Les « dauphins commandos », une pratique ancienne prisée par Moscou et Washington

Le président russe Vladimir Poutine à l'aquarium de l'Île Rousski, près de Vladivostok, le 1er septembre 2013.Le président russe Vladimir Poutine à l'aquarium de l'Île Rousski, près de Vladivostok, le 1er septembre 2013. © Alexei Nikolsky, Ria Novosti Kremlin Pool for AP.

Loin d’être nouvelle et appliquée uniquement à la guerre en Ukraine, l’utilisation de ces mammifères marins à des fins militaires est une pratique ancienne. Ces dernières décennies, plusieurs armées, notamment américaine et russe, ont eu recours aux dauphins.

Le 27 avril, l’Institut naval des Etats-Unis (Usni) jette un pavé dans la mare: photos satellites à l’appui, le centre affirme que la Russie a déplacé, sur sa base de Crimée, deux enclos de dauphins fin février, au moment même, peu ou prou, du lancement de son offensive militaire en Ukraine. 

Les enclos se trouveraient désormais à « l’entrée du port de Sébastopol », qui abrite la flotte russe de la mer Noire – une flotte hors de portée des missiles ukrainiens mais qui n’est pas pour autant à l’abri d’actes de sabotage sous marin.

Or, face à cette menace, les dauphins peuvent jouer un rôle clef, souligne H.I Sutton, spécialiste américain des sous-marins, en empêchant notamment « les forces d’opérations spéciales ukrainiennes de s’infiltrer dans le port sous l’eau pour saboter les navires de guerre. »

Les dauphins ont en effet la capacité très convoitée de pouvoir repérer des nageurs, des mines ou d’autres objets potentiellement dangereux, difficiles à détecter, en particulier dans les bas-fonds côtiers ou dans les ports bondés.

« Le dauphin a une capacité de détection hors du commun. C’est un animal très efficace notamment pour détecter du nageur de combat par petit fond », abonde une source militaire occidentale. « Il faut bien avoir en tête que le nageur de combat navigue à l’oxygène pur, il n’émet pas de bulles, il n’émet pas de bruit donc pour le détecter il faut du sonar actif d’où l’intérêt du dauphin », ajoute-t-elle. 

Sonar ultra-sophistiqué

Conscients du potentiel de ces mammifères dotés du sonar le plus sophistiqué au monde, les Etats-Unis et la Russie ont engagé dès les années 60 des programmes d’entraînement de dauphins à visée militaire.

« Lorsque les services de renseignement soviétiques ont appris ce que les dauphins américains étaient capables de faire, dans les années 1960, nos militaires ont décidé de s’intéresser à la question », avait expliqué à l’AFP en 2016 l’officier russe à la retraite Viktor Baranets.

Dans leur base de Crimée, les dauphins soviétiques ont notamment été entraînés à poser des explosifs sur les navires ennemis et à détecter les torpilles abandonnées et les épaves au fond de la mer Noire, selon M. Baranets. 

Basé à San Diego, le Navy Mammal Program américain a testé lui une douzaine d’espèces différentes de mammifères marins, pour n’en retenir au final principalement que deux: les otaries de Californie et les grands dauphins.

Ces derniers ont fait leurs armes lors de la guerre du Vietnam, pour détecter les nageurs de combat, puis lors de la seconde guerre du Golfe pour des opérations de déminage.

Concrètement « on les envoie dans une zone, ils vont par écholocation repérer les mines, puis ils placent un marqueur, un poids avec un fil qui va faire remonter une petite bouée en surface. Là on sait qu’il y a possiblement quelque chose », explique le contre-amiral (deuxième section) français Axel Moracchini.

Même démarche face aux nageurs de combat. Le dauphin, doté ou non d’une caméra, détecte puis marque l’emplacement du nageur via une petite balise qui apparaîtra en surface, ajoute l’ancien plongeur démineur. 

Bélugas et otaries

Leur redéploiement quelques décennies plus tard dans le cadre de la guerre en Ukraine n’aurait donc rien de surprenant, à l’heure où Kiev a affirmé coup sur coup avoir coulé le croiseur russe Moskva et avoir détruit deux patrouilleurs russes près de l’île aux Serpents.

La Russie n’en est pas à son coup d’essai. En 2018, des dauphins de la flotte russe avaient déjà été déployés sur la base navale de Tartous, en Syrie selon l’Usni. Avec des enclos mobiles « très similaires » à ceux actuellement positionnés dans le port de Sébastopol.

Un an plus tard, la découverte en Norvège d’un Béluga portant un harnais avec l’inscription « Equipment St Petersburg » avait alimenté les suspicions sur une possible utilisation militaire par les Russes. 

A ce jour, outre la Russie et les Etats-Unis, deux autres pays auraient également développé des programmes militaires reposant sur des mammifères marins: la Corée du Nord et Israël.

D’autres ont tenté l’expérience, avant de finalement abandonner. « En 1914-18, la Grande-Bretagne avait utilisé des otaries de cirque pour détecter des sous-marins mais ne les a finalement pas trouvés très efficaces en eau libre », rappelle Andrew Lambert, professeur d’histoire navale à King’s College, à Londres.

LE JV2 AVEC AFP

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