Centrafrique: les déplacés de Bimbi dorment à la belle étoile (3/3)

Simplice Massamba, l’un des réfugiés de Bimbi. © AFP/Barbara Debout

En République centrafricaine, les conséquences humanitaires du conflit s’aggravent de jour en jour. Selon l’ONU environ 700 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Dans le quartier de Bimbi, les habitants de la commune éponyme à une cinquantaine de kilomètres de là ont trouvé refuge auprès de parents éloignés. Entre démunis on se sert les coudes, mais le flux de déplacés de cesse d’augmenter et les nouveaux arrivants manquent de tout.

Coquetterie dans le dénuement, le doyen du village tient pour nous recevoir, à porter sa « médaille », un pin’s au couleurs de la Centrafrique. En attendant qu’il la retrouve, les discussions se font en cercle, à l’ombre d’un manguier.

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Comme l’indique le tatouage sur son avant-bras. Le chef des déplacés se nomme Simplice Massamba. Il raconte son histoire :

Les rebelles ont volé des bœufs non loin de chez nous. Les propriétaires du troupeau les ont rattrapés au niveau de Bimbi, ils ont récupéré les bœufs puis les rebelles sont revenus se venger sur nous et brûler notre village en représailles. Mon grand frère, mon beau-frère et mon petit frère ont été tués sous mes yeux. J’ai aussi perdu tous mes biens. Depuis ce jour, les rebelles occupent notre village.

« Là bas nous ne manquions de rien. Ici tout est payant », déplore-t-il. « On doit partir au champ chercher des fagots pour gagner 500 francs par jour et manger. Le pire c’est pour dormir. Vous voyez la petite maison derrière moi ? Le propriétaire nous accueille chez lui. Dedans, on est 14 à dormir à même le sol y compris une femme et son bébé. Devant, il y a encore 20 personnes qui dorment à la belle étoile sous le manguier. »

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« Je veux juste rentrer chez moi »

Dans une petite marmite mijote l’unique repas du jour. Quelques feuilles de manioc qu’il faudra partager entre 22 estomacs. À la préparation, Ghiseline Ginzarami.

Quand ils sont arrivés, ce n’était pas facile, ils ont passé trois semaines chez moi. Je leur ai donné des nattes pour dormir par terre. On part ensemble chercher des fagots pour revendre bord de la route, mais trouver manger, c’est ça qui est vraiment difficile. Ce sont nos parents, on ne peut pas les rejeter alors qu’ils sont dans une situation difficile. C’est pour ça qu’on les accueille. Si on mange, ils mangent. S’il n’y a rien à manger… voilà. On reste en famille.

La médaille retrouvée, le doyen bombe fièrement le torse pour la photo. Interrompu par une quinte de toux. Les groupes armés l’ont copieusement tabassé lors de la prise du village. « Je veux juste rentrer chez moi », lâche-t-il, le regard humide

RFI

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