« Châtiment céleste »: en Ukraine, un collectif amateur bidouille des drones sur mesure


Un membre du collectif ukrainien "Châtiment céleste" travaille à la fabrication d'un drone destiné à attaquer un tank russe, à Lviv, le 1er avril 2022 afp.com - Aleksey Filippov

L’endroit exact est tenu secret. A Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, des amateurs enthousiastes fabriquent discrètement des drones létaux destinés à être utilisés sur le front de la guerre contre la Russie.

Sur une grande table encombrée, le cadre en forme de grand X d’un drone est posé, entouré de tas d’hélices en plastique et de sachets de vis minuscules.

Il devrait bientôt s’envoler, lesté d’une grenade anti-tank de la taille d’une bouteille de vin et capable de percer les blindages russes.

Deux autres engins ont déjà été équipés d’hélices et de soutes à bombes miniatures pour attaquer l’infanterie russe et aider les défenseurs ukrainiens au nord et à l’est du pays.

Un autre, de la taille d’un oiseau de proie et en forme de bombardier furtif, sera utilisé par l’artillerie pour des missions de reconnaissance, repérant et marquant les cibles à frapper.

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le collectif Nebesna Kara (« Châtiment céleste ») a déjà fabriqué une quarantaine de drones de ce type pour l’armée ukrainienne.

Avant la guerre, ses six membres étaient des amis qui fréquentaient la communauté du drone de compétition.

« Malheureusement tout a changé », souligne Alex, l’un des six, qui préfère taire son nom de famille pour des raisons de sécurité.

– « Forte demande »-

Les experts estiment que les forces ukrainiennes manquent d’hommes et d’armes face à leurs homologues russes. Mais leur défense obstinée, basée sur leur connaissance du terrain, leurs attaques-éclairs et le recours au sabotage technologique, font merveille.

Au début de l’invasion, la capitale Kiev semblait en grand danger de tomber aux mains de la gigantesque colonne de blindés russes (65 km) qui avançait depuis le nord du pays.

Des équipes mobiles armées de drones auraient joué un rôle-clé pour contrer cette offensive en repérant des cibles pour des frappes aériennes, contraignant le convoi à se disperser.

« C’est une technique pour la reconnaissance et l’ajustage des tirs d’artillerie », explique un autre membre du collectif, Dmitriï, qui préfère lui aussi conserver l’anonymat.

« A présent il y a une forte demande pour ces équipements subversifs », souligne-t-il.

Le collectif, qui fonctionne également avec l’aide de 10 « membres conseillers » et peut compter sur les connaissances de 877 passionnés via une messagerie en ligne, reçoit des commandes de spécialistes militaires dans des zones de conflit.

Leurs créations volantes dignes du Dr Frankenstein sont montées à partir de maquettes en vente libre, de pièces fabriquées avec une imprimante 3D et de composants obtenus auprès d’un détaillant chinois en ligne.

Les pièces sont étalées sur un établi d’un bout à l’autre de la pièce, circuits imprimés, pelotes de fils électriques et moteurs électriques en forme de bulbe.

– « Bons baisers »-

L’armée ukrainienne a énormément fait appel aux dons pour l’aider dans la défense du pays. Des pays étrangers lui ont fait parvenir de grandes quantités d »‘aide létale » et les citoyens ont été mis à contribution pour une aide financière.

Selon Alex, le programme de drones miniature fonctionne de manière similaire. Les spécialistes leur indiquent comment faire opérer le drone et eux se chargent de le fabriquer sur mesure grâce à des financements participatifs.

Sur son téléphone, Dmitriï montre une vidéo filmée depuis un drone, qui passe en bourdonnant le long d’une tranchée russe et révélant les positions des armes dissimulées dans la terre remuée.

« Si vous avez un pilote habitué à opérer ce genre d’engin, il peut passer au dessus de la tranchée et en cinq minutes il aura toute l’information dont il a besoin », relève Alex.

« Un iPhone coûte plus cher que ce genre d’équipement », souligne-t-il.

Dans un coin de l’atelier, des colis contenant des drones et des pièces de rechange sont rangés.

L’un doit partir pour Mykolaïv, où un missile s’est abattu mardi sur un bâtiment de l’administration régionale, tuant une trentaine de personnes.

Prêt pour l’expédition, il est accompagné d’une note écrite au feutre rouge et bleu, destinée au pilote ukrainien, mais peut-être aussi aux forces russes massées à l’extérieur de la ville.

« Bons baisers de Nebesna Kara », dit la note.

LE JV2 AVEC AFP

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