Libye: l’ONU, divisée, prolonge de seulement trois mois sa mission politique

Le logo de l'ONU à New York, le 22 février 2022Le logo de l'ONU à New York, le 22 février 2022 afp.com - ANGELA WEISS

Le Conseil de sécurité de l’ONU, divisé, a adopté vendredi une résolution du Royaume-Uni prolongeant de seulement trois mois sa mission politique en Libye, la Russie refusant, veto en main, toute durée plus longue tant qu’un nouvel émissaire onusien ne sera pas nommé.

Le texte, approuvé à l’unanimité, proroge « jusqu’au 31 juillet 2022 le mandat de la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) » et « demande au secrétaire général de nommer rapidement » un représentant spécial qui sera basé à Tripoli.

Depuis la démission en novembre de l’émissaire slovaque Jan Kubis, le Conseil de sécurité est marqué par une opposition croissante de la Russie à tout accord commun sur la Libye.

Le mandat annuel de la Manul n’avait été renouvelé en septembre que de quatre mois, avant d’être prolongé en janvier de trois mois sous la pression déjà de Moscou.

Selon des diplomates, le Royaume-Uni avait présenté au début des négociations un projet de texte conséquent sur la mission de la Manul et pour une durée d’un an. Face au blocage russe, le texte est devenu un renouvellement technique du mandat actuel pour uniquement trois mois.

Vendredi, plusieurs pays — France, Brésil, Gabon… — ont regretté, voire dénoncé « l’intransigeance » de la Russie face aux 14 autres membres du Conseil qui voulaient un mandat d’un an. « Une résolution creuse qui ne donne aucune orientation sur plusieurs questions essentielles envoie le mauvais message au peuple libyen », a souligné l’ambassadeur américain adjoint Jeffrey DeLaurentis.

« Une fois encore, la Russie s’est isolée elle-même en ne se joignant pas au consensus des 14 autres membres du Conseil », a déploré l’ambassadrice britannique, Barbara Woodward.

Le 19 avril, lors d’une réunion à huis clos, le secrétariat de l’ONU avait réclamé une longue durée pour la mission afin de recruter plus facilement un émissaire. La Russie, selon des diplomates, avait au contraire réclamé d’abord une nomination avant de décider d’un mandat long pour la Manul, avaient indiqué à l’AFP des sources diplomatiques.

– Emissaire africain réclamé –

Contournant les divisions du Conseil, Antonio Guterres s’est adjoint depuis novembre les services de la diplomate américaine Stephanie Williams, nommée « conseillère spéciale » pour la Libye.

Au grand dam de Moscou, cette dernière assure de facto les fonctions d’émissaire de l’ONU sans en avoir le titre, qui implique une approbation des 15 membres du Conseil de sécurité et un aval libyen.

Son contrat expirait en principe fin avril. Interrogé jeudi sur son éventuelle prolongation, le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, est resté vague. « Si la mission est prolongée, nous nous attendons à ce que son travail se poursuive également » jusqu’à la nomination d’un émissaire, a-t-il dit.

Le Gabon a rappelé que l’Afrique voulait voir un ressortissant africain devenir émissaire, « un impératif » selon son ambassadeur Michel Xavier Biang. Cette position est soutenue par la Chine et la Russie, dont l’ambassadeur Vassily Nebenzia a vivement critiqué l’absence de proposition de noms d’Antonio Guterres depuis l’automne.

Selon des diplomates, l’Afrique a soumis deux noms au chef de l’ONU, celui d’un Ghanéen et celui d’un Soudanais.

Si ce « retard délibéré » se poursuit, la Russie en « tirera les conséquences » fin juillet pour la Manul, a menacé le diplomate russe, en dénonçant le « néo-colonialisme » de l’Occident qui refuse, selon lui, la nomination d’un Africain.

La résolution adoptée vendredi « appelle toutes les parties à s’abstenir de toute action susceptible de saper le processus politique ou le cessez-le-feu du 23 octobre 2020 en Libye ».

La Libye peine à s’extirper de plus d’une décennie de chaos politique et de conflits consécutifs à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, dans le sillage du Printemps arabe. Déjà miné par les divisions entre institutions concurrentes dans l’Est et l’Ouest, ce pays se retrouve depuis début mars avec deux gouvernements rivaux, comme entre 2014 et 2021, alors en pleine guerre civile.

Un gouvernement formé par l’ex-ministre de l’Intérieur Fathi Bachagha, approuvé par le Parlement siégeant dans l’Est, est en concurrence avec le cabinet en place à Tripoli, issu des accords politiques parrainés par l’ONU et dirigé par Abdelhamid Dbeibah, qui refuse de céder le pouvoir.

LE JV2 AVEC AFP

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