Nkrumah.

Ce geste est perçu comme une marque de considération par le président ghanéen. Son pays est traité d’égale à égale par rapport au Royaume-Uni. Conséquence directe ou indirecte : le Ghana n’est pas devenu un des pays clients de l’URSS.

Le leadership d’Elizabeth II face à Thatcher salué par le président Kaunda, Zambie, 1979 

En août 1979, le sommet du Commonwealth a lieu à Lusaka, capitale de la Zambie. La Zambie est limitrophe de la Rhodésie du Sud, future Zimbabwe et ancienne colonie britannique. La reine doit s’y rendre. Mais à l’époque, le contexte est particulièrement tendu.

Depuis 1964, une guerre civile secoue la Rhodésie du sud. D’un côté, le régime ségrégationniste aux mains de la minorité blanche porté par le Britannico-Rodhésien Ian Smith et soutenu par la Première ministre de l’époque, Margaret Thatcher, veut conserver son pouvoir. De l’autre, les partisans de l’indépendance portés par les idées de l’anticolonialiste marxiste Robert Mugabe, veulent l’indépendance de la Rhodésie et se libérer du pouvoir des colons britanniques blancs minoritaires.

Le président zambien Kenneth Kaunda salue la reine Elizabeth II de Grande-Bretagne à son arrivée à Lusaka, en Zambie, le 29 juillet 1979.

Le président zambien Kenneth Kaunda salue la reine Elizabeth II de Grande-Bretagne à son arrivée à Lusaka, en Zambie, le 29 juillet 1979. AP

En 1979, la situation n’est guère plus calme. Là encore, la Première ministre britannique, Margaret Thatcher, en place depuis le mois de mai, ne souhaite pas que la reine se rende au sommet de Lusaka, situé à seulement 200 km de la frontière rhodésienne. Des avions s’y sont abattus quelques semaines avant sa venue. Si elle y va, sa sécurité ne sera pas assurée, craignent ses conseillers. Mais la reine se rend à Lusaka, contre l’avis de la Première ministre avec qui les relations ont, de toute façons, toujours été froides. Sur place, l’ambiance est électrique et les forces de sécurité sont sur les dents.

Sans le leadership de la reine et son exemple, beaucoup d’entre nous seraient partis (ndlr du Commonwealth).

Kenneth Kaunda, le premier président de la Zambie indépendante (1964-1991)

Mais les raisons de désaccord entre la reine et la Première ministre ne sont pas uniquement sécuritaires. La situation politique en Rhodésie du Sud affecte directement le pouvoir britannique. « Margaret Thatcher pensait qu’Elizabeth II avait une opinion sur le régime d’apartheid du colon Ian Smith bien différente de la sienne », analyse l’historien Philippe Chassaigne. Et ce, même si la reine n’exprime jamais d’opinion politique en public. À contrario, la démarche et le courage de la Reine lui valent les félicitations de Kenneth Kaunda, le premier président de la Zambie indépendante à l’époque. “Sans le leadership de la reine et son exemple, beaucoup d’entre nous seraient partis (ndlr du Commonwealth) », affirme le dirigeant. Quelque mois après, la guerre prend fin, la Rhodésie du Sud de Ian Smith disparaît au profit du Zimbabwe de Robert Mugabe.

Le désaveu de la reine aux politiques d’apartheid, l’exemple de l’Afrique du Sud

Cette fois-ci, c’est le choix de la reine de ne pas se rendre en Afrique du Sud pendant plusieurs années qui étonne. Ancienne colonie britannique l’Afrique du Sud est aujourd’hui  un État indépendant membre du Commonwealth.  

La royauté a toujours battu en retrait face à la politique d’apartheid menée par les colons britanniques et afrikaners. George VI, son père, voit d’un mauvais œil la politique d ‘appartheid du régime lors de sa visite en Afrique du Sud en 1947. Il s’évertue à rencontrer des Sud-africains issus de toutes les catégories de la population, des noirs et des blancs.

Entre 1952 et 1995, la reine ne s’est pas rendue en Afrique du Sud parce que ça aurait été cautionner la politique d’apartheid qui s’était mise en place.

Philippe Chassaigne, auteur La Grande-Bretagne et le monde – 2ème édition – De 1815 à nos jours, édition Armand Colin.

« Entre 1952 et 1995, la reine ne s’est pas rendue en Afrique du Sud parce que ça aurait été cautionner la politique d’apartheid qui s’était mise en place », explique Philippe Chassaigne. En 1990, elle rencontre Nelson Mandela  une première fois au Royaume-Uni. Elle s’envole ensuite pour l’Afrique du Sud en 1995. Au premier jour de sa visite, la reine Elizabeth II félicite ce pays d’avoir réussi en douceur sa transition vers la démocratie. La reine qualifie le processus de négociations, au terme duquel la majorité noire a accédé à la direction du pays après plus de 350 ans de pouvoir blanc, de « petite sorte de miracle ».

À l’image de ces événements, la reine n’a eu de cesse de sous-entendre son désarroi face aux politiques d’apartheid, en n’hésitant pas à afficher sa sympathie pour des dirigeants africains contestés par le pouvoir britannique. Elle a effectué 21 tournées en Afrique, visitant au moins une fois dans sa vie une centaine de pays.  Il est moins sûr que ce lien de confiance qu’elle a su créer tout au long de son règne perdure avec ses héritiers. 

LE JV2 AVEC AFP

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