Somalie: élection d’un nouveau président sur fond de crises politique et sécuritaire


Les élections en Somalie sont particulièrement attendues. REUTERS/Feisal Omar

Le vote du Parlement doit se tenir, ce dimanche 15 mai 2022, dans un hangar de l’aéroport de la capitale sous protection de la force de l’Union africaine. La police a également instauré un couvre-feu à Mogadiscio en invoquant des raisons de sécurité. Au total, 36 candidats sont finalement en lice après que l’un d’entre eux a annoncé son retrait ce samedi. Le sortant Mohamed Abdullahi Farmajo est candidat à sa réélection, contre plusieurs poids lourds de la politique somalienne.

Plusieurs fois repoussée, cette élection est très attendue. Elle doit marquer la fin de plus d’un an d’une grave crise politique qui a profondément divisé le pays, et entravé la lutte contre les islamistes shebabs.

Couvre-feu dans toute capitale, scrutin tenu dans un hangar ultra surveillé : le dispositif de sécurité autour du vote de ce dimanche témoigne donc de l’ampleur des enjeux qui entourent ce scrutin. Il est censé permettre à la Somalie de tourner la page d’un processus électoral long et chaotique qui a suscité depuis plus d’un an crispations, violences et divisions jusqu’au sein même des forces de sécurité, comme l’ont montré les affrontements armés survenus en pleine capitale en avril de l’année passée.

Intensification des attaques terroristes

Selon de nombreux analystes, cette crise a donc entravé voire paralysé la lutte contre les islamistes shebabs. Ces derniers mois, ils ont intensifié leurs attaques et consolidé leur emprise dans certaines régions du pays, alors même que le mandat d’Atmis, la nouvelle force de l’Union africaine adopté fin mars, prévoit un retrait progressif des forces internationales d’ici fin 2024.

Les atermoiements électoraux de la Somalie pèsent également l’avenir économique du pays. Le Fonds monétaire international a menacé de suspendre son programme d’aide, essentiel pour le budget du pays, si une nouvelle administration n’est pas rapidement pour reprendre les négociations, et procéder à certaines réformes.


• De nombreux défis pour le futur président

Le premier défi pour le nouveau président sera de réconcilier les Somaliens, réconcilier les clans, tant le pays est aujourd’hui polarisé. La deuxième chose à faire sera d’améliorer la relation entre le gouvernement fédéral et les États membres. Sous Farmajo, deux États membres sur les cinq lui étaient farouchement opposés. Le nouveau président doit s’assurer que l’ensemble de la carte fédérale du pays travaille en étroite collaboration avec lui et inversement. L’autre grande question est celle de la sécurité. L’accord sur la nouvelle force de l’Union africaine, Atmis, a été signé par un gouvernement sur le départ. Au yeux de nombreux analystes, ce texte est trop ambitieux. Je pense qu’il sera nécessaire de renégocier certains aspects du texte et de revoir sa faisabilité. Et puis il y a aussi la question économique. Le FMI et la Banque mondiale attendent que soit nommé très rapidement un nouveau ministre des Finances afin de reprendre la discussion sur le programme d’allègement de la dette. Ils menacent sinon de suspendre leur aide. Or le nouveau président aura du mal à payer ses fonctionnaires et ses forces de sécurité si ces négociations ne commencent pas immédiatement.

Samira Gaid, la directrice de l’Institut Hiraal, spécialisé sur les questions de sécurité

RFI

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