Protocoles Covid: large grève des profs, Castex reçoit leurs syndicats

Paris VIIe, France, le 12 novembre 2020. Le premier ministre Jean Castex a tenu une conférence de presse sur les mesures de son gouvernement concernant la gestion de la crise sanitaire liée à la pandémie du COVID-19 ou Coronavirus. LP / Olivier Corsan

« Ras-le-bol »: les enseignants et autres personnels de l’Education nationale, exaspérés par la valse des protocoles sanitaires liés au Covid-19, ont participé à une large grève et manifesté jeudi pour demander des réponses au gouvernement, dont le chef Jean Castex va recevoir les syndicats.

« On voit la colère qui s’exprime. Il y a un ras-le-bol, il faut que le gouvernement en prenne conscience. On est à un point de rupture », a déclaré à l’AFP Guislaine David, secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, lors de la manifestation parisienne qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes jeudi après-midi, en présence des candidats de gauche à la présidentielle.

Près de 38,5% des enseignants sont en grève jeudi dans les écoles maternelles et élémentaires, selon le ministère de l’Education, et 75% selon le SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, qui annonce une école sur deux fermée et évoque « une mobilisation historique ». Dans les collèges et lycées, 23,7% des enseignants sont mobilisés, selon le ministère, tandis que le Snes-FSU, premier syndicat du second degré, avance le chiffre de 62% de grévistes.

L’ensemble des syndicats de l’Education nationale, rassemblant enseignants mais aussi infirmières ou personnels de vie scolaire et, fait plus rare, inspecteurs ou chefs d’établissements, ont appelé à cette journée de mobilisation, dénonçant « une pagaille indescriptible » en raison des protocoles sanitaires.

Ils seront reçus en fin d’après-midi, à leur demande, par le Premier ministre Jean Castex au ministère de l’Education, en présence du ministre Jean-Michel Blanquer. Son collègue de la Santé Olivier Véran, tout juste testé positif au Covid, sera connecté en visio-conférence.

« Ce n’est pas un rendez-vous symbolique que l’on demande à Matignon aujourd’hui, mais le début d’une véritable négociation pour des réponses rapides et concrètes sur le volet sanitaire, avec des remplaçants en plus notamment, mais aussi la revalorisation des salaires », a prévenu le secrétaire général de la fédération FO de l’enseignement (FNEC FP-FO) Clément Poullet.

La tension monte, avec un ministre de l’Education, autrefois bon élève du gouvernement et aujourd’hui dans la tourmente.

– « Je jette l’éponge » –

« C’est l’épuisement, l’exaspération après 22 mois de crise sanitaire, des modifications incessantes qu’on peut parfois comprendre, mais il faut une meilleure communication », explique dans le cortège parisien Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissement (SNPDEN).

« Trois protocoles en dix jours, c’est n’importe quoi. On ment aux parents, car c’est une garderie qui est ouverte actuellement », témoigne de son côté Anne Gau-Segonzac, 59 ans, directrice d’une école élémentaire de Montrouge (Hauts-de-Seine), tandis que Grégory, directeur d’une école classée Rep+ à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), dit avoir « l’impression d’être un videur de boîte de nuit, +toi, si tu n’as pas un test, tu rentres pas+ ».

Pour Maxime, 20 ans, assistant d’éducation (AED) depuis deux ans au lycée Joliot-Curie de Nanterre (Hauts-de-Seine), « avec tout ce qu’on nous demande de faire pour la gestion de la crise sanitaire (…), on ne peut plus assurer nos missions ».

Une infirmière scolaire, en poste depuis 18 ans, raconte, elle, que « les conditions de travail sont devenues tellement difficiles depuis Noël qu’elle a pris la décision, elle jette l’éponge ». « Je quitte l’Education nationale. Je repars vers l’hôpital où, même en pleine crise Covid, c’était moins pénible ».

A Bordeaux, où quelque 3.000 personnes ont manifesté selon les organisateurs, 1.900 selon la préfecture, le cortège s’est arrêté devant le rectorat. Des enseignants y ont accroché sur les grilles les masques en tissu fournis par l’Education nationale sur lesquels ils ont écrit des messages comme « Blanquer démission ». « Cet énième protocole a été la goutte d’eau », s’insurge Laetitia, enseignante en maternelle à Landiras (Gironde).

A Limoges, où 850 manifestants étaient présents, les mots « Blanquer le virus qui tue l’éducation » étaient au sol en lettres rouges, tandis qu’à Lille, 1.500 personnes ont défilé selon la préfecture derrière une bannière « Si l’école tousse, la république s’étouffe ».

Maëva Bismuth, conseillère principale d’éducation (CPE) dans un lycée de Lille et représentante Snes-FSU, dit en avoir « ras-le-bol », après une rentrée de janvier qui « n’a pas été anticipée » et un « protocole inapplicable ».

– « Virer Blanquer » –

À Clermont-Ferrand, un cortège de 1.200 personnes selon la préfecture a défilé dans la matinée avec des pancartes appelant à la démission du ministre de l’Education.

A Rennes, 4.500 manifestants selon les organisateurs, 2.200 selon la police, sont partis du centre-ville pour aller devant le rectorat, avec des slogans tels que « Ma pancarte est pourrie, ton protocole aussi » ou « Renouveler l’air, virer Blanquer ».

A Marseille, où les affiches « école fermée » étaient nombreuses sur les portes des établissements, le cortège matinal comptait 2.200 manifestants selon la police. « Moins de mépris, plus de moyens » ou « Blanquer on veut une infirmière », pouvait-on lire sur les pancartes.

Au-delà des professionnels de l’éducation, les mouvements lycéens FIDL, MNL et La Voix lycéenne, ainsi que la FCPE, première organisation de parents d’élèves, avaient rejoint la mobilisation, et des parents ont affiché leur soutien à la grève.

« Je comprends l’exaspération des enseignants », indique Carine, une mère d’élève, devant une école élémentaire du nord-est parisien.

« C’est vrai que c’est pénible, je comprends que le personnel en a marre », estime également François Lordenimus, parent d’élève, devant une école de Caluire-et-Cuire (Rhône). « Ils n’en peuvent plus, les gens ».

LE JV2 AVEC AFP

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s