Guinée : une fin de transition en dix étapes et de nombreuses interrogations

Quelques ambassadeurs et membres des représentations étrangères, attendant une rencontre avec la junte militaire dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, au palais du peuple, à Conakry, en Guinée, le mercredi 15 septembre 2021. © AP Photo/Sunday Alamba

Au cours d’une cérémonie solennelle qui s’est déroulée ce vendredi 15 avril au palais Mohammed V, à Conakry, le colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition et chef du CNRD, le Comité national du rassemblement pour le développement, a procédé au lancement officiel des travaux du cadre de dialogue inclusif. 

Un retour à l’ordre constitutionnel en dix étapes

Lors de son discours aux participants à ce cadre de dialogue inclusif, le colonel Mamadi Doumbouya a notamment déclaré : « Nos problèmes doivent se régler entre nous. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place un cadre de concertation.  Vous savez, il y a plusieurs réformes à mener dans notre pays et il faut le faire parce que si on ne le fait pas, je ne pense pas et je ne crois pas que quelqu’un d’autre va le faire à notre place. »

Invoquant la dette morale de l’ensemble des populations envers la République de Guinée, le président de la transition a une nouvelle fois profité de cette occasion pour inviter ses compatriotes « à dialoguer, à se parler, à s’écouter et à trouver des solutions pour [le]pays».

Le président de la junte guinéenne, le colonel Mamadi Doumbouya, au centre (lunettes noires), après une réunion avec la délégation de la CEDEAO, à Conakry, en Guinée, le vendredi 10 septembre 2021.

Le président de la junte guinéenne, le colonel Mamadi Doumbouya, au centre (lunettes noires), après une réunion avec la délégation de la CEDEAO, à Conakry, en Guinée, le vendredi 10 septembre 2021. © AP Photo/ Dimanche Alamba

Dans la foulée, Mory Condé, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, a dévoilé les étapes devant conduire au retour à l’ordre constitutionnel sans toutefois la moindre indication de calendrier. Selon le programme détaillé malgré tout par le ministre Mory Condé, la fin de la transition doit passer par « le recensement général de la population, le recensement administratif à vocation d’état-civil, l’établissement du fichier électoral, l’élaboration de la nouvelle constitution, l’organisation du scrutin référendaire, l’élaboration des textes de lois organiques, l’organisation des élections locales puis législatives, la mise en place des institutions nationales issues de la nouvelle constitution, et enfin l’organisation de l’élection présidentielle ».

Opter pour la chaise vide, je crois que ce n’est pas respectueux de ce que les Guinéens veulent.

Lansana Kouyaté, président du Parti de l’espoir pour le développement national

Dans une correspondance adressée à l’Anad, l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie, une coalition d’une vingtaine de partis politiques présidée par l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, par ailleurs chef de l’opposition et leader de l’UFDG, l’Union des forces démocratiques de Guinée, le ministre Mory Condé demande une proposition de chronogramme de la transition à lui transmettre au plus tard ce 20 avril.

Présent lors du lancement de ce cadre de dialogue inclusif, l’ancien premier ministre Lansana Kouyaté, qui préside aussi le PEDN, le Parti de l’espoir pour le développement national, a déclaré devant la presse : « Opter pour la chaise vide, je crois que ce n’est pas respectueux de ce que les Guinéens veulent. Il faut participer, dire ce qu’on pense et le dire avec sincérité et franchise pour éviter le chaos. »

Un dialogue boycotté par certains acteurs locaux

 
De nombreuses formations politiques réunies au sein du G58, notamment l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), l’Union des forces républicaines (UFR), mais également le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel, le parti de l’ex-président Alpha Condé), n’ont pas pris part à cette session inaugurale. Le RPG et ses alliés réclament la présomption d’innocence pour son leader, l’ancien premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, emprisonné à Conakry depuis le début de ce mois pour des faits présumés d’enrichissement illicite et de détournement de deniers publics. Par ailleurs, l’ancien parti au pouvoir exige également la libération d’Alpha Condé, placé en résidence surveillée depuis son retour au bercail le 8 avril dernier.

Dirigeants de partis politiques tentant d'obtenir l'accès à une réunion avec la junte militaire dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, au palais du peuple, à Conakry, en Guinée, le mardi 14 septembre 2021.

Dirigeants de partis politiques tentant d’obtenir l’accès à une réunion avec la junte militaire dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya, au palais du peuple, à Conakry, en Guinée, le mardi 14 septembre 2021. © AP Photo/ Dimanche Alamba

Réunis le 9 avril dernier, à Conakry, au siège de l’UFDG, les leaders politiques membres du G58 ont relevé plusieurs insuffisances qui, selon eux, ne leur permettent pas de participer à ce dialogue. Outre un cadre de concertation indépendant, impartial et transparent, placé par ailleurs sous l’égide de la CEDEAO, le G58 exige la liste nominative des membres du CNRD, ainsi que l’ouverture des procès relatifs aux crimes de sang commis dans le pays par le passé. À peu de choses près, les mêmes exigences sont formulées par certaines organisations de la société civile telles que la coordination nationale du FNDC, le Front national pour la défense de la constitution.

Par les actes qu’ils posent [le colonel Mamadi Doumbouya et le CNRD], ils sont là pour un bon moment. 

Mamadou Aliou Barry, responsable du Centre d’analyse et d’études stratégiques de Guinée

Plus de sept mois après l’arrivée au pouvoir du CNRD, une partie des populations guinéennes s’interroge toujours sur les véritables intentions du colonel Mamadi Doumbouya et le CNRD.

Spécialiste des questions de sécurité et responsable du Centre d’analyse et d’études stratégiques de Guinée, Mamadou Aliou Barry a estimé que « par les actes qu’ils posent [le colonel Mamadi Doumbouya et le CNRD], ils sont là pour un bon moment et c’est la raison pour laquelle ils ont du mal à déposer un chronogramme aussi bien au niveau des partis politiques que de la société civile et de la CEDEAO. Ils annoncent un programme en dix étapes avant le retour à l’ordre constitutionnel. Mais sur aucune des étapes il n’y a de durée. J’ai la nette impression qu’ils sont encore en train de réfléchir à déposer un chronogramme, mais il ne sera pas accepté par la CEDEAO, parce que les actions qu’ils sont en train de poser nécessitent minimum 5 ans». 
 

LE JV2 AVEC AFP

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