Ethiopie: un frappe de drone au Tigré fait 17 morts, selon des humanitaires

Un policier éthiopien regarde un camion militaire détruit à Kemise, dans la région de l'Amhara en Ethiopie, le 10 décembre 2021

Un policier éthiopien regarde un camion militaire détruit à Kemise, dans la région de l’Amhara en Ethiopie, le 10 décembre 2021 afp.com – Amanuel Sileshi

Dix-sept civils ont été tués lundi dans une frappe aérienne menée par des drones sur la localité éthiopienne de Mai Tsebri, dans le sud de la région septentrionale du Tigré, ont indiqué mardi des sources humanitaires à l’AFP.

Les travailleurs humanitaires ont précisé que des dizaines de personnes avaient été blessées dans cette frappe survenue moins de 72 heures après un bombardement similaire qui a touché un camp de déplacés dans le nord-ouest du Tigré.

« La frappe à Mai Tsebri s’est déroulée hier (lundi) dans l’après-midi et a tué 17 personnes travaillant dans une minoterie », a déclaré mardi un des travailleurs humanitaires, citant des témoins.

« Un témoin m’a dit que les drones sont arrivés et ont fait du vol stationnaire un petit moment avant de lâcher leurs bombes », a-t-il ajouté, faisant également état de dizaines de blessés.

Dans la nuit de vendredi à samedi, une frappe de drone avait touché un camp de déplacés de la ville de Dedebit, faisant, selon l’ONU, des « dizaines de victimes civiles, dont des morts » et poussant les organisations humanitaires à suspendre leurs opérations dans la zone.

Selon les sources humanitaires interrogées mardi par l’AFP, cette attaque sur le camp de Dedebit a tué 59 personnes, l’une de ces sources faisant état en outre de 138 blessés.

Il était toutefois impossible de vérifier ces chiffres en raison de l’accès restreint au Tigré.

Une porte-parole du gouvernement éthiopien a affirmé mardi qu’elle ne possédait aucune information sur ces frappes.

– « Aide humanitaire urgente » –

La région du Tigré est le théâtre depuis 14 mois d’un conflit armé entre gouvernement fédéral et anciennes autorités locales, issues du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti qui dirigea de fait l’Ethiopie durant près de 30 ans, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’actuel Premier ministre Abiy Ahmed.

Prix Nobel de la paix 2019, M. Abiy a envoyé en novembre 2019 l’armée fédérale au Tigré pour en destituer les autorités régionales qui contestaient son autorité depuis plusieurs mois et qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires.

M. Abiy a rapidement proclamé la victoire après la prise de Mekele, la capitale régionale, par les troupes éthiopiennes fin 2020. Mais les rebelles du TPLF ont repris la quasi-totalité du Tigré à la faveur d’une contre-offensive en juin dernier, avant de progresser dans les régions voisines de l’Amhara et de l’Afar et de se rapprocher d’Addis Abeba.

En décembre dernier, les rebelles ont annoncé leur repli vers le Tigré, après une offensive des forces gouvernementales. Selon les rebelles du TPLF, les forces gouvernementales continuent de mener des frappes sur la région malgré ce repli.

Vendredi, le gouvernement éthiopien a annoncé l’amnistie et la libération de plusieurs personnalités politiques incarcérées, dont des dirigeants de l’opposition et du TPLF.

Le conflit au Tigré a fait des milliers de morts et la région, soumise selon l’ONU à un « blocus de facto » de l’aide humanitaire, manque de nourriture et de médicaments.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lui-même originaire du Tigré, s’est dit mardi sur Twitter « profondément inquiet des informations concernant une autre frappe de drone au Tigré, ayant causé des blessures et la mort de trop de civils ».

« Je relaye l’appel du secrétaire général Antonio Guterres à mettre fin au conflit en Ethiopie et en faveur d’une aide humanitaire urgente », a-t-il écrit.

La frappe de lundi est intervenue le jour où Joe Biden a fait part au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed de sa « préoccupation » sur la situation humanitaire dans le pays.

Le président américain « a exprimé sa préoccupation que les hostilités, y compris les récentes frappes aériennes, continuent à causer des morts et des souffrances civiles », selon un communiqué de la Maison-Blanche.

LE JV2 AVEC AFP

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