Irlande du nord : vers une réunification de l’île ?

Un homme passe à côté d'une affiche de campagne du Sinn Fein à Belfast, le 28 février 2017.Un homme passe à côté d'une affiche de campagne du Sinn Fein à Belfast, le 28 février 2017. AP/Peter Morrison

Les élections législatives de ce jeudi 5 mai pourraient faire basculer le paysage politique nord-irlandais. Selon les derniers sondages, les nationalistes du Sinn Fein, partisans de la réunification de l’île, devraient arriver en tête du scrutin. 

Unionistes contre nationalistes. Depuis plus de 20 ans, l’axe politique incarné par le DUP (Parti unioniste démocrate) et le Sinn Féin (parti républicain) structure la vie politique en Irlande du Nord.
Les unionistes, viscéralement attachés à la place de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, sont au pouvoir depuis la création de la province britannique en 1921. Cette domination prendra-t-elle fin ce 5 mai 2022 ?

Tensions post-Brexit

Déjà en 2020, le Sinn Fein, partisan d’une réunification de l’Irlande, réalisait une percée historique au Parlement irlandais de Dublin pour la première fois depuis un siècle.

Autrefois vitrine politique des paramilitaires de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), le parti investi par une nouvelle génération remporte de plus en plus de votes. Moins que l’idée de réunification, c’est le positionnement à gauche du Sinn Fein qui remporte l’adhésion d’un électorat plus jeune, en colère face aux difficultés de logement et d’emploi depuis la crise financière de 2008 qui a particulièrement affecté l’Irlande.

Depuis le Brexit, le parti unioniste a aussi montré qu’il ne répondait pas vraiment aux inquiétudes de la population.Fabrice Mourlon, professeur de civilisation britannique et irlandaise à l’Université Sorbonne Nouvelle

Dans les derniers sondages, le parti serait même estimé à près de 26% contre 20% pour les unionistes.

Comment expliquer un tel basculement de l’équilibre politique ? «  Il y a eu beaucoup de défection au DUP, qui s’est montré très divisé depuis la démission de l’ancienne première ministre Arlene Foster. Depuis le Brexit, le parti a aussi montré qu’il ne répondait pas vraiment aux inquiétudes de la population. Les gens en ont assez de ne pas avoir d’institution qui les représentent », explique Fabrice Mourlon, professeur de civilisation britannique et irlandaise à l’Université Sorbonne Nouvelle, spécialiste de l’Irlande du Nord. 

À la suite du Brexit, la question du protocole nord-irlandais conçu pour empêcher le rétablissement d’une frontière physique avec l’Irlande voisine a créé de vives tensions au sein de la province. Le texte de loi qui maintenant la province britannique dans le marché unique et l’union douanière européens, prévoyait alors des contrôles douaniers et phytosanitaires pour les marchandises en provenance de Grande-Bretagne.

Voir aussi : Irlande : l’après-Brexit fait encore débat entre Londres et l’UE

Le texte avait été tenu responsable de nombreuses difficultés d’approvisionnement, provoquant plusieurs nuits d’émeutes à Belfast et relançant le débat sur l’unification. Un sujet qui avait jusqu’alors été mis de côté depuis 1998, année où l’accord du Vendredi saint mettait fin à trente années de guerre civile entre catholiques, à tendance nationaliste, et protestants, majoritairement unionistes avec le Royaume-Uni.

Blocage exécutif 

Au-delà de la question douanière, les enjeux d’identité reliés à la problématique de réunification ont depuis toujours rythmé la vie politique en Irlande du Nord selon Fabrice Mourlon. « En France par exemple, la distinction entre les partis se fait plutôt sur la gestion des problèmes sociaux et économiques, explique le professeur. La vie politique en Irlande du Nord s’est toujours formée sur la question constitutionnelle. Les tensions issues du Brexit ont fait dérailler tout ce qui avait été mis en place depuis l’accord du Vendredi saint » .

Si le Sinn Fein parvient à remporter le scrutin, l’actuelle dirigeante du parti, Michelle O’Neill devrait accédér au poste de Première ministre comme le veut la Constitution. Cependant, le DUP battu pourrait bloquer le transfert, refusant de céder sa place.

Que l’exécutif local ne puisse pas fonctionner normalement à l’issue du scrutin « ne serait simplement pas tenable », déclare la cheffe du Sinn Fein Mary Lou McDonald. « L’idée qu’un parti puisse rançonner les gens et leur demander d’attendre alors qu’ils subissent une crise du coût de la vie est scandaleuse », insiste-t-elle

Par ailleurs, la possibilité d’une unification de l’île ne peut se faire qu’après l’organisation d’un référendum.

Un procédé qui n’est pas des plus simples à mettre en place, décrit Fabrice Mourlon : « Le référendum ne peut être déclenché que par le Secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord qui est le représentant de la couronne. C’est un processus très encadré par les accords du vendredi saint, et qui ne peut être lancé que lorsque l’on estime qu’il débouchera sur un changement de paradigme. »

Il faut certainement prendre du temps pour une réunification sereine. Fabrice Mourlon, professeur de civilisation britannique et irlandaise à l’Université Sorbonne Nouvelle

La victoire du Sinn Fein consisterait toutefois un tournant historique, tant pour le parti que pour le Royaume-Uni et pour l’Irlande du Nord, appelée par les unionistes « État protestant pour un peuple protestant ».

Même si le rêve d’une Irlande unie constitue l’idée créatrice du parti, « il faut certainement prendre du temps pour une réunification sereine», tempère le spécialiste.

LE JV2 AVEC AFP

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s