Présidentielle 2023 au Nigeria : tensions au sein du parti au pouvoir

Le président nigérian, Muhammadu Buhari (en lunettes, au centre), entouré de ses partisans, juste après avoir été déclaré vainqueur de la dernière présidentielle, à Abuja, au Nigeria, le 27 février 2019.Le président nigérian, Muhammadu Buhari (en lunettes, au centre), entouré de ses partisans, juste après avoir été déclaré vainqueur de la dernière présidentielle, à Abuja, au Nigeria, le 27 février 2019. © Bayo Omoboriowo/Nigeria State House via AP

Au pouvoir depuis novembre 2015, avec à sa tête le président Muhammadu Buhari, qui a décidé de ne pas se représenter après deux mandats de quatre ans. Le All Progressives Congress (APC), le parti au pouvoir, est secoué par des rivalités dans la course à l’élection présidentielle, prévue en février 2023. Le leader du parti, Bola Tinubu, sénateur et ancien gouverneur de l’État de Lagos, affiche depuis plusieurs mois son ambition de succéder à Muhammadu Buhari. Il doit faire face à l’actuel vice-président nigérian, Yemi Osinbajo, qui s’est déclaré candidat le 11 avril dernier. Avec au total quatre candidats, la primaire au sein du parti majoritaire s’annonce très rude.   

« Je déclare officiellement aujourd’hui, avec la plus grande humilité, mon intention de me présenter au poste de président de la République fédérale du Nigeria, par la voie de notre grand parti, le All Progressives Congress. »

C’est notamment par ces mots, prononcés dans un enregistrement vidéo publié le 11 avril dernier, sur son compte Twitter, que le vice-président nigerian Yemi Osinbajo, s’est lancé dans la course à la primaire au sein du parti au pouvoir dans le pays. Une primaire qui devrait se tenir d’ici le mois de juin prochain.

Quatre candidats en lice

Désormais, ils sont quatre au total à briguer l’investiture du All Progressives Congress : le gouverneur de l’État de Kogi, Yahaya Bello, l’actuel ministre des Transports Rotimi Amaechi, le leader de l’APC et ancien gouverneur de l’État de Lagos, Bola Tinubu, et enfin l’actuel vice-président nigerian Yemi Osinbajo. Ce dernier met ainsi un terme à des mois de spéculation sur ses ambitions présidentielles.

Aujourd’hui âgé de 65 ans, cet avocat et ancien professeur d’université affirme que les sept années passées à la vice-présidence aux côtés de Muhammadu Buhari, font de lui le candidat idéal pour le poste de président de la République. D’ailleurs, il dit vouloir poursuivre les politiques et le programme du président Buhari.

(Re)voir : « Nigeria : les partis en ordre de marche »

Dans sa déclaration de candidature, Yemi Osinbajo a lancé à l’attention de ses compatriotes : « Ensemble, nous avons traversé certaines des périodes les plus difficiles de l’histoire de notre nation, mais nous avons toujours mis l’accent sur la sécurité du pays, le développement des infrastructures et la croissance de notre économie. »

Concernant toujours les grandes lignes de son programme, Yemi Osinbajo ajoute que s’il est élu à la tête du pays, il entend transformer radicalement le programme de sécurité et de renseignement, achever la réforme du système judiciaire. Et sur ce dernier point, il souhaiterait mettre l’accent sur la question de la rémunération adéquate et le bien-être du personnel judiciaire, tout en assurant une justice pour tous, ainsi que le respect de l’État de droit.

(Re)voir : « Nigeria : massacres dans le nord-ouest du pays »

Cependant, le pays étant confronté à une insécurité presque généralisée, la question de la sécurité apparaît comme l’un des enjeux majeurs du futur scrutin présidentiel. L’armée est en effet déployée simultanément sur plusieurs fronts, en particulier dans le nord-est où sévit une insurrection djihadiste depuis bientôt plus de douze ans, mais aussi dans le nord-ouest où des bandes criminelles pillent, kidnappent et tuent les populations civiles.

D’ailleurs, nos confrères du site d’informations nigérian HumAngle affirment que plus d’une centaine de terroristes, parmi lesquels au moins quatre hauts commandants de l’ISWAP (Islamic State’s West Africa Province), a été tué dans les îles du lac Tchad, dans le cadre de l’opération Lake Sanity, menée par le Nigeria, le Niger, le Cameroun et les troupes de la Force opérationnelle interarmées multinationale (MNJTF).

Préserver le consensus

Mais surtout, nos confrères de HumAngle précisent que depuis l’attaque, le 28 mars dernier, du train reliant Kaduna – capitale de l’État du même nom, dans le nord-ouest du pays – à Abuja, la capitale, des ponts existeraient désormais entre djihadistes et bandes criminelles. « Les rapports préliminaires sur ce qui s’est passé lors des attaques ferroviaires de Kaduna montrent une sorte de collaboration entre les bandits et les terroristes de Boko Haram délogés du nord-est », a déclaré à ce sujet Lai Muhammad, ministre nigérian de l’Information, cité par HumAngle.

Outre les préoccupations sécuritaires, d’autres thématiques telles que le coût élevé de la vie, les coupures intempestives d’électricité ou encore la flambée des prix du carburant. S’il est en effet le pays africain le plus peuplé et le premier producteur de pétrole du continent, le Nigeria peine toujours à en faire profiter la majorité de ses populations.

(Re)voir : « Nigeria : coupures d’électricité et hausse du prix du carburant »

En attendant, tensions et dissensions s’intensifient au sein du parti majoritaire, alors que certains cadres commencent à choisir leur favori. D’ailleurs, l’annonce de la candidature de l’actuel vice-président Yemi Osinbajo a été vécue par le camp de Bola Tinubu comme une trahison.

Originaire de Lagos, sa vile natale, Yemi Osinbajo était considéré jusque-là comme un « protégé » de Bola Tinubu, dont il a longtemps été très proche. Entre 1999 et 2007, alors que Bola Tinubu est gouverneur de l’État de Lagos, il nomme Yemi Osinbajo ministre de la Justice et procureur général de l’État. Les deux hommes font désormais figure de principaux adversaires de la primaire du All Progressives Congress.

Une rivalité qui risque de mettre à mal les compromis trouvés lors de la convention du parti qui s’est tenue le 26 mars dernier, et qui avait notamment pour objectif de surmonter les luttes intestines.

L'ancien vive-président Atiku Abubakar, candidat du People’s Democratic Party, lors d'un meeting durant la dernière présidentielle, sur la place Tafawa Balewa, à Lagos, au Nigeria, le 12 février 2019.

L’ancien vive-président Atiku Abubakar, candidat du People’s Democratic Party, lors d’un meeting durant la dernière présidentielle, sur la place Tafawa Balewa, à Lagos, au Nigeria, le 12 février 2019. © AP Photo/Sunday Alamba

Constitué en 2013 à partir de la fusion de trois partis politiques, alors opposés au président Goodluck Jonathan – leader du PDP, le People’s Democratic Party – le All Progressives Congress n’a remporté la présidentielle de 2015 que parce que le PDP était confronté à l’époque à ses propres scissions internes.

En définitive, pour l’actuel parti majoritaire, la future primaire présente un double enjeu : désigner son candidat à l’élection présidentielle, tout en préservant le consensus issu de sa dernière convention.

Le vainqueur de cette bataille interne affrontera celui qui émergera du principal parti d’opposition, le People’s Democratic Party. Le mois dernier, Atiku Abubakar, aujourd’hui âgé de 75 ans et ancien vice-président qui s’est déjà présenté à cinq reprises à la présidentielle, a annoncé sa candidature sous la bannière du PDP.   

LE JV JV2 AVEC AFP

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