Autorisé à quitter la Russie, le réalisateur Serebrennikov avoue sa surprise

Le metteur en scène et réalisateur russe Kirill Serebrennikov le 14 janvier 2022 à Hambourg, en Allemagne

Le metteur en scène et réalisateur russe Kirill Serebrennikov le 14 janvier 2022 à Hambourg, en Allemagne afp.com – MORRIS MAC MATZEN

Le metteur en scène et réalisateur russe Kirill Serebrennikov, qui a obtenu la permission d’un court déplacement en Allemagne, a déclaré vendredi n’avoir « aucune idée » des raisons qui ont poussé Moscou à suspendre son interdiction de quitter le pays.

« Je me suis probablement bien comporté », a ironisé l’enfant terrible du théâtre russe lors d’une conférence au théâtre Thalia de Hambourg (nord), où il monte la pièce « le Moine noir » basée sur la nouvelle fantastique d’Anton Tchekhov.

Arrivé lundi, il a précisé qu’il retournerait en Russie le 22 janvier, le soir de la première de sa pièce.

« Nous avons déposé une requête officielle auprès des autorités en leur demandant de pouvoir nous rendre à Hambourg. Et elles nous ont donné l’autorisation pour ce projet », a-t-il poursuivi.

« Je n’ai aucune idée » de ce qui a motivé cette décision, a-t-il précisé, après avoir essuyé de nombreux refus par le passé pour d’autres projets.

Le réalisateur n’avait ainsi pas pu se rendre au festival de Cannes en juillet, où son film « La Fièvre de Petrov » était en lice pour la Palme d’or. Il avait reçu à distance un soutien appuyé du monde du cinéma.

Serebrennikov a assuré qu’il retournerait chez lui. « Je dois rentrer parce ce que je l’ai promis », a-t-il dit à Hambourg.

Connu pour ses créations osées, son soutien aux LGBT+ et sa critique de l’autoritarisme du régime de Vladimir Poutine, l’artiste de 52 ans est soumis à une interdiction de quitter le territoire russe après avoir été condamné pour détournement.

Ses déboires avec la justice ont débuté en août 2017, quand il est, en plein tournage du film « Leto », interpellé par la police et accusé de détournement de fonds publics.

Pour ses défenseurs, cet artiste audacieux, qui a un temps profité des faveurs du pouvoir, est châtié pour son effronterie.

Pendant un an et demi, il est assigné à résidence, sans accès à l’internet ou au téléphone. Qu’à cela ne tienne. Il reçoit via son avocat des clés USB avec les vidéos des répétitions de ses spectacles, qu’il supervise par le même biais, montant par exemple un opéra à Hambourg.

En juin 2020, il est condamné pour détournement à trois ans de prison avec sursis et l’interdiction de sortir de Russie pendant cette période. Un soulagement, alors qu’il risquait six ans ferme.

Et en février 2021, la mairie de Moscou l’a évincé du théâtre, le Centre Gogol, qu’il dirigeait depuis 2012.

En dépit de ces difficultés, le metteur en scène n’envisage pas de quitter son pays.

« C’est ma patrie », a-t-il confié à l’AFP en marge de la conférence. « Je l’aime beaucoup et j’ai de nombreux amis en Russie. Mes rêves sont toujours en Russie », a-t-il souligné.

Malgré ses années de confinement, il a déclaré s’être toujours senti libre.

« Etre libre fait parti de mon travail. Il est impossible de travailler dans l’art ou le théâtre sans liberté. Sinon c’est de la propagande ou autre chose », juge-t-il.

« Nous portons notre liberté en nous. On ne la reçoit pas de l’extérieur », a-t-il encore estimé. « Cela a avoir avec la façon dont nous construisons nos vies et dont nous nous construisons nous-même ».

LE JV2 AVEC AFP

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