Ouganda: Muhoozi Kainerugaba, puissant fils et possible héritier du président Museveni


Muhoozi Kainerugaba à Kampala le 25 mai 2016 lors de la cérémonie de sa promotion au grade de général de division afp.com - PETER BUSOMOKE

Pour beaucoup d’Ougandais, l’ascension fulgurante de Muhoozi Kainerugaba au sein de l’armée et son influence au coeur du pouvoir en font le successeur désigné de son père, le président Yoweri Museveni. Même si le pouvoir rejette avec force la simple évocation de cette idée.

Tous ceux qui le critiquent ou lui prêtent l’intention de succéder au patriarche de 77 ans, au pouvoir depuis 1986, sont traqués, emprisonnés ou forcés à l’exil.

Le dernier en date est l’écrivain Kakwenza Rukirabashaija, arrêté et poursuivi pour insulte envers Museveni et Kainerugaba après une série de tweets. Il a gagné l’Allemagne après avoir, affirme-t-il, été torturé en détention.

Aujourd’hui âgé de 47 ans, Muhoozi Kainerugaba est apparu au grand public en 1998. Alors jeune diplômé, il recrutait des étudiants pour étoffer la garde présidentielle, soulevant les premières interrogations sur la volonté du père et du fils de construire une dynastie politique.

Museveni avait balayé cette idée. Cela n’a pas suffi à la sortir de l’esprit des Ougandais, qui ont vu l’unique fils du président – qui a également trois filles – partir étudier la stratégie militaire au Royaume-Uni, en Egypte, aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud et gravir les échelons de l’armée.

« Avec l’accumulation des cours de haut commandement (militaire), l’un après l’autre, promotion après promotion, il est devenu évident que l’on préparait Muhoozi à de hautes fonctions au sein de l’armée », note Lauben Oketch, spécialiste des questions de sécurité basé à Kampala.

– « Projet Muhoozi » –

Il a été envoyé au Soudan du Sud et en Somalie avec les contingents ougandais soutenant les gouvernements locaux, et a également participé aux campagnes contre les groupes rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) et des Forces démocratiques alliées (ADF).

Il a également dirigé les puissantes forces spéciales.

Désormais commandant de l’armée de terre ougandaise, il est également « haut conseiller présidentiel chargé des opérations spéciales », dont le champ s’étend au-delà du domaine militaire.

Si sa position d’héritier apparaît évidente pour de nombreux Ougandais, le gouvernement réprime toute discussion à ce sujet.

En 2013, la police a fait fermer deux journaux et deux stations de radio durant dix jours pour avoir publié un mémo confidentiel évoquant l’existence d’un « Projet Muhoozi » préparant la succession de Museveni.

Son auteur, l’ancien directeur du renseignement David Sejusa, a fui au Royaume-Uni. Il a ensuite affirmé que quiconque s’opposait à ce projet risquait la mort.

De nombreux anciens alliés de Museveni, dont son médecin personnel Kizza Besigye devenu une figure de l’opposition, se sont brouillés avec le président au sujet de l’ascension de son fils.

– « Bébé despote » –

A l’inverse de son père qui raffole des apparitions publiques, Kainerugaba, marié à une femme d’affaires et père de trois enfants, apparait rarement en public.

Il n’hésite pas en revanche à partager ses opinions sur Twitter, aussi bien sur le coup d’Etat en Guinée en 2021 ou sur la guerre dans le Nord de l’Ethiopie – louant les rebelles tigréens pour leur « caractère indomptable ».

Ses tweets suscitent parfois le malaise à Kampala. Selon un diplomate ougandais s’exprimant sous couvert d’anonymat, « Muhoozi devrait savoir qu’il n’est pas un Ougandais ordinaire (…), ses commentaires peuvent être interprétés comme une position de l’Ouganda ».

Le député d’opposition Muwanga Kivumbi estime, lui, qu’il « met le pays mal à l’aise, il peut plonger notre pays dans la guerre avec ses commentaires irresponsables ».

Les interventions de Kainerugaba en matière de politique étrangère ne se limitent pas aux réseaux sociaux.

On lui prête notamment un rôle-clé dans le récent rapprochement entre l’Ouganda et le Rwanda voisin, où il s’est rendu pour rencontrer le président Paul Kagame fin janvier.

Dans son pays, cette figure clivante, crainte par beaucoup, est aussi louée pour ses actions philanthropiques.

On l’a notamment vu régler les frais médicaux d’étudiants ou, lors du championnat d’Afrique de basket de 2021, la facture d’hôtel de l’équipe nationale.

Pour beaucoup, Kainerugaba est la seule personne à qui Museveni accepterait de céder le pouvoir. Lui continue de nier toute ambition présidentielle.

« L’Ouganda n’est pas une monarchie où le pouvoir se transmet de père en fils », a-t-il notamment déclaré.

LE JV2 AVEC AFP

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