Aux États-Unis : la culture des armes au-dessus de tout ?

<p>Un pistolet miniature à la convention de la National Rifle Association (NRA), lobby américain puissant des armes , à Louisville, le 21 mai 2016.</p>
Un pistolet miniature à la convention de la National Rifle Association (NRA), lobby américain puissant des armes , à Louisville, le 21 mai 2016.

Une énième fusillade vient de déchirer les États-Unis, au Texas où 21 personnes dont 19 enfants ont trouvé la mort. Il s’agit de la 212e tuerie du pays depuis le début de l’année. La culture des armes à feu est-elle inévitable aux États-Unis ? 

« Ces tueries n’arrivent nulle part ailleurs. » Même le président Joe Biden constate l’exception américaine. 212 fusillades pour 144 jours dans l’année écoulée. Telle est la triste réalité relayée par l’association Gun Violence Archive qui recense les incidents par armes à feu aux États-Unis. Une fusillade est considérée de masse dès lors qu’elle a blessé ou tué quatre personnes ou plus. L’an dernier, 693 fusillades ont coûté la vie à 702 personnes et a blessé 2844 autres. Au total, les armes à feu ont causé la mort de 20 000 personnes, hors suicide.

400 millions d’armes qui circulent pour 370 millions d’habitants 

L’attrait des Américains pour les armes à feu ne se dément pas. Aux États-Unis, les fabricants d’armes en ont produit plus de 139 millions à destination du commerce sur les vingt dernières années (dont 11,3 millions pour l’année 2020), selon un rapport du ministère de la justice publié mardi 17 mai.

Sur la même période, 71 millions d’armes à feu ont été importées, contre seulement 7,5 millions d’armes exportées. En 2020, on dénombrait près de 400 millions d’armes détenues pour 370 millions d’habitants… soit plus d’armes que d’habitants. Aujourd’hui, 30% des adultes possèdent au moins une arme à feu.

La production annuelle destinées à la vente commerciale a aussi considérablement augmenté, passant de 3,9 millions en 2000 à 11,3 millions d’armes à feu en 2020, avec un pic à 11,9 millions en 2016.

L’industrie de l’armement a en parallèle connu une expansion certaine. En 2000, le pays comptait 2 222 entreprises de fabrication d’armes en activité alors qu’en 2020, on en dénombre 16 963, selon l’étude du gouvernement.

La NRA arrose par le biais de financements de campagne le parti républicain depuis toujours. Marie Christine Bonzom, politologue spécialiste des États-Unis

Les autorités sont par ailleurs confrontées à une hausse des armes dites « fantômes », des armes en kit pouvant être fabriquées à la maison pour quelques centaines de dollars et dont certains parties peuvent être achetées en ligne ou produites par une imprimante 3D.

Contrairement aux armes produites en usine, elles n’ont pas de numéro de série et, puisqu’elles ne sont pas considérées comme des armes tout au long du processus de vente, ne nécessitent pas de posséder un permis de port d’arme ni de soumettre l’acheteur à un contrôle des antécédents judiciaires et psychiatriques. Selon le rapport, en 2021 la police a récupéré 19 344 armes dites « fantômes », contre 1 758 en 2016.

Impuissance politique

Sur ce sujet des armes fantômes, le président Biden a durci en avril la réglementation entourant ce type d’armes. Les revendeurs de tels kits doivent désormais procéder à une vérification des antécédents des acheteurs potentiels ou encore d’inclure un numéro de série sur les pièces constitutives.

Cependant, les organisations de lutte contre les armes à feu reprochent régulièrement au président Joe Biden de n’avoir rien initié à ce sujet depuis le début de son mandat. Il en faisait pourtant un de ses combats principaux lors de sa campagne.

Mais sachant pertinemment qu’il n’est pas en position de faire adopter au Congrès des actions audacieuses sur ce sujet ultra-sensible, en raison de sa très courte majorité parlementaire, Biden ne s’est jusqu’ici contenté que de micro-mesures.

Quel est l’équilibre politique au Congrès ? 

Le Sénat américain, la chambre haute du Congrès des États-Unis, compte 100 membres, à raison de deux par État. Actuellement, il est divisé en deux camps égaux : 50 démocrates et 50 républicains. Cependant, en cas d’égalité, la loi veut que ce soit la vice-présidente qui préside le Sénat. Le parti démocrate y est donc majoritaire d’une seule voix.

À la Chambre des représentants, la chambre basse du Congrès des États-Unis, les démocrates possèdent d’une légère majorité (221 contre 209).

La lutte pour la régularisation du port d’armes a cependant déjà fait l’objet d’une collaboration entre conservateurs et démocrates. En 2013, le démocrate Joe Manchin et le conservateur Pat Toomey présentait un projet de loi consistant à vérifier, au niveau national, les antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs d’armes à feu, dans les foires spécialisés ou sur internet. Les conservateurs avaient cependant voté contre en masse.

La pression exercée par la NRA (National Rifle Association), lobby des armes considéré comme le plus puissant au monde tout domaine confondu, n’est pas sans expliquer le refus des conservateurs de faire évoluer le débat.

Voir aussi : Etats-Unis : Donald Trump réitère le droit au port d’armes

« La NRA arrose par le biais de financements de campagne le parti républicain depuis toujours, mais spécialement depuis ces dernières années. explique Marie Christine Bonzom, politologue spécialiste des États-Unis. Cependant, pendant des décennies, elle a arrosé des deux cotés. Évidemment, ça laisse des stigmates. »

Culture populaire

Entre janvier 2019 et mai 2021, 17 millions de nouvelles personnes, dont 5 millions d’enfants, se sont retrouvés vivre dans un ménage avec une arme… alors qu’il n’en n’existait pas auparavant. L’habitude de détenir une arme est toujours d’actualité et reste ancrée dans un pays où la liberté du port d’armes est acté par le second amendement de la Constitution.

40% d’américains vivent dans un ménage où des armes à feu sont présentes. Marie Christine Bonzom,  politologue spécialiste des États-Unis

« 40% d’américains vivent dans un ménage où des armes à feu sont présentes, observe Marie Christine Bonzom. Joe Biden le sait bien d’ailleurs, puisque son fils Hunter, était il y a encore peu possesseurr d’armes à feu. On voit donc que cette affaire dépasse largement le clivage démocrate républicain. » souligne-t-elle.

Pourtant en 2018, deux américains sur trois se disaient favorables à des lois plus strictes sur les armes à feu, à la suite notamment d’une fusillade dans un lycée en Floride. « Aujourd’hui, ils ne sont plus que 53%, démocrates compris. déplore l’experte. Plus de 80% des américains restent cependant favorables à des restrictions au droit de porter des armes pour les personnes qui ont des problèmes psychologiques ou mentaux. Des points communs peuvent être trouvés entre les deux parti pour des compromis, mais malheureusement ce désir de compromis n’existe pas, et encore moins au Sénat. » regrette Marie-Christine Bonzom.

Voir aussi : Tuerie d’Uvalde : « il y a 400 millions d’armes aux États-Unis, plus que d’Américains »

Par ailleurs, réglementation du port d’arme ne vaut pas réglementation de sa production. Certains pays, comme l’Australie ont cependant décidé d’aller de l’avant dès 1996 en instaurant un registre national. Le National Firearms Agreement (NFA) implique depuis un programme de rachat des armes et oblige les détenteurs d’armes à feu à s’enregistrer. On estime que 20% des armes à feu en circulation en Australie ont ainsi été récupérées.

Aux États-Unis, l’idée d’un tel registre avait fait naitre une vive opposition de la NRA mais aussi de la ACLU (Union américaine pour les libertés civiles), la plus ancienne et importante organisation de défense de droits civiques et des droits de l’homme.

« La ACLU était d’accord pour dire que le registre allait à l’encontre du premier amendement, celui de la liberté d’expression. explique la politologue. Les deux organisations concevaient alors que le fait de devoir s’enregistrer relevait d’une violation du premier amendement et donc du droit à la libre expression. »

Projet de loi ou pas, la situation changerait-elle vraiment ? « Si les mesures étaient prises, ça ne résoudrait pas le problème, estime Marie-Christine Bonzom. Comment légiférer lorsque le droit à être armé est dans la Constitution et que 400 millions d’armes continuent de circuler ? »

LE JV2 AVEC AFP

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