Sénégal : « Aujourd’hui, les Sénégalais ont peur de se rendre dans leurs hôpitaux »

Une salle d'attente dans un hôpital de Dakar pendant l'épidémie de Covid-19, le 26 avril 2020.Une salle d'attente dans un hôpital de Dakar pendant l'épidémie de Covid-19, le 26 avril 2020. AFPTV

Le drame de l’incendie de l’hôpital de Tivaouane qui a coûté la mort de onze bébés ravive le débat des défaillances du système sanitaire public sénégalais. Des collectifs de citoyens, comme « Patients en Danger », alertent sur les négligences et les conditions de travail dégradées à l’hôpital. Entretien avec Nina Penda Faye membre du collectif « Patients en Danger ».

Nina Penda Faye est journaliste et fait partie du collectif « Patients en danger ». L’incendie qui a touché l’hôpital de Tivaouane remet en lumière l’importance du combat du collectif qui lutte pour un meilleur état de l’hôpital au Sénégal. Le Président de la République Macky Sall a par ailleurs déclaré un deuil national de trois jours à compter du jeudi 26 mai 2022.

TV5MONDE : Qu’est-ce qui vous a poussé à créer le collectif « Patients en danger »?

Nina Penda Faye : Nous avons créée le collectif « Patients en Danger » à la suite du décès d’Astou Sokhna à l’hôpital de Louga (NDLR : la jeune femme est décédée alors enceinte de 9 mois, après avoir demandé une césarienne, le 14 avril 2022). C’est un mouvement populaire constitué de toutes les franges de la société sénégalaise, des médecins, du personnel d’hôpital, des journalistes, des fonctionnaires …

Nous avons fait le constat d’une nécessité de mettre en place un meilleur accueil des patients dans les structures sanitaires. Il faut pour cela mettre le personnel médical dans des conditions de travail favorables afin qu’ils puissent répondre aux besoins des patients. Pour cela, un audit du système sanitaire doit être réalisé à l’échelle du pays.

TV5MONDE : Qu’est-ce qui selon vous doit changer au sein du système de santé ?

L’état du plateau technique (NDLR : ensemble d’équipements et de lieux qui permettent de réaliser des actes curatifs à l’hôpital) pose problème. Les professionnels de la santé le déplore régulièrement. Leurs conditions de travail ainsi que leurs salaires se sont aussi dégradés. 

C’est tout un système qui est à revoir.Nina Penda Faye, journaliste et membre du collectif  » Patients en Danger » 

Fin mars dernier, le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (Sames) a décrété une grève de trois jours. Cette dernière répondait à un non-respect des accords signés entre les syndicats et l’État qui prévoyait notamment la définition du statut de praticien hospitalier, la retraite à 65 ans ou encore un régime indemnitaire.

Même si notre collectif met en avant le droit des patients, nous estimons que les professionnels doivent aussi être mis dans des meilleures conditions de travail afin de soigner les patients correctement. C’est tout un système qui est à revoir.

TV5MONDE : Vos revendications visent-elles seulement le ministère de la Santé ?

Au-delà du ministère, nous interpellons l’État ! Peu importe les revendications des Sénégalais, il faut une volonté politique derrière.

Nous travaillons pour que le système sanitaire au Sénégal soit aux normes. Aujourd’hui les Sénégalais ont peur de se rendre dans leurs hôpitaux parce qu’ils ont peur d’être maltraités, d’être mal reçus, d’être victimes d’un mauvais diagnostic. Un cas de patient qui est opéré et ne se réveille pas, on en a eu. Des négligences, on en voit tous les jours. Il faut que cela cesse.

LE JV2 AVEC AFP

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