Gambie: le gouvernement prêt à faire juger l’ex-dictateur Jammeh

Yahya Jammeh, alors président de Gambie, lors d'un meeting de campagne à Banjul, le 29 novembre 2016Yahya Jammeh, alors président de Gambie, lors d'un meeting de campagne à Banjul, le 29 novembre 2016 afp.com - MARCO LONGARI

Le gouvernement gambien s’est dit prêt mercredi à faire juger, en Gambie même, l’ancien dictateur Yahya Jammeh et des dizaines de personnes accusées d’une multitude de crimes pendant ses plus de vingt ans à la tête de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.

Le gouvernement a accepté de poursuivre les 70 personnes citées dans un rapport produit en novembre par une commission chargée de faire la lumière sur les méfaits perpétrés pendant cette période. Cela concerne « notamment (…) l’ancien président Yahya Jammeh pour une myriade de crimes commis entre 1994 et 2017 », la période où il a dirigé le pays d’une main de fer, a indiqué le ministère de la Justice dans un communiqué.

La comparution de M. Jammeh devant des juges semble une perspective encore lointaine. L’ancien autocrate, dont c’était le 57ème anniversaire mercredi, vit en exil en Guinée Equatoriale et il n’y a aucun accord d’extradition entre les deux capitales.

Cependant, « nous ne sommes pas disposés à laisser l’impunité encourager les auteurs de crimes », a dit le ministre gambien de la Justice Dawda Jallow lors d’une cérémonie devant des organisations de victimes, la société civile, le monde politique et des diplomates.

Il a annoncé la création d’un parquet spécial chargé des poursuites, et l’intention du gouvernement d’instituer un tribunal au sein du système existant. « Cette cour sera établie en Gambie », a-t-il dit. Mais elle pourra tenir des audiences à l’étranger, une option qui concilie d’une part un exercice souverain de la justice et la participation des victimes à la procédure, d’autre part les exigences de la protection des témoins, a-t-il expliqué.

Les autorités gambiennes avaient jusqu’à ce mercredi pour répondre au rapport et aux préconisations d’une commission chargée de faire la lumière sur les méfaits perpétrés sous M. Jammeh.

Elles l’ont fait sous la forme d’un « Livre blanc » distribué aux participants à la cérémonie. Elles ont accepté la quasi-totalité des recommandations de la commission, ont-elle dit.

La commission, qui a entendu pendant deux ans 393 témoignages accablants ou bouleversants de victimes et de coupables présumés, a dénombré entre 240 et 250 personnes mortes entre les mains de l’Etat et de ses agents durant cette période.

Parmi elles figure le correspondant de l’AFP et grande figure de la presse nationale Deyda Hydara, assassiné par balles le 16 décembre 2004 par les « broussards », hommes de main du régime.

– Inquiétudes préalables –

Les audiences de la commission, retransmises à la télévision dans une intention cathartique, ont rendu compte des ravages humains perpétrés à cette époque: assassinats, actes de tortures, disparitions forcées, viols et castrations, arrestations arbitraires, chasses aux sorcières, jusqu’à l’administration contrainte d’un traitement bidon contre le sida.

Personne n’a encore été jugé en Gambie pour les crimes attribués au régime Jammeh. C’est en Allemagne que vient de s’ouvrir le premier procès de ces turpitudes. Actionnant le principe de compétence universelle, un tribunal allemand a commencé en avril à juger un « broussard », réfugié dans le pays depuis 2012 et interpellé en 2021, pour crimes contre l’humanité, meurtres et tentatives de meurtre entre 2003 et 2006, dont l’assassinat du journaliste Hydara.

La présidence jugée ubuesque de M. Jammeh a pris fin avec sa défaite surprise à la présidentielle de décembre 2016 et son exil forcé en janvier 2017 sous la pression d’une intervention militaire ouest-africaine.

Son départ a ouvert la voie au multipartisme et à une transition démocratique fragile dans ce pays anglophone de plus de deux millions d’habitants.

Son successeur Adama Barrow n’avait pas dit jusqu’alors s’il comptait suivre les recommandations de la commission. Les défenseurs des victimes et des droits humains s’inquiétaient que des commodités politiques ne prennent le dessus sur la justice.

M. Jammeh continue d’influer sur la vie politique. M. Barrow a été réélu en décembre 2021 après un accord entre son parti et celui de M. Jammeh. M. Barrow a choisi en avril deux anciens alliés de M. Jammeh pour président et co-président du Parlement nouvellement élu.

LE JV2 AVEC AFP

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