Guerre en Ukraine : ce que l’on sait du « Moskva », le croiseur russe coulé en mer Noire


Le "Moskva" participe à des exercices militaires en mer Noire, au large de la Crimée, le 14 février 2022. (BLACK SEA FLEET / TASS / SIPA)

Touché mercredi, coulé jeudi. Le Moskva a sombré dans la mer Noire, comme l’a reconnu le ministère russe de la Défense dans la soirée du 14 avril. Comment expliquer cette perte du vaisseau amiral russe ? Accident ou tir ? Les versions de Moscou et Kiev divergent. Reste qu’il s’agit d’un important revers pour l’armée russe depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Franceinfo fait le point sur les circonstances de ce naufrage.

Kiev affirme l’avoir visé avec des missiles 

Pour le gouvernement ukrainien, il n’y a aucun doute. Si le Moskva gît au fond de la mer Noire, c’est parce que les forces armées ukrainiennes l’ont frappé avec des missiles de croisière Neptune de fabrication ukrainienne, lui infligeant d' »importants dégâts », selon le gouverneur ukrainien de la région d’Odessa. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a même enfoncé le clou, dans son message vidéo quotidien, en évoquant « ceux qui ont montré que les navires russes ne peuvent qu’aller au fond ».

La perte du Moskva est « un coup dur » porté à la flotte russe, a commenté le Pentagone dans la nuit de jeudi à vendredi, avec « des conséquences sur les capacités » de combat de l’armée russe. Vendredi en fin de journée, un haut responsable a finalement confirmé que le navire avait bien été coulé « par deux Neptune », des missiles ukrainiens.

Effectivement, pour les experts américains, cette attaque ukrainienne était jugée plus crédible que l’explication russe. « Etant donné qu’il y a une guerre en cours et que les Ukrainiens ont cette capacité antinavire, il est plus probable qu’elle ait été causée par ces missiles de croisière », estime ainsi le consultant Mark Cancian, interrogé par le Washington Post (en anglais).

Moscou évoque un incendie accidentel

De son côté, Moscou n’a signalé aucune attaque. Le ministère russe de la Défense a reconnu, dans la nuit de mercredi à jeudi, que le croiseur avait été « gravement endommagé » par un incendie qui a provoqué l’explosion de munitions, et que son équipage de plus de 500 hommes avait dû être évacué vers des navires russes à proximité. Aucun bilan de pertes éventuelles n’a été fourni. 

Plus tôt dans la journée de mercredi, le ministère avait assuré que « le foyer de l’incendie » était « circonscrit » et qu’une enquête avait été ouverte pour connaître les causes du sinistre. Selon la version russe, le navire aurait ensuite chaviré alors qu’il était remorqué vers la ville de Sébastopol, en Crimée, pour y être réparé.

Le Moskva « a perdu sa stabilité en raison de dommages à la coque subis lors de l’incendie à la suite de la détonation de munitions. Dans des conditions de mer agitée, le navire a coulé », a ainsi affirmé le ministère russe de la Défense.

Un navire qui date de l’époque soviétique

Le Moskva avait été mis en service en 1983, à l’époque soviétique, sous le nom de Slava (« Gloire »). Le croiseur lance-missile de classe Atlant avait été conçu comme un destructeur de porte-avions. Ce bâtiment de 186 m avait été rebaptisé Moskva (« Moscou ») en mai 1995. Selon le ministère de la Défense, son équipage peut compter jusqu’à 680 hommes.

Le Moskva avait été envoyé en Géorgie en août 2008. La Russie n’avait à l’époque pas donné d’informations quant à ses missions, mais selon un haut responsable militaire géorgien interrogé par l’AFP, il avait été utilisé pour bombarder les forces géorgiennes depuis le port d’Otchamtchiré. Il avait été déployé de septembre 2015 à janvier 2016 en Méditerranée lors de la guerre en Syrie.

Après une remise en état entre 2018 et 2020, le croiseur avait jeté l’ancre début février au large de Sébastopol, en Crimée, officiellement pour des exercices. Mais dès les premiers jours de la guerre en Ukraine, il avait pris part à une attaque contre la base militaire située sur l’île aux Serpents.

Une perte stratégique pour Moscou

Le Moskva était un « élément-clé des efforts [russes] pour établir une domination navale en mer Noire », a rappelé le Pentagone. Il était armé de 16 missiles antinavires Bazalt/Voulkan, de missiles Fort, la version marine des missiles S-300 de longue portée, et de missiles de courtes portées Ossa. Il disposait aussi de lance-roquettes, de canons et de torpilles.

Le croiseur protégeait l’armée russe dans un rayon de 150 km autour de sa position. « Avec les détroits du Bosphore et des Dardanelles fermés par la Turquie aux navires russes, il sera difficile pour la Russie de remplacer ses capacités de défense aérienne », décrypte un expert cité par l’AFP. Mais « la flotte russe n’a pas été mise hors de combat », tempère-t-il, avec notamment des frégates modernes équipées d’une défense aérienne à la portée plus réduite.

« C’est une perte symbolique très forte », conclut l’ancien amiral Pascal Ausseur. « C’était le bateau de commandement, il y avait probablement l’état-major qui commande le groupe naval sur place. » Les Russes vont donc devoir désigner un autre bâtiment pour assurer ces fonctions de coordination. Selon Pascal Ausseur, la perte du Moskva « montre une vraie vulnérabilité » de la marine russe.

Franceinfo

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