Prise dans la guerre, Lalibela, ville sacrée d’Ethiopie accueille des pèlerins pour Noël

Des fidèles prennent part à Genna, le Noël orthodoxe éthiopien, dans et autour de l'église Sainte-Marie à Lalibela, dans le nord de l'Ethiopie, le 7 janvier 2022

Des fidèles prennent part à Genna, le Noël orthodoxe éthiopien, dans et autour de l’église Sainte-Marie à Lalibela, dans le nord de l’Ethiopie, le 7 janvier 2022 afp.com – EDUARDO SOTERAS

Vendredi avant l’aube, parmi les autres pèlerins en blanc portant des bougies, Hailu Abera a remercié Dieu avec ferveur pour les célébrations de Noël organisées, malgré la guerre, dans les églises taillées dans le roc de Lalibela, dans le nord de l’Ethiopie.

Il y a quelques semaines encore, ce site situé dans la région de l’Amhara (nord) et inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, et ses incroyables lieux de culte orthodoxes, construits à partir du XIIe siècle, étaient sous contrôle des rebelles de la région voisine du Tigré.

Alors que l’imprévisible conflit éthiopien entre dans sa deuxième année, les forces gouvernementales ont repris Lalibela fin décembre et des dizaines de milliers de fidèles y ont depuis afflué pour célébrer Genna, le Noël orthodoxe.

« Le contexte était très mauvais, et je ne m’attendais pas à pouvoir venir », confie Hailu Abera sous un haut mur d’une des églises excavées. « Quand j’ai entendu que la ville avait été libérée, j’ai décidé de fêter Noël à Lalibela et de respecter mon pacte avec Dieu ».

Mi-2021, la prise de Lalibela, un des lieux les plus sacrés et connus d’Ethiopie, avec une série d’autres villes capturées lors d’une grande offensive des rebelles tigréens, avait fait la une de la presse internationale.

Des appels avaient été lancés au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), les rebelles ayant pris Lalibela, pour qu’il protège cet héritage culturel qui comprend notamment onze églises monolithiques.

Depuis, la ville a changé de mains deux fois, avant que les forces gouvernementales finissent par repousser le TPLF dans son bastion du Tigré (nord).

– Sécurité renforcée –

L’armée était présente en force pour ce jour de célébration, alors qu’une importante foule de fidèles effectuait le pèlerinage d’avant l’aube pour aller prier, précédant des prêtres orthodoxes dans leurs plus beaux atours, qui chantaient en se balançant.

« Je suis très heureux de célébrer cette fête ici, après avoir subi la guerre et la souffrance », a déclaré Yohannes Mekbib, diacre orthodoxe portant un turban blanc. « Cela rend particulière la célébration de cette année ».

Très peu des touristes étrangers, qui viennent généralement en masse pour cet événement spectaculaire, étaient visibles.

Mais des Ethiopiens de la diaspora étaient dans la foule. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a lancé un appel à ces derniers à revenir en grand nombre pour Noël, en signe de foi dans l’unité et la stabilité du pays.

« Nous avons répondu à l’appel lancé à la diaspora », a expliqué Solomon Gadisa, venu des Etats-Unis. « Nous allons évaluer la situation ici, dans notre pays, et nous la raconterons à ceux qui n’ont pu venir ici ».

Le président éthiopien Sahle-Work Zewde, dont la fonction est essentiellement cérémoniale, faisait partie des pèlerins.

Les églises emblématiques de Lalibela semblent avoir été épargnées par la guerre. Mais la ville et ses infrastructures ont souffert: la fourniture d’électricité et d’eau courante reste intermittente et l’aéroport a été endommagé.

La guerre a éclaté en novembre 2020, lorsque le Premier ministre éthiopien a envoyé l’armée fédérale dans le Tigré afin d’en destituer les autorités locales, issues du TPLF, qui défiaient son autorité et qu’il accusait d’avoir attaqué des bases militaires.

Il avait promis une fin rapide au conflit mais 14 mois plus tard, le Tigré reste contrôlé par le TPLF et ses six millions d’habitants manquent de nourriture et de médicaments, soumis à ce que les Nations unies qualifient de blocus de facto de l’aide humanitaire.

De nombreux pèlerins ont probablement prié vendredi pour que le pays n’ait pas à souffrir encore plus. Comme Achashmar Dereje, qui est « venu pour fêter Noël dans l’espoir que Dieu nous sauve si quelque chose de mauvais se produit »

LE JV2 AVEC AFP

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