Procès de Brétigny: la parole aux victimes et à leur « traumatisme »


Le déraillement du train Intercités Paris-Limoges en gare de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013 afp.com - Kenzo TRIBOUILLARD

Après avoir étudié les fautes reprochées à la SNCF et RFF, le tribunal d’Evry entendra à partir de mardi plusieurs dizaines de parties civiles qui vont raconter leur « traumatisme » après la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge qui a fait 7 morts et des centaines de blessés en 2013.

Six semaines après le début du procès, une quarantaine de rescapés, blessés, proches des sept victimes décédées ou représentants de syndicats ferroviaires vont déposer à la barre du tribunal correctionnel d’Evry jusqu’à lundi. En tout, 435 victimes ont été identifiées et parmi elles, 184, dont 9 personnes morales, se sont portées parties civiles et seulement un petit quart ont décidé de témoigner.

Le tribunal doit, jusqu’au 17 juin, établir les responsabilités de chacun dans le déraillement d’un train Intercités Paris-Limoges en gare de Brétigny-sur-Orge, le 12 juillet 2013, faisant sept morts et des centaines de blessés physiques et psychologiques.

Sont jugés le cadre qui a réalisé la dernière tournée de surveillance, SNCF Réseau (qui a succédé à Réseau ferré de France, RFF, gestionnaire des voies) et la Société nationale SNCF (héritière pénalement de SNCF Infra, chargée de la maintenance) pour « homicides involontaires » et « blessures involontaires ».

Le retournement d’une éclisse, sorte de grosse agrafe reliant deux rails, a causé l’accident. L’instruction a conclu à un processus lent de dégradation de l’appareil de voie, combiné à une surveillance défaillante. Une hypothèse contestée par la SNCF, qui impute l’accident à un défaut indécelable de l’acier.

« Voilà plus d’un mois que nous avons le sentiment que l’audience se confronte à la technique, à la langue de bois et souvent au mensonge.

Les déclarations des victimes vont ramener cette affaire à ce qu’elle est: un épouvantable drame humain qui impose de fendre l’armure », espère l’un des avocats des parties civiles, Me Gérard Chemla.

Selon lui, les victimes vont exprimer « leur réalité et le décalage qu’elles ressentent face aux discours d’irresponsabilité qu’elles subissent depuis l’ouverture du procès », a poursuivi l’avocat de la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (Fenvac).

– « Se réapproprier le procès » –

Ces auditions sont « un instant important dans le procès » car les parties civiles « vont en quelque sorte se réapproprier le procès qui parfois les éloigne de la considération qu’elles attendent », abonde Thierry Gomes, président de l’association « Entraide et défense des victimes de la catastrophe de Brétigny » (EDVCB).

« Les audiences en procès pénal ne traduisent aucune empathie et certains témoignages difficiles à admettre leur créent un traumatisme supplémentaire », regrette M. Gomes qui a également perdu ses parents, fauchés sur le quai de la gare.

« J’ai conduit ma mère dans ce train qui l’a tuée », déclarait avant le procès Florence Jannot, 41 ans.

Même s’il « manque trop de personnes sur le banc des prévenus », dont des responsables de la maintenance et des cadres de la SNCF, elle espère que ces auditions remettront les victimes au coeur du procès.

Depuis le début, les débats souvent houleux entre la défense de la SNCF représentée par Me Emmanuel Marsigny et les avocats des parties civiles sont très techniques, sur fond de batailles d’experts.

Les avocats de la défense rejettent la thèse des juges d’instruction qui pointe une défaillance généralisée de la maintenance. Pour cela, les avocats s’appuient notamment sur des témoins, experts ou cheminots pour expliquer leur thèse, soutenue depuis le début de l’enquête il y a neuf ans, à savoir que cet accident était imprévisible et causé par une rupture brutale de l’acier.

Après l’audition des parties civiles, le procès, présidé par Cécile Louis-Loyant, se poursuivra avec le début des plaidoiries des avocats des parties civiles pendant quatre jours à partir du 7 juin.

Les réquisitions du parquet auront lieu le 14 juin, suivies des plaidoiries des avocats de la défense.

LE JV2 AVEC AFP

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