Covid-19 : pourquoi certains pays assouplissent les restrictions sanitaires ?

Des personnels soignants célèbrent le Nouvel an dans le service de soins intensifs de l'hôpital de la Timone à Marseille, le 1er janvier 2022.

Des personnels soignants célèbrent le Nouvel an dans le service de soins intensifs de l’hôpital de la Timone à Marseille, le 1er janvier 2022. © AP Photos

Deux ans après le début de la pandémie de coronavirus, la découverte du variant Omicron en novembre dernier avec sa forte contagiosité a bouleversé la situation sanitaire à travers le monde. Pourtant, dès l’entrée dans cette nouvelle année, plusieurs pays décident d’assouplir certaines mesures de restrictions sanitaires. Éléments d’explication.

Moins de deux mois après la découverte du variant Omicron au Botswana et en Afrique du Sud, le vent de panique s’est dissipé. Pour rappel, les réactions à l’apparition de ce variant particulièrement contagieux avaient été radicales. Plusieurs pays d’Afrique australe avaient été frappés d’interruption des liaisons aériennes. Une décision qui a d’emblée été critiquée par les pays concernés et par l’OMS. 

« La fermeture des frontières n’a jamais servi de protection, cela permet à peine de gagner un peu de temps » objecte le professeur Yap Boum, représentant Afrique d’Épicentre. En revanche, l’impact sur le plan des échanges économiques, sur le plan diplomatique mais aussi le sentiment de stigmatisation sont bien réels, déplore cet épidémiologiste à Yaoundé.

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Depuis, la plupart des pays ont levé les restrictions de voyage avec les pays d’Afrique australe. C’est le cas des Etats-Unis le 1er janvier. Dans plusieurs pays, les fêtes de fin d’année puis le passage à 2022 ont servi de période charnière vers un ajustement des mesures sanitaires.

Des situations diverses en fonction des pays et des continents, notamment du taux de vaccination. Reste qu’en France et dans plusieurs pays d’Europe, sur les continents africain ou américain, on assiste à un assouplissement. « Les restrictions de voyage ne sont plus nécessaires (…) pour protéger la santé publique », précise le décret du président américain Joe Biden à propos des voyageurs en provenance d’Afrique australe.

L’argument sanitaire et scientifique : le variant Omicron est moins dangereux

C’est qu’on en sait un peu plus sur Omicron. Outre sa contagiosité, ce variant serait moins dangereux, avec moins de risques de développer de formes graves de la maladie. « Si on se permet cet allègement des restrictions, c’est qu’Omicron s’avèrerait de 50 à 80 % moins sévère que le variant Delta » relève le Docteur Anne Sénéquier, co-directrice Observatoire de la santé à l’IRIS.

Pour preuve, le 31 décembre en Afrique du Sud, les autorités ont décidé de lever le couvre-feu qui avait été instauré depuis 21 mois. Une décision basée sur un constat encourageant : « Selon nos experts, Omicron a atteint son pic sans se traduire pas un changement significatif ou alarmant concernant le nombre d’hospitalisations », a commenté le ministre à la Présidence Mondli Gungubele, assurant que le gouvernement sud-africain resterait vigilant à la moindre évolution contraire.

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L’expérience sud-africaine peut laisser envisager une telle évolution dans d’autres pays européens et occidentaux qui réduisent la durée des quarantaines jusque-là imposée.

Le principal indicateur à prendre en compte selon Docteur Anne Sénéquier, c’est « les capacités hospitalières d’absorber et de répondre à la demande de soins, car il est hors de question de laisser des gens sur le carreau sans accès aux soins. Le tri sur les malades que l’on fait en médecine de guerre et médecine humanitaire parfois c’est quelque chose que l’on tente de faire le moins possible dans notre système de santé », mais « deux ans après le début de la pandémie, on ne peut raisonner seulement sur la dimension sanitaire », souligne Anne Sénéquier, co-autrice avec Pascal Boniface de « La géopolitique tout simplement », publié en 2021 chez Eyrolles.

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L’argument économique : éviter la paralysie

L’une des préoccupations majeures des différentes autorités à travers le monde c’est de limiter le coût économique des mesures sanitaires. L’allègement des restrictions se situe essentiellement à deux niveaux : celui des cas positifs et celui des cas contacts. 

En France, les règles d’isolement sont revues à la baisse si les personnes concernées sont complètement vaccinées. Ainsi pour les cas contacts, la quarantaine sera complètement levée. Pour les cas positifs, les personnes s’isoleront sept jours au lieu de dix, et l’isolement pourra être levé au bout de cinq jours en cas de test négatif. Ce changement de règles doit permettre d’assurer « la maîtrise des contaminations tout en maintenant la vie socio-économique », a expliqué le ministère de la Santé.

De même, en Espagne la quarantaine des cas positifs est réduite à sept jours au lieu de dix.
Des mesures similaires ont été prises au Royaume-Uni, au Portugal ou en Argentine. A chaque fois, il est question de limiter l’impact économique. Selon le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, il faut trouver un équilibre entre « santé publique » et « croissance économique ». Le ministre de la santé britannique Sajid Javid souligne lui « l’énorme coût sanitaire, social et économique des confinements ». Dans une tribune publiée dans le Daily Mail, M. Javid a estimé qu’il fallait se donner les moyens de « vivre avec le virus » grâce à la vaccination, à un arsenal de traitements et au dépistage massif.

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Aux États-Unis, l’isolement des personnes positives est réduit de moitié – soit à cinq jours – si elles sont asymptomatiques. L’objectif est de permettre à davantage de personnes de retourner plus vite au travail et d’éviter ainsi la perspective de blocages et pénuries. Même tendance à la baisse pour les cas contacts, vaccinés ou pas, sans quarantaine ou réduite à 5 jours.

En Afrique du Sud, le pays le plus durement touché du continent africain, le tournant pris est radical : le 31 décembre, le couvre-feu nocturne qui était imposé depuis 21 mois est levé. « Nous cherchons à trouver un équilibre entre la vie des gens, leurs moyens de subsistance, et l’objectif de sauver des vies », a expliqué le ministre à la Présidence Mondli Gungubele.

Pour le professeur Yap Boum, « les Sud-africains sont allés plus loin. Le premier argument étant la faible sévérité de la maladie. L’autre argument est que l’impact socio économique est bien plus lourd. Donc même avec un nombre importants de contaminés, on prend le risque. » « Notre espoir c’est que cette levée se maintienne », a confié le ministre sud-africain à la presse.

Des conséquences économiques diverses de certaines restrictions  

Si les mesures d’isolement sont assouplies, en revanche le rétablissement de jauges impacte directement différents secteurs d’activités. Exemple en France, depuis le 3 janvier et pendant trois semaines, elles sont fixées à 2.000 personnes maximum en intérieur et 5.000 en extérieur. Avec des conséquences non négligeables : « rien qu’au mois de janvier 2022, ce sont déjà 130 événements qui sont annulés et une perte de chiffre de l’ordre d’un milliard d’euros et autant en retombées économiques pour les territoires », selon Renaud Hamaide et Pierre-Louis Roucaries, les coprésidents de l’Union française des métiers de l’événement (Unimev) qui compte 400 adhérents.

A l’inverse, l’application de mesures sanitaires très différentes entre pays voisins peut avoir des conséquences économiques notables. C’est le cas en Belgique, qui profite d’un effet d’aubaine avec l’afflux de Néerlandais qui fuient la fermeture des magasins non essentiels instaurée dans leur pays pour faire des achats chez leur voisin belge. Résultat : des trains néerlandais bondés en direction de la Belgique et une manne bienvenue pour compenser en fin d’année le manque de touristes d’autres pays, dissuadés par la situation sanitaire.

Belgique : les Néerlandais fuient les restrictions sanitaires

L’argument politique et social : assouplir les contraintes

Mais cette liberté de consommer que viennent chercher certains Néerlandais en Belgique n’est manifestement pas suffisante pour les Belges qui aspirent à plus. C’est du moins ce que l’on comprend de la fronde des millieux artistiques qui s’est dressée contre la fermeture des théâtres, salles de spectacle et cinéma.

Au final, le gouvernement belge est revenu sur sa décision du 22 décembre après avoir été désavoué par le Conseil d’État saisi par un producteur de spectacle. Les règles précédentes sont de nouveau en vigueur : uniquement des places assises, port du masque obligatoire, pass sanitaire à partir de 50 personnes et un maximum de 200 spectateurs. Une situation qui est loin de satisfaire l’ensemble du secteur événementiel en Belgique.

Cette victoire juridique des milieux artistiques semble inspirer des fédérations sportives qui menacent de recourir aussi au Conseil d’Etat s’il n’y a pas d’allègement des restrictions d’interdiction de public dans les stades. 

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Cet exemple belge d’assouplissement des restrictions sanitaires à la suite d’une fronde de citoyens ou d’un secteur d’activité est peu commun. Au contraire, le fossé qui sépare les réfractaires à diverses restrictions sanitaires des autorités compétentes ou même du reste de la population s’installe durablement. Une fracture qui n’est pas sans inquiéter le Dr Anne Sénéquier   

« On parle toujours de fracture sociale, je préfère parler de fracture familiale, souligne cette psychiatre. Ce n’est pas des familles entières qui sont anti vaccin, anti masques ou anti pass vaccinal ou autre, mais des membres particuliers au sein des familles. Lors de consultations, des familles qui se déchirent autour de ce sujet-là, des fratries qui ne se parlent plus, des enfants qui ne parlent plus à leurs parents ou inversement, c’est très compliqué, cela va laisser des séquelles » .

(Re)voir : Covid-19 : manifestations contre les restrictions sanitaires dans plusieurs pays

Par ailleurs, un autre public est frappé de plein fouet par les restrictions sanitaires : les enfants à travers le secteur de l’éducation. En Ouganda, les autorités ont finalement décidé de lever des mesures sanitaires parmi les plus sévères en Afrique. Quatre mois environ après l’enseignement supérieur, à partir du 10 janvier, les écoles maternelles, primaires et secondaires vont enfin rouvrir, après des restrictions imposées depuis mars 2020.

Pour le Dr Sénéquier, ces situations d’exception et d’instabilité sont lourdes de conséquences. «Deux ans d’anormalité, d’anxiété cela devient chronique et cela impacte le développement psychologique et émotionnelle de certains enfants ». Un argument qui n’a pas forcément joué dans la décision des autorités ougandaises qui misent sur le taux croissant de vaccination, qualifiée de « solution numéro un » au Covid-19. 

De la science à la santé, l’économie ou les libertés et droits, les autorités invoquent diverses raisons pour assouplir des restrictions sanitaires. Deux ans après le début de la pandémie, la pression sur le système de santé et le taux de vaccination sont des indicateurs décisifs. Reste que l’arrivée du très contagieux variant Omicron offre paradoxalement une raison d’espérer, pour le professeur Yap Boum, que Omicron devienne dominant et supplante les autres variants existants. On pourrait vivre avec le virus, moins dangereux, et avec une meilleure immunité individuelle ou collective. Un espoir prudent sous forme de voeu de Nouvel an.
 

LE JV2 AVEC AFP

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