Face au Covid long, le vaccination reste un outil « préventif » et « thérapeutique »

Un soignant administre une dose de vaccin contre le Covid-19 à Reading, Pennsylvanie, aux États-Unis le 24 avril 2022. Un soignant administre une dose de vaccin contre le Covid-19 à Reading, Pennsylvanie, aux États-Unis le 24 avril 2022.  Matt Rourke / AP

Un an après une hospitalisation liée au Covid-19, seulement un patient sur quatre serait totalement rétabli d’après une étude britannique. Ce chiffre est impressionnant, mais selon Roland Tubiana, infectiologue à Paris, si le Covid long est à prendre au sérieux, cette étude est à prendre avec quelques précautions. Entretien.

Une étude britannique publiée dans la revue médicale The Lancet Respiratory Medicine révèle qu’un an après leur hospitalisation, seul un patient sur quatre serait « totalement rétabli » de l’infection au Covid-19. L’organisation mondiale de la santé (OMS) estime que 10 à 20 % des personnes ayant contracté le Covid-19 développent un « Covid-long », une forme de la maladie où les symptômes persistent pendant plus de 3 mois après l’infection. Fatigue, toux, problèmes respiratoires, articulaires, désadaptation à l’effort… Ces symptômes très variés complexifient la prise en charge des patients.

Pour cette étude, les chercheurs ont travaillé sur les cas de plus de 2 300 patients Covid-19 sortis de l’hôpital entre mars 2020 et avril 2021. Ces patients ont été vus par des médecins cinq mois après leur hospitalisation et 33 % d’entre eux sont revenus pour une visite de contrôle un an après leur sortie de l’hôpital. Une série d’examens médicaux ainsi qu’un autoquestionnaire ont permis de tirer la conclusion que seulement 1 patient sur 4 était “totalement rétabli” un an après la maladie. Roland Tubiana, infectiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, revient sur cette étude et sur la complexité de la prise en charge du Covid long. Entretien.

TV5MONDE : l’étude de The Lancet montre que le Covid long est très présent chez les patients hospitalisés. Est-ce que la gravité de l’infection augmente le risque de développer une forme longue du Covid ?

Roland Tubiana, infectiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière​ : Il y a en fait des Covid longs chez tous les patients, et tout le monde essaie de décrire, de classer et de comprendre ce Covid long, parce qu’il n’y a pas de traitement, et il n’y a pas de critères objectifs de Covid long, si ce n’est la persistance de symptômes extrêmement variés et variables. Cette étude parle de cas de Covid graves. Ce qui ne représentent pas la majorité des cas, mais la gravité a été retenue par d’autres études comme un facteur de risque de développer un Covid long. Pour résumer, plus on a de symptômes et plus ils sont graves, plus on va rentrer dans le groupe des gens qui ont des symptômes longtemps.

Dans cette étude comme dans beaucoup d’autres, le fait d’être une femme ressort comme un facteur de risque

Pour expliquer cela, il y a beaucoup d’hypothèses. Par exemple, la persistance du virus, observée par certaines équipes au niveau ORL (oto-rhino-laryngologie ndlr). Il y a aussi la question de la réponse immunitaire. Une réponse immunitaire classique, c’est ce qu’on demande au vaccin, c’est de guérir l’infection, en créant une immunité spécifique. Avec le Covid long, il y a peut-être une déviation, une mauvaise adaptation de l’immunité à la stimulation par la maladie. La réactivation d’autres virus est aussi une hypothèse. On connaît la réactivation de syndromes post-viraux qui durent longtemps avec d’autres virus, comme le chikungunya, qui peut donner des symptômes plusieurs années après l’infection aiguë. Il y a aussi la génétique. Dans cette étude comme dans beaucoup d’autres, le fait d’être une femme ressort comme un facteur de risque par exemple.

(Re)voir : le calvaire sans fin des malades du Covid long au Québec

Et ce que tout le monde retient, c’est le phénomène inflammatoire. C’est une réaction inappropriée au niveau de certains tissus, des microcapillaires, c’est-à-dire de petits vaisseaux sanguins qui s’enflamment et qui se bouchent. Ça peut expliquer beaucoup de symptômes qu’on a vus en Covid aigu mais aussi en Covid long. Notamment des symptômes neurologiques dégénératifs, parce que l’oxygène n’arrive pas là où il doit aller à cause des vaisseaux qui se bouchent. Tout ça, ce sont des hypothèses, et chaque étude va chercher à montrer si son hypothèse est confirmée ou pas. Le problème, c’est que ça ne nous dirige pas forcément vers des traitements.

TV5MONDE : justement, comment traiter le Covid long ?

Dr Roland Tubiana : La première chose c’est de tenir compte des symptômes et de la plainte des gens. Il y a une grande souffrance chez ces gens qui ont vu beaucoup de médecins qui leur ont dit “vous n’avez rien du tout”. Deuxièmement : l’approche doit être multidisciplinaire, de la psychologue au neurologue en passant par le cardiologue… Troisième chose : ne pas passer à côté d’un autre diagnostic. Il faut évaluer médicalement et essayer de faire un diagnostic qui éliminerait le Covid long et qui permettrait de prendre en charge la personne au mieux. Mais ça représente très peu de personnes, même pas 5 % des patients.
 

En consultation, je ne peux pas vous dire « vous avez ça, je vous donne ça, et c’est fini. » On n’a pas de réponse univoque.

Mais dans mon expérience, ce qui marche le mieux c’est deux choses : d’abord la rééducation. Pour les troubles cognitifs, de mémoire ça sera de l’orthophonie, si vous avez des troubles cardiovasculaires ou de désadaptation ça va être pneumo-cardio, ça peut être articulaire… Il faut prendre en compte chaque organe dans sa souffrance et traiter symptomatologiquement. La deuxième chose c’est le temps : chez nos patients, le temps a vraiment amélioré les choses. Malheureusement, ça demande beaucoup de professionnels de santé autour des patients, qui n’ont pas toujours accès à des structures adaptées.

(Re)voir : France : vivre avec un Covid long, le calvaire de Karyne et de son fils

Ce serait malhonnête de dire qu’on n’a pas de pistes de traitements, mais si vous venez me voir demain en consultation, je ne peux pas vous dire « vous avez ça, je vous donne ça, et c’est fini ». On n’a pas de réponse univoque

La meilleure prévention du Covid long ce n’est pas d’attraper le Covid, c’est d’avoir été vacciné !

TV5MONDE : le fait d’être vacciné joue-t-il un rôle ?

Dr Roland Tubiana : Actuellement on propose la vaccination sous surveillance, on a de bons résultats, mais pas chez tout le monde. Dans beaucoup d’analyses en cours, on voit que chez les gens qui ont des symptômes Covid long, quasiment la moitié voit ses symptômes améliorés après la vaccination. L’autre moitié au contraire, soit reste stable soit n’est pas améliorée du tout. Il y a des cas d’aggravation du Covid long à cause de la vaccination, mais ils sont très minoritaires.

(Re)lire : l’épidémie de Covid-19 est-elle derrière nous ? 

Mais ce qu’il faut retenir c’est que le fait d’avoir été vacciné empêche l’hospitalisation, et donc empêche ces histoires de Covid long ! La meilleure prévention du Covid long ce n’est pas d’attraper le Covid, c’est d’avoir été vacciné !
Dans deux ans, comme on aura bien vacciné les gens, on a des chances de ne plus avoir de Covid long. Le vaccin comme thérapeutique ça peut marcher, mais le vaccin comme préventif : il faut y aller à fond !

TV5MONDE : comment le système de soins absorbe-t-il la problématique du Covid long ?

Dr Roland Tubiana : Il faut répondre aux demandes, mais ce sont des consultations très longues. Les gens arrivent avec un an d’histoire, de symptômes, des examens complémentaires, des ordonnances… Il faut écouter, faire la synthèse. Et quand on est praticien hospitalier dans un hôpital public, et c’est aussi vrai pour les médecins de ville, aujourd’hui on a du mal à dégager une heure par patient pour les voir. Et non seulement la première consultation est longue et complexe, mais la prise en charge après va être un peu éparpillée.

(Re)voir : coronavirus : comment prendre en charge le Covid long ?

Il faut faire des bilans, donc il faut des infirmières. Il faut l’infrastructure. Il faut des psychologues. Il faut des spécialistes, le médecin généraliste a un rôle à jouer… Il y a des centres qui se sont plus ou moins organisés. Mais par exemple, si je vois quelqu’un qui a des troubles cognitifs importants, et que je veux déclencher un rendez-vous en consultation de la mémoire à la Pitié-Salpêtrière qui est un grand centre de neurologie, j’ai du mal à avoir un rendez-vous. Non pas que mes collègues ne veulent pas voir de patients, mais tout simplement il n’y a pas de place.

Il y a une bonne prise en compte de la problématique, de la nécessité de prendre du temps, d’accompagner les gens, de le faire à plusieurs spécialités en même temps et de proposer de la rééducation, des traitements symptomatiques et des diagnostics. Mais en 2022, on n’est pas armés pour faire ça. Il faut continuer à voir les gens, à les orienter et les accompagner, parce que c’est notre métier. Mais aujourd’hui vus dire « vous pouvez aller à tel endroit, et vous serez pris en charge vite, par des gens qui connaissent parfaitement la chose et qui ont une équipe adaptée », c’est difficile. Il y a un manque d’offre de soins. 

LE JV2 AVEC AFP

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