Soudan: le Premier ministre civil Abdallah Hamdok annonce sa démission

Le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok. Photo Ashraf SHAZLY/AFP

Après une nouvelle journée de violence, le premier ministre civil Abdallah Hamdok, visage civil de la transition au Soudan, a annoncé sa démission. Moins de deux mois après être revenu au pouvoir dans le cadre d’un accord politique conclu avec les militaires, il a expliqué dans un discours télévisé, dimanche 2 janvier, les raisons de son départ :

« J’ai tenté de mon mieux d’empêcher le pays de glisser vers la catastrophe, alors qu’aujourd’hui il traverse un tournant dangereux qui menace sa survie […] au vu de la fragmentation des forces politiques et des conflits entre les composantes (civile et militaire) de la transition […] Malgré tout ce qui a été fait pour parvenir à un consensus […] cela ne s’est pas produit », a-t-il notamment déclaré dans son adresse à la nation.

Abdallah Hamdok avait été destitué le 25 octobre après un putsch mené par l’armée. Il avait recouvré ses fonctions un mois après aux termes d’un accord politique contesté avec la junte, qui s’était engagée à la libération de tous les prisonniers politiques.

Cette démission fait suite à une nouvelle journée de manifestation. Des milliers de Soudanais avaient convergé, dimanche, vers le palais présidentiel à Khartoum, bravant grenades lacrymogènes et déploiement massif de soldats en armes. Comme pour toutes les manifestations qui se déroulent depuis le coup d’Etat du général Abdel Fattah Al-Bourhane le 25 octobre, les autorités ont tenté, en vain, de tuer la mobilisation dans l’œuf en érigeant des barrages.

Deux manifestants ont été tués alors qu’ils défilaient à Omdourman, banlieue nord-ouest de Khartoum, dont l’un d’une balle dans la poitrine, rapporte un syndicat de médecins partisans de la démocratie. Depuis le coup d’Etat du général Al-Bourhane, 56 manifestants ont été tués et des centaines d’autres ont été blessés. Le pays a connu un regain de violences jeudi : cinq manifestants réclamant un pouvoir civil ont été tués par balles à Khartoum, selon un syndicat de médecins prodémocratie.

Khartoum est, depuis plusieurs jours, coupée de ses banlieues par des conteneurs placés en travers des ponts sur le Nil. Internet et les téléphones portables ne fonctionnent plus depuis le matin et, sur les principaux axes, des membres des forces de sécurité juchés sur des blindés armés de mitrailleuses lourdes surveillent les passants. Malgré tout, des milliers de Soudanais ont répondu, à la mi-journée, à l’appel des militants à manifester « en mémoire des martyrs ».

Dimanche, les manifestants étaient des milliers à scander « Les militaires à la caserne » et « Le pouvoir au peuple », tandis que des personnes à moto sillonnaient la foule, prêtes à embarquer les blessés car, à chaque mobilisation, les ambulances sont bloquées par les forces de sécurité.

Les militants appellent à faire de 2022 « l’année de la poursuite de la résistance », réclamant justice pour les dizaines de manifestants tués depuis le putsch, mais aussi pour les plus de 250 civils abattus lors de la « révolution » de 2019. Cette année-là, la pression populaire forçait l’armée à démettre l’un des siens, Omar Al-Bachir, après trente années de dictature militaro-islamiste.

Le premier ministre Abdallah Hamdok rappelé

Après la prise du pouvoir, généraux et civils se sont entendus sur un calendrier de transition qui prévoyait une remise du pouvoir tout entier aux civils, avant des élections libres en 2023. Mais le 25 octobre, le général Al-Bourhane a rebattu les cartes : il a prolongé par ce qu’il appelle sa « correction du cours de la révolution » son mandat de fait à la tête du pays de deux ans.

Le général peine toutefois à présenter aux 45 millions de Soudanais le gouvernement civil qu’il a promis en réinstallant le premier ministre civil, Abdallah Hamdok, le 21 novembre, après un mois de résidence surveillée. Ce dernier n’est plus apparu en public depuis des jours alors que des rumeurs de démission ne cessent d’enfler.

Dans un pays qui n’a vécu que sous la férule de l’armée depuis son indépendance il y a soixante-cinq ans, les manifestants veulent aussi, comme le proclament leurs slogans, que « les militaires rentrent dans leurs casernes » et que le pays prenne le chemin de la démocratie. La rue scande à l’envi qu’elle ne veut « ni partenariat ni négociation ». Dans le camp du pouvoir, un conseiller du général Al-Bourhane a jugé vendredi que « les manifestations [n’étaient] qu’une perte d’énergie et de temps » qui ne mènerait « à aucune solution politique ».

Treize manifestantes violées

Dimanche, les autorités soudanaises seront observées par la communauté internationale qui dénonce une escalade de la violence. Outre les morts et la coupure des télécommunications, les forces de sécurité sont également accusées d’avoir eu recours en décembre à un nouvel outil de répression : le viol d’au moins treize manifestantes, selon l’Organisation des Nations unies (ONU).

Chaque jour et dans chaque quartier, les comités de résistance – les groupuscules qui organisent les manifestations – annoncent de nouvelles arrestations ou disparitions dans leurs rangs. Les Européens ont déjà exprimé leur indignation, de même que le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, et l’ONU. Tous plaident régulièrement pour un retour au dialogue comme préalable à la reprise de l’aide internationale interrompue à cause du putsch dans ce pays, l’un des plus pauvres du monde.

LE JV2 AVEC AFP

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