L’inflation flambe aux États-Unis, au plus haut depuis 40 ans

Un magasin de New York le 12 janvier 2022

Un magasin de New York le 12 janvier 2022 afp.com – TIMOTHY A. CLARY

Les prix à la consommation ont flambé en 2021 aux États-Unis, où l’inflation est au plus haut depuis près de 40 ans, une préoccupation majeure pour Joe Biden, mais aussi pour la banque centrale, vers laquelle les regards se tournent désormais.

L’inflation a atteint 7% en 2021, un record depuis les douze mois se terminant en juin 1982, selon l’indice des prix à la consommation (CPI) publié mercredi par le département du Travail.

Joe Biden, pour qui cette flambée du coût de la vie est un problème politique majeur, a souligné les « progrès » faits par son administration, mais a reconnu qu’il « restait du travail, avec des prix encore trop élevés, qui compriment le budget des ménages ».

Les prix de l’essence ont notamment grimpé de près de 50% en 2021, et ceux des voitures d’occasion de plus d’un tiers. Les prix alimentaires ont également augmenté, mais dans une moindre mesure.

Sur le seul mois de décembre cependant, la hausse a été moins forte qu’en novembre (0,5% contre 0,8%), notamment car l’augmentation des prix de l’énergie a ralenti pour la première fois depuis avril.

L’opposition républicaine, qui reproche au président démocrate une politique inflationniste avec trop de dépenses, a fustigé ce qu’elle appelle désormais la « Bidenflation ».

« Joe Biden ne semble pas se soucier du fait que les Américains ne peuvent plus rien se permettre, de l’essence à l’épicerie », a ainsi tweeté le parti républicain.

La demande, cependant, reste très forte, les comptes en banque d’une large partie de la population ayant été renfloués par les aides gouvernementales, tandis que les propriétaires immobiliers et détenteurs de portefeuilles d’actions ont vu bondir la valeur de leurs avoirs.

– « Passée de la patience à la panique » –

« Les goulets d’étranglement persistants de la chaîne d’approvisionnement, dans un contexte de forte demande, maintiendront le taux d’inflation à un niveau élevé au moins jusqu’au premier trimestre », anticipe ainsi Kathy Bostjancic, cheffe économiste pour Oxford Economics.

Et le variant Omicron du Covid-19 pourrait encore l’alimenter, en contraignant les salariés à se mettre en quarantaine, ralentissant de fait la production et la livraison.

Les regards se tournent désormais vers la banque centrale américaine (Fed), qui pourrait relever ses taux directeurs plus tôt et plus fort que prévu, pour tenter d’enrayer cette inflation, qu’elle considérait jusqu’à tout récemment, comme temporaire seulement.

Son objectif à long terme est une inflation annuelle de 2%, ce qui lui permet d’avoir une marge de manœuvre sur les taux directeurs en cas de coup dur économique.

La Fed « est passée de la patience à la panique face à l’inflation en un temps record », relève Diane Swonk, économiste pour Grant Thornton.

La puissante Réserve fédérale va donc se livrer à un délicat numéro d’équilibriste. Relever les taux vise en effet à stopper cette surchauffe de l’économie en ralentissant la consommation, mais cela risque de ralentir la redressement du marché de l’emploi.

Or en décembre, si le chômage est tombé à 3,9%, les créations d’emplois sont restées à la traîne, et les inégalités très fortes.

Le président de la Fed Jerome Powell, qui était entendu mardi par des sénateurs, a promis d’agir « en conséquence » si cette inflation record persistait au second semestre de cette année.

– 14,8% d’inflation en 1980 –

« L’inflation peut être gérée, et les banques centrales savent comment faire », a réagi mercredi matin la directrice du FMI Kristalina Georgieva.

Ces chiffres devraient mettre encore un peu plus de plomb dans l’aile au plan d’investissement social et environnemental de Joe Biden, « Build Back Better », déjà paralysé car accusé d’être inflationniste.

Ces 7% d’inflation restent cependant bien loin des 14,8% qu’avait connu le pays en 1980.

Récemment, c’était plutôt la faible inflation qui préoccupait les économistes. En 2020, elle avait été, sur l’ensemble de l’année, au plus bas en cinq ans, à 1,4%.

Mais 2021 a été marquée par de très fortes pressions sur la chaîne mondiale d’approvisionnement, avec des pénuries de certains composants qui ont fait grimper les prix. Le manque de main d’œuvre aux États-Unis a également ralenti la production et la livraison.

Pour attirer les candidats, les employeurs ont proposé plus d’argent et de meilleurs conditions. En 2021, le salaire horaire moyen a ainsi augmenté de 4,7%, permettant de compenser en partie seulement cette hausse des prix, mais alimentant l’inflation puisque ces coûts ont été répercutés sur les prix.

LE JV2 AVEC AFP

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