Réchauffement climatique : survivre par 50°C, un enjeu de santé publique ?

Des familles se rafraichissent dans un canal à Lahore, au Pakistan, lors d'une vague de chaleur en 2017. Des familles se rafraichissent dans un canal à Lahore, au Pakistan, lors d'une vague de chaleur en 2017.  K.M. Chaudary

L’Asie du Sud est en proie depuis deux mois à une canicule intense, avec des températures allant jusqu’à 45 degrés. Une chaleur qui témoigne des dégâts déjà engendrés par le réchauffement climatique, et qui devient un danger pour la santé. ​

L’Inde et le Pakistan connaissent actuellement une vague de chaleur extrêmement forte : plus d’un milliard d’habitants d’Asie du Sud ont subi en mars et avril des températures extrêmes, bien au-dessus de 40°C,  avant même le début de la mousson. Et ce n’est pas terminé. Entre 2030 et 2050, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) s’attend à ce que le changement climatique entraîne près de 250 000 décès supplémentaires par an dans le monde.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoient « des canicules plus intenses, plus longues, plus souvent. Avant que les activités humaines ne provoquent le réchauffement, la canicule qui touche l’Inde se serait produite tous les 50 ans », note Marian Zachariah, de l’Imperial College de Londres. « Désormais, on peut s’y attendre « une fois tous les quatre ans ».

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Des épisodes caniculaires se multiplient et s’intensifient, au point de devenir un véritable problème de santé publique. Car passé une certaine température, le corps humain est mis à rude épreuve. L’homme maintient sa température corporelle entre des bornes étroites : environ 37,5°C, avec une variation de 1 à 2 degrés, malgré les grandes variations de la température extérieure. Si cette température augmente trop, l’organisme se dérègle peu à peu. La mortalité liée aux canicules en Inde a augmenté de plus de 60% depuis 1980, selon Jitendra Singh, le ministre indien des Sciences de la Terre.

La température humide, un indice clé

Depuis quelques années, les vagues de chaleur sont devenues monnaie courante un peu partout dans le monde. On ne s’étonne plus de voir le thermomètre dépasser les 35 degrés en plein Paris, et la ville de Nagpur, en Inde, connaît depuis plusieurs semaines des journées à 44 degrés. Des températures encore plus difficiles à supporter en cas de forte humidité. 

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C’est ce qu’on appelle la température au thermomètre mouillé, ou température humide (wet-bulb temperature, ou Tw). Il s’agit d’une mesure de la chaleur qui prend en compte le taux d’humidité dans l’air. C’est un indice particulièrement important car la capacité du corps humain à se refroidir repose sur le principe de l’évaporation : en transpirant, nous évacuons la majeure partie de la chaleur de notre corps. Mais l’humidité diminue la capacité d’évaporation de la sueur. La déperdition de chaleur est donc moindre dans les climats chauds et humides, et c’est précisément ce qui la rend dangereuse. 

Mourir de chaud 

Peut-on mourir de chaud ? Oui, et assez vite ! Le phénomène de thermorégulation du corps humain ne peut fonctionner que si la température humide est inférieure à celle du corps. Même dans les meilleures conditions (repos à l’ombre, hydratation optimale, bonne santé générale), un humain ne peut pas survivre plus de six heures, passés 35 degrés Tw. Ces conditions idéales étant rarement réunies, les premiers troubles liés à la chaleur peuvent se manifester dès 27 degrés Tw.

Imaginez-vous dans un sauna. Vous devez rester dedans, vous n’avez pas le choix. Maintenant imaginez avoir une activité physique là-dedans !
Diane Rainard, aventurière

En 2015 en Inde et au Pakistan, le thermomètre mouillé avait atteint 30 degrés Tw : 4 000 personnes étaient mortes de la chaleur au cours de cet épisode caniculaire. 

Pour Diane Rainard, exploratrice originaire de la Réunion et habituée des expéditions en milieux tropicaux, ce type de chaleur s’apparente à un passage dans un hammam ou sauna. « Vous devez rester dedans, vous n’avez pas le choix. Maintenant imaginez avoir une activité physique là-dedans ! » Face à ces températures extrêmes, les troubles liés à la chaleur se manifestent rapidement : crampes dues à la déshydratation, épuisement par la chaleur qui peut mener à l’évanouissement et enfin le coup de chaleur, qui peut être mortel. 

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Les symptômes du coup de chaleur sont facilement identifiables : vertiges, faiblesse, maladresse et mauvaise coordination, fatigue, maux de tête, vision trouble, nausées et vomissements. La personne ne se rend pas compte que sa température est élevée et la transpiration peut disparaître, signe d’une déshydratation intense. Sans mesures de refroidissement rapides (prendre une douche fraîche ou boire plusieurs litres d’eau par exemple), 80% des personnes souffrant d’un coup de chaleur décèdent selon MSD Manual. 

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Lutte inégale contre la chaleur

Pour se protéger de tels pics de températures, il existe évidemment quelques bons gestes à adopter. « Je pense que tout le monde a ces réflexes : chercher les courants d’air, se mettre à l’ombre et boire autant d’eau que possible…» détaille Diane Rainard. « On peut perdre jusqu’à un ou deux litres d’eau par heure ! Il faut donc s’hydrater autant qu’on peut », martèle l’aventurière. 

Autre point important : veiller à boire une eau suffisamment riche en électrolytes, des minéraux aident à réguler la fonction nerveuse et musculaire et à maintenir l’équilibre hydrique. La surconsommation d’eau peut entraîner une hyponatrémie, un trouble qui se présente lorsque le taux de sodium dans le sang est trop faible. Pour contrer ce risque, vous pouvez boire des boissons pour sportif, ou bien ajouter une cuillère de sel à 3l d’eau avant de la boire.  

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S’hydrater, se mettre au frais… Des conseils qui peuvent sembler basiques, mais qui ne sont pourtant pas applicables par tout le monde. Selon l’OMS, « les habitants des pays et des communautés à revenu faible ou défavorisés » sont les plus touchés par les fortes chaleurs dues au dérèglement climatiques. En Inde par exemple, si la classe moyenne s’est habituée à vivre avec la climatisation, les habitants des bidonvilles, eux, sont sans ressources face à de telles vagues de chaleur. 

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Difficile de rester au frais dans des habitations sans fenêtres, parfois sans électricité, ou de rester hydraté quand l’accès à l’eau potable n’est pas une évidence. Une lutte inégale contre la chaleur qui aura de lourdes répercussions dans les prochaines années : le rapport Groundswell de la Banque mondiale estime que d’ici à 2050, 216 millions de personnes dans le monde en développement seront devenues des « déplacés climatiques », contraintes de migrer à l’intérieur de leur pays pour échapper aux conséquences du changement climatique. 

LE JV2 AVEC AFP

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