Centrafrique: un employé local de Médecins sans frontières « abattu » par un militaire (MSF)

Un employé de MSF à l'hôpital général de Bangui le 28 avril 2018Un employé de MSF à l'hôpital général de Bangui le 28 avril 2018 afp.com - ISSOUF SANOGO

Un employé local de Médecins sans frontières (MSF) a été « abattu de plusieurs balles » samedi à son domicile par un « membre des forces armées centrafricaines » dans le nord-ouest de la Centrafrique, où les soldats combattent des rebelles avec le soutien de paramilitaires russes, a assuré mardi l’ONG.

Mahamat Ahamat, « distributeur de médicaments » centrafricain de 46 ans, « a été touché à trois reprises » à Moyenne-Sido, à 500 km au nord de la capitale Bangui, près de la frontière tchadienne, a écrit mardi l’ONG dans un communiqué.

Il a été tué chez lui à l’aube « par un membre des forces armées centrafricaines », a précisé à l’AFP Romain Briey, chef de la mission de MSF Espagne dans le pays.

La Centrafrique, deuxième pays le moins développé au monde selon l’ONU, est le théâtre depuis 2013 d’une guerre civile, très meurtrière dans ses premières années mais qui a baissé d’intensité depuis 2018.

« MSF appelle les autorités à clarifier les circonstances qui ont conduit au meurtre de notre collègue », lit-on dans le communiqué.

M. Ahamat « était en congé chez lui » lorsqu’il a été tué aux alentours de 6H00, a détaillé MSF, précisant que son employé est « mort des suites de ses blessures » quelques heures plus tard.

Interrogé par l’AFP, le porte-parole de la présidence de la République, Albert Yaloke Mokpeme, n’a pas souhaité réagir, assurant ne pas avoir d’informations.

« MSF est également en contact avec le ministère de la Santé, le ministère de la Défense et les autres autorités concernées afin de mieux comprendre les circonstances qui ont entraîné cette situation inacceptable », a assuré de son côté l’ONG, en soulignant que les « circonstances exactes demandent toujours à être clarifiées ».

– « Conflit brutal » –

En juin 2021, une femme avait été tuée et trois personnes blessées, dont un enfant, dans l’attaque par des hommes armés d’un convoi « clairement identifié » de MSF dans le nord de la Centrafrique.

En décembre 2020, au moment de l’élection présidentielle qui a vu le sortant, Faustin Archange Touadéra, réélu pour un deuxième mandat à l’issue d’un scrutin contesté par l’opposition, un humanitaire de MSF avait été tué après l’attaque d’un camion de transport public à 380 km à l’est de la capitale.

Fin 2020, les plus puissants des nombreux groupes armés qui se partageaient alors les deux tiers du territoire avaient lancé peu avant les élections une offensive sur Bangui et M. Touadéra avait appelé Moscou à la rescousse de son armée démunie.

Des centaines de paramilitaires russes – des « mercenaires » de la compagnie privée de sécurité Wagner selon l’ONU et des capitales occidentales – avaient alors rejoint quelques centaines de « conseillers » déjà présents depuis 2018 et permis, en quelques mois, de repousser l’offensive des rebelles puis de les refouler d’une grande partie des territoires et villes qu’ils contrôlaient. Mais sans pouvoir y réinstaller partout et durablement la présence et l’autorité de l’État.

L’ONU, l’Union européenne et des pays comme la France notamment, accusent les « mercenaires » de Wagner de commettre des crimes et exactions contre les civils, et le pouvoir de M. Touadéra de les laisser piller les ressources du pays en échange de leur soutien militaire.

Le 30 mars, la Haute-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michelle Bachelet a dénoncé de « graves violations des droits de l’homme » en Centrafrique, dont « des meurtres et des violences sexuelles » sur les civils, commis par les groupes rebelles mais aussi les forces armés du régime et leurs alliés russes.

« Le décès de notre collègue nous rappelle de manière dramatique la réalité du conflit brutal qui affecte chaque jour les populations de la République centrafricaine », a conclu MSF dans son communiqué.

Selon les Nations Unies, en 2021, sur une population d’environ 5,5 millions, près de la moitié de la population (47%) était en situation d’ « insécurité alimentaire aigüe ».

LE JV2 AVEC AFP

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